GLÜCK ET PICCINNI
Durante, que la comtesse Du Barry, toute-puissante sur l’esprit de Louis X\ , fit venir à Paris. Piccinni, ignorant la langue française, Marmontel qui était son liote dut se faire son professeur de lecture, et ce fut un véritable travail que de lui faire composer la musique d’un Roland emprunté a Lulli. Le malheur voulut que Gluck travaillât sur le même sujet et voici la guerre allumée. Les Glückistes avaient a leur tête Suard et l’abbé Arnaud, les Piccinnistes, Marmontel, Laharpe, d’Alembert, etc..., Rousseau prudemment ne prit pas part à la lutte, qui devint plus vive par suite d’une lettre que Glück écrivit de Vienne au directeur de l’Opéra, Le Bailli du Rollet, pour protester contre l’admission de la partition de Piccinni.
Cette partition vit le feu de la rampe au milieu d’une excitation générale. Piccinni se rendit à 1 Opéra comme si sa dernière heure était arrivée, mais la musique de Roland produisit beaucoup d eilet sur un grand nombre de spectateurs, par suite de l’abondance et de la facilité des motifs mélodiques. Une sorte de trêve s’imposa. Marie-Antoinette, pour montrer son impartialité, ne craignit pas de prendre Piccinni comme maître de chant, et le directeur de
bonne fille), son plus grand succès. On qualifie Piccinni d inventeur en ce sens qu’il y créa des types et même des costumes dont la mode s’empara. Plus tard il donna à JNaples les l oya - (jeurs et, à la suite d’une cabale créée par son élève Anfossi, il lut si illé et partit pour la France.
GLCCK ET P1CCINM
1 Opéra, Ber ton, s’employa à réconcilier les deux compositeurs.
Peu après celle réconciliation apparente Piccinni donna son opéra Atys (1780) dont la première fut tumultueuse, mais il eut le tort d’accepter de composer une partition sur le même sujet que Gluck, Iphigénie en Taixridc.
Les amateurs ne manquèrent pas de se rendre en foule à la première, qui devenait un véritable tournoi. La représentation marcha sans encombre jusqu’à la fin; on remarqua plusieurs airs et mélodies d’Ipliigeme, un trio et les chœurs de la prêtresse de Diane; pourtant le jugement fut réservé pour la seconde. Le rôle d Iphigénie était tenu par M lle Laguerre, chanteuse de beaucoup de talent qui avait le tort de trop fréquenter chez Large, marchand de vins fameux de l’époque. Elle se présenta dans un tel état après de nombteuscs libations, que le rôle fut complètement défiguré, si complètement que, malgré le soin de son jeu dans les représentations suivantes, l’ouvrage ne s’en releva jamais, et Y Iphigénie de Gluck brava seule les injures du temps (1).
(1) Au milieu du désarroi de la représentation, un plaisant sccna, en montrant M»« Laguerre : « Ce n’est pas Iphigénie en Tauride, mais Iphigénie en Champagne ! » Sans doute le même qui, à la première d'Alceste, lorsque M"c Levasseur prononça le vers: « Il m'arrache le cœur 1 », lui dit: « Mademoiselle, vous m arrachez les oreilles », ce à quoi un voisin répondit : « Ah I Monsieur, quelle fortune, si c'est pour vous en donner d'autres! »
glück. et piccinni
Glück à cette époque était arrivé a 1 apogee de la gloire et de la fortune — il avait gagné 600 000 francs ; il se retira à Vienne, ou il mourut le i 5 novembre 1787.
Piccinni resté seul fit représenter Adèle de Pofithieu et Didon, qui passe pour son chef-d’œuvre. Le compositeur napolitain ayant obtenu la place de directeur de chant céda la place à Sacchini (1) ; mais la Révolution éclata et supprima toutes les pensions de l’ancien régime. Révoque de ses fonctions, 1 iccinni revint à Naples, où ses compatriotes le sifflèrent outrageusement, non à cause de sa musique, mais en raison de scs idées révolutionnaires. Il revint à Paris, où il mourut a Passy le 7 mai 1800.
a Glück, dit Fétis, avait le génie de l’harmonie*
« Sans être harmoniste correct, son orchestre pro- « duit toujours de PclTet et colore heureusement les « situations dramatiques. Mais c’est dans la peinture « du caractère des divers personnages qu’il a mis en « scène qu’il a montré toute la puissance de son gé- « nie. On trouvera son style noble dans Iphigénie en.
(1) Sacchini, né à Naples en 1734, élève du célèbre Durante. En 1769 fut nommé directeur du Conservatoire de 1 OspedalcMo à Venise. Passa à Londres, vint h Paris en 1782 et devint maître de chant de Marie-Antoinette, aux appointements de 6000 livres. Débuta avec l’opéra Renaud, donna ensuite les ouvrages de Chim'ene, de Dardanus et surtout VOE dipe à Colonne, son chefd’œuvre, représenté en 1787» a p f és sa mort, survenue le 7 octobre 1786. Sacchini était un violoniste de talent et un compositeur de mérite cjui ne fut jamais apprécie à sa valeur.
glCck et piccinni
« A ulule, profondément dramatique dans Alceste , « pénétrant et pathétique dans Orphce, gracieux, <c descriptif, voluptueux dans Annule, et enfin su- « blime de grandeur et d’expression énergique dans « Iphigénie en Tauride. »
Les mélodies de Piccinni douces, charmantes, sont mieux ordonnées, plus développées que celles de Gluck , mais en general son cote faible est le manque <le \igueur, de couleur et d’unité dans l’ensemble. Ils honorent cependant tous les deux l’histoire de la musique.