‹ Histoire abrégée de la littérature romaine, [microform]Chapitre 6 sur 39 · LA POÉSIE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE

D'une poésie épique analogue aux chants homériques de la Grèce, on ne trouve chez les Romains aucune trace; ni alors, ni plus tard, Fesprit latin n'était capable de produire une oeuvre poétique de ce genre. L'hypothèse de Niebuhr sur une épopée populaire qui aurait embrassé les antiques traditions de Rome, suppose un génie poétique et surtout une imagination^ . mythologique que n'avaient pas les Romains. Il existait néanmoins une certaine forme rythmique, employée dans tout ce qui n'était pas notice purement statisti(iue ou simple registre : c'était ce qu'on j appelait carmen [casmen, de cano!^ un intermé- i 1 diaire entre la prose et la poésie. On faisait usage pour cecannen du vers appelé versus saturnins qui se présente ordinairement sous la forme suivante ;

Il est surtout caractérisé par sa division en deux moitiés, l'une iamhique, l'autre irochaïque, et par la fixité des temps forts (les temps faibles peuvent être supprimés) ; pour le reste, il ne paraît soumis à aucune règle (1). Ce rythme était celui des vers à

t- sujet liistorique que Ton chantait dans les festins (Cic. Tusc. I, 2 — IV, 5 — Hor. Od. IV, 15. 2Ô et sqq., etc.) habituellement avec accompagnement de musique ;

-t — des chants en l'honneur des morts, ou neniae, dits à l'origine par les parents du défunt et plus tard

+ par des pleureuses à gage, — des car mina triumphalia (ordinairement chants alternés, avec le refrain lo triumphe], — et surtout des chants religieux,

^ comme le carmen saliare, chanté par les Saliens dans leurs processions solennelles en Thonneur de Mars, et le cliant des frères arvales, chanté dans la procession que ceux-ci faisaient dans les champs au mois de mai ; ce dernier nous est parvenu en partie grâce à une découverte faite à Rome en 1777. En voici le début :

Kilos, Lase«, jiiwitc !

Ncvc lue rue, Manriar, sins inciirrcrc in pleorcs.

(1) Le vers saturnien était, en réalité, un hexamètre trochaï(x«e précédé trune apacrouse, c'est-à-dire d^iine syllabe laible : T, !| ' ^ | ' v^ | ' u |f ' u \ ' yj \ ' kj. On pouvait supprimer non tous les t* mps faibles, comme parait le croire M. Bender, mais seulement l'avant-dernier temps faible de chaciue héniistiche. f.a coupe se trouvait on général après le temps faillie du troisième pied, quelquefois après le temps fort du môme pied ; dans ce cas. comme dans l'autre, les six temps forts du vers étaient ainsi partagés en trois et trois. Voy., sur cette question, le de Saturnio latinorum versu de v L. Ilavet, Paris, 1880.

c;-à-d.: Nos, Lares, juvate iiove luom ruom [ — ruinam], Maniers, sinas iiicurrere in iduros (1).

On employait encore ce même rythme dans les prescrjptions rituelles (nous avons un spécimen de ces dernières dans les tabulae Iguvinae CJ), découvertes en IMi h Iguvium), dans les oracles, les préceptes météorologiques, les formules magiques, etc. — 1! servait également pour les inscriptions lumulaires, comme celle de L. Corn. Gn. F.' Scipio, qui fut consul en 51)8 av. J.-C. — (cf. Mommsen, H. R. 1^ p. 458) :

Cornolins f jiciiis |i Scipio Tîarbatii^

(iiiaivod patic jtro-natiis || lortis vif sai)i«'iis({uc'

Qiiojiis lorma virtii i| tel parisniiia l'iiit

(ioiis(d (MMisor aidilis i| ([iioi Cuit apud vos,

Tauiasia Cisauria |i Sanniio ccpit

Siilii-iit (nniic Loucatiaiu l! opsidi^squc abdoncit.

Le thé;Ure fut de bonne heure à Rome un diver- ^ tissemenl populaire ; il trouvait un terrain fertile dans le caractère railleur des Italiens et dans leur talent naturel d'observation et d'improvisation. La forme des cliants alternés, comme ceux des Arvales, était déjà une préparation au dialogue scénique ; on y ajouta

(1) Selon M. G. Edon, ce fragment célèbre n'appartiendrait nullement au chant des frères arvales, dont rien ne nous serait parvenu : nous nous trouverions en réalité en présence d'un

^^-Bi 'lemural, destiné à conjurer les Lémures ; M. Edon a <

soutenu savamment cette hypothèse hardie, d'une part dans onS i^"^'*"^^'^ ^^J^"^ ^^^6 Ecriture et prononciation du latin, p. ^93-324, d'autre part dans un livre spécial : Nouvelle étude sur

le chant Lchnural, Paris, 1884. - Pour les Lémures et le culte qui leur était consacré, voy. Les dieux de l'ancienne Rome. Preller, trad. Dietz, p. 342-343.

(2) Michel Bréal, les Tables Euguhines, Paris, 1875.

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la musique, la danse et les travestissements, et Ton eut la comédie populaire, comédie composée sans plan et suivant la fantaisie de l'improvisateur, à peu près comme une farce de carnaval. Cette simplicité, encore indépendante des règles scéniques, caractérisait les F es ce n ni ni (ainsi nommés de la ville de Fescennium, dans l'Etrurie méridionale, — cf. Hor. ep. II, 1, l;î9, sqq.), représentations d'une gaîté dissolue, pleines de grossières railleries personnelles, et qui, dans les temps postérieurs, plus dt^licats, ne furent plus admises qu^ dans les noces. On retrouve le même caractère de simplicité primitive dans la sV tu r a (soit lanx sattird, plat rempli de fruits de toute espèce — cf. Tuttlfrulii, Potpourri ; soit chant, mascarade des sattiri « des gens pleins » (1). Les saturae étaient des représentations comiques avec chansons, danses et accompagnement de flûte, données à Forigine, par la jeunesse des campagnes, et plus tard, après l'érection d'un théâtre àPiOme(en 361av. J.-C), par des chanteurs et des acteurs de profession, histriones; aussi bien étaient-elles plus régulières et plus conformes aux exigences de la scène que ne l'étaient les fescennini. Mais lorsque le drame dans les règles de l'art fut étal)li à Borne, la satura ne fut plus employée que comme exodium (petite pièce gaie après la grande).

Telle fut également la destinée des A tell an ae, qui firent leur apparition à Rome vers l'an 210 av. J.-C. Ces fabiilae étaient ainsi nommées de la ville campanienne d'Atella, — sorte de Schœpenstedt ou de

(1) Cette dernière explication est la meilleure : elle a été défendue par Mommsen et par 0. Ribbeck.

Sc/u7da latine. On appelait aussi Fatellane ludicrum o^scum. Ressemblant, d'ailleurs, à la satura, elle était caractérisée par certains types invariables : Maccus l'Arlequin, — Bucco, le glouton, — Pappus, le vieillard toujours dupé, — Pantalon, Dossennus, l'adroit coupeur de bourses, — le dottore. — Déplus, au lieu d'être jouée par des acteurs de profession, FAtellane était représentée par de jeunes Romains masqués ; aus^^i avait-elle un caractère plus noble que la Satura. »

Toutes ces pièces étaient improvisées bien plu- f tôt qu'elles n'étaient rédigées par écrit ; elles n'eurent jamais d'importance vérital)lement littéraire, par suite de leur manque de plan et d'unité, de leur jros- f sièreté et de leur rudesse. C'est à l'époque suivante seulement que la sature et l'atellane furent compo-

sées suivant les règles de l'art.

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