‹ Histoire abrégée de la musiqueChapitre 14 sur 69 · RAMEAU · texte numérisé non relu

RAMEAU

« jeur, l’autre mineur, et que par le renversement, « chacun cl’eux engendre un accord de sixte et un « accord de quarte et sixte. A l’accord parfait ma- « jeur qu’il transpose, on ne sait pourquoi, il forme « l’accord de septième de la dominante qui donne « par le renversement les accords de fausse quinte , « de sixte sensible et de triton , etc... Nonobstant (( les vices radicaux du système de Rameau, sa théo- « rie n’a pu être que l’ouvrage d’un homme supérieur « et elle sera toujours signalée dans l’histoire de l’art « comme une création du génie. »

On pourrait aussi reprocher à Rameau le choix douteux de ses poèmes. Il avait une telle confiance en sa musique qu’il dit un jour: « Donnez-moi la Gazette de Hollande, je la mettrai en musique. » II n'en est pas moins vrai qu’il avait montré la route et que d’autres l’ont suivie.

De Rameau à Glück, les compositeurs à citer sont Duni» un Italien, auteur du Peintre amoureux de son modèle, Philidor,. né à Dreux en 182G, et Monsigny, né en 1729, auteur de le Bci et le Fermier, du Déserteur .

GLLCK ET PICCINiNI

Christophe Glück nnquit clans le Palatinat en 171/i. Ayant appris à jouer de plusieurs instruments, il se fit nomade et alla d’abord à Vienne, où il se perfectionna dans son art. De là il passa en Italie, où il étudia sous la directiori*du père Martini, et il écrivit en 1741 l’opéra d Wrtaxerse, représenté heureusement à Milan; puis, en 1743, à Venise, Hypcrmnestre et Demelrio , et encore à Milan Deinofonte. En 1743 il donna, toujours à Milan, Sifaceo t Fedra ; àCrema, Artaniène, qui consacra sa réputation.

L’Angleterre, à la recherche des compositeurs connus, le fit venir et monta de lui la Chute des Géants et Pyrame et Thisbé , qui furent assez froidement accueillis. Ces échecs lui montrèrent tout ce qu'il y avait d’imparfait dans la méthode italienne ; il comprit que la musique dramatique devait être la reproduction parfaite des sentiments humains et il pensa que le meilleur moyen de les connaître était de s’adonner à la littérature.

GLÜCK KT PICCLNM

Au commencement du dix-huitième siècle les idées philosophiques germaient et les musiciens allaient suivre, malgré eux, le mouvement social. Les ariettes et les cantilènes ne suffisaient plus, il fallait une assimilation plus complète de la musique à l’action; l’expression demandait à en être modifiée. Glück fut le moteur de ces nouvelles tendances.

En 170/i, il fit jouer à Rome Clemenza di Tito, Antigono, a Parme Baucis et Philémon, Clelia et Aristeo, ouvrages dans lesquels on sent l’application imparfaite des théories du maître. Ce ne fut réellement qu’à Paris, de 1761 à 1774, qu’il déploya les nouvelles ressources de son art dans Paris et Hélène, Aleestc et Orphée, avec l’aide de Calzabigi, un librettiste audacieux qui partageait et appliquait ses idées. Parlant de ce genre, Fétis, auquel il huit toujours recourir en ces matières, écrit ceci : « Moins riches « de poésie que les drames de Métastase, mais plus « heureusement disposés pour la musique, ces trois « opéras présentent des situations dramatiquesdu plus « bel effet. Rien de plus favorable aux inspirations « du musicien que les belles scènes où Alceste « consulte l’oracle sur le sort de son époux, et se « dévoue pour le sauver, rien surtout n’est compara- « ble au tableau du deuxième acte à'Orphée. »

Glück a mis en tête de ses deux partitions à'Alceste et de Paris deux exposés des motifs qui justifient sa nouvelle manière et en éclairent d’un jour absolument sûr l’interprétation.

GLÜCK. ET P1CCINNI

Nous ne comptons pas clans rénumération de scs nouveaux ouvrages : le Chasseur en défaut ni les Pèlerins de la Mecque, opéras-comiques peu importants. Il s’était résolu du reste à faire ses essais en France, l’Europe étant alors tout à la dévotion de la musique italienne.

Le Bailli du Rollet, attaché à l’ambassade de A ienne, ayant tiré un livret de VIphigénie en Aulidc de Racine, y chercha surtout des situations dramatiques, changea le dénouement et réduisit l’ouvrage à trois actes. Le livret plut tellement à Glück, qu’au lieu de mettre quinze jours à écrire sa partition, il y consacra une année entière et l’offrit à l’Opéra de Paris en donnant quelques détails sur son nouveau système. Le Mercure de France s’étant occupé d’Iphigénie, une formidable levée de boucliers s’organisa contre le barbare musicien.

L’Opéra s’empressa de refuser Iphigénie en Aulidc , mais la dauphine Marie-Antoinette étant intervenue en faveur de son professeur clc clavecin, l’opposition cessa et la première eut lieu le 19 avril x 774-

L’ouverture fut bissée et les trois actes acclamés. L'opposition décontenancée s’inclina, mais pour la forme seulement. Glück s’occupa de traduire .4 Iceste et Orphée , avec les remaniements nécessaires. L’Opéra n’ayant pas de contralto pour chanter Orphée, le compositeur se vit contraint de transposer le rôle d’Eurydice pour haute-contre et ajouta un air pour le chanteur Legros chargé d’Orphée. Le succès fut

glück et piccinm

moindre, quant à Alceste , la couleur sombre, la forme sévère de l’opéra, ne plurent pas au public qui montra une grande froideur. Glück en était désespéré lorsqu’un enfant se jeta dans ses bras en s’écriant: « Les malheureux, Dieu me préserve de jamais rien écrire pour eux !» — « Dans trente ans, répondit Glück, ils me rendront justice. » L’enfant était Mozart.'

Glück donna ensuite Cyihère assiégée suivie, le 3 mars 1777, à'Armide qui ne fut pas compris dès le début; pourtant les idées mélodiques y abondaient.

Un peu découragé par cet échec, Glück sentait la faveur lui échapper. Pourtant il se remit vile et accepta de Guillardce poème à'Iphigénie en Taaride.

Puis il se passionna pour ce poème et malgré ses soixante-cinq ans écrivit une partition qui l’emporta sur ses devancières, par l’expression et l’élévation des idées. On fut enthousiasmé par l’air d’Oreste « le calme rentre en mon cœur », par le ballet si dramatique, par le duo d’Oreste et de Pylade, et par tant d’autres parties de ce mémorable ouvrage.

Vint ensuite Écho et Narcisse aux fraîches mélodies, aux piquantes idées, mais que le public accueillit mal. Les polémiques, à chaque ouvrage de Glück, renaissaient plus acerbes, et bientôt le camp opposé, qui ne cherchait qu’un chef de file, se rallia à Piccinni (1), un Napolitain né à Bari en 1728 et élève de

(1) Piccinni a donné à Naples la Donne dispellose, le Gelosie, Zenobie, et à Rome Allessandro neW Indie etsurlout/a Cecchina (la

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