CHAPITRE VIII
GRÉTRY
Grétry (André) naquit à Liège le 21 février 1741. Son père était violon à la collégiale de Saint-Denis. À six ans on le plaça à la maîtrise de Liège dont la direction était confiée à un maître très sévère, qui ne craignait pas d accabler scs élèves de coups. Un jour Grétry étant arrivé trop tard aux matines, qui se chantaient à cinq heures du matin, fut mis à genoux pendant deux heures au milieu de la classe, traitement peu fait pour rétablir sa débile santé. Aussi 1 enfant faisant peu de progrès, son père le confia aux soins de Leclerc qui devint plus tard directeur de la maîtrise de la cathédrale de Strasbourg. Le goût commença a germer chez l’élève à l’audition des opéras de Pergôlèse ; il ne rêvait que de composition. Confié a un nommé Renekins, organiste de la collégiale et à Moreau qui lui enseigna le contrepoint, le jeune musicien ne tarda pas à composer six symphonies qui furent exécutées.
Sur les conseils et avec l’aide pécuniaire du cha-
GRÉTRY
pitre de Liège, Grétry partit pour Rome en 1709 et re^ut les leçons de Casali. 11 donna au théâtre Alberli sa première partition les Vendangeurs . Mais lorsqu’il eût entendu la partition de Rose et Colas de Monsigny(1), il comprit que sa nature le portait vers ce genre d’ouvrages et qu un voyage a Paris s imposait. Pour s’y rendre, Grétry passa par Genève et s’arrêta à Ferney où il obtint de 'N oltaire la promesse d’un livret d’opéra.
Le livret ne fut jamais donné, et en vain notre compositeur chercha des poèmes. Du Rosoy finit par lui confier trois actes, les Mariages Sarnnites, iiop sévère pour le cadre de FOpera-Comique, 1 ouvrage passa à l’Opéra où après des hésitations prolongées la direction fit commencer les répétitions. Lne représentation donnée chez le prince de Conli au milieu d’une insigne mauvaise volonté des chanteurs et de l’orchestre faillit tout compromettre.
Pourtant Marmontel confia à Grétry un poème, le 1 luron j qui réussit brillamment. Des lors les 1 duettistes affluèrent et la production du jeune compositeur devint féconde. Citons Lucile avec son fameux quatuor « où peut-on être mieux qu’au sein de sa
(1) Monsigny était un des meilleurs auteurs de l’Opéra-Comiquo français, théâtre auquel il resta constamment fidèle. 11 était Inspecteur du Conservatoire (1800) et membre de l’Institut. 11 convient de citer à côté de lui Dyüvergne, dont Y opéra-comique les Troqueurs fut célèbre. Mais la musique simple, légère, et surtout appropriée au sujet, peinture exacte des situations, fut en réalité créée par Grétry.
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famille » ; le Sylvain, l’Amitié à l'épreuve, les Deux Avares, et en 1770 le Tableau parlant qui fit sensation, ainsi que Zémire et Azor.
Vinrent ensuite: la Barque légère, la Rosière de Salency et la Fausse Magie, l'uis encore l’Amant jaloux, le Jugement de Midas, l'Événement imprévu, Aucassin et Nicolette, l’Épreuve villageoise créée par frial (1), et Richard Cœur de Lion.
Ses essais à l’Académie royale de musique furent moins heureux. Sa muse légère et pimpante s’accommodait mal delà solennité de la tragédie lyrique et les grandes proportions s’associaient peu à son style. Aussi, Céphale et Procris 1775, Andromaque 1780, Aspasie et Denis le Tyran n'obtinrent-ils qu’un nombre limité de représentations.
Grétry comprit qu’un genre intermédiaire pouvait seul lui convenir, et de fait trois ouvrages de demicaractère, Anacréon chez Polycrate, la Caravane du Caire et Panurge, furent accueillis avec succès.
(1) Trial (Antoine), (1787-1795). — Comédien français, ne a Avignon en 173-. Professeur de chant, il appartint d’abord à a troupe du prince (le Gonti (1784). Gomme sa voix était faiblo et son timbre nasillard, Trial joua les paysans et les queuesrouge. Ses rôles les plus importants furent Crispin, dans la Mc omanie, le Déserteur do Monsigny, Zémire et Azor, et l’Épreuve villageoise de Grétry.
lin 1793, membre du Comité révolutionnaire et ami de Robespierre, Trial joua un rôle prépondérant. Après le 9 thermidor, Inal ayant voulu remonter sur la scène, le public l’obligea à demander à genoux pardon de sa conduite. Peu après, la municipalité refusa de le marier. De chagrin. Trial s’empoisonna.
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Malgré fout, la tragédie lyrique avec sa pompe, sa solennité le hantait encore. Les succès de Cherubini, deMéhul, lui montraient trop ce qui lui manquait, la science véritable de la composition qu’il avait négligée au début. L’inspiration mélodique qui n’était pas plus abondante chez ses rivaux était pourtant chez eux plus développée, plus savamment conduite. Il essaya encore ce genre pour lui inaccessible, avec Lisette } Pierre le Grand , Guillaume Tell et Elisea, mais il comprit que ses efforts n’atteindraient jamais le but proposé et il se décida a jouir en paix de ses succès. Ayant acheté à Montmorency l’ermitage de J.-J. Rousseau, il s’y retira et y mourut en 181 3 .
On peut dire de Grétry qu’il contribua beaucoup au développement du goût musical dans le peuple. Les Italiens étaient bien en avance sur les Français et l’Opéra-Comique à Paris s’appelait encore la Comédie italienne. Grâce à Grétry, dont les refrains se répétaient dans la foule, il se forma une véritable école française rivale de l’école italienne qui mettait en avant Scarlatti et Pergolèse. Ainsi Grétry prépara aux Cherubini, aux Rossini une voie nouvelle où ils purent briller sans trop de luttes ni d’efforts. Voltaire qui traita pourtant Grétry d’homme d’esprit s étonna de voir tant de monde à ses funérailles et dit de lui : « On eut cru, à l’aspect de ce deuil public, qu’on avait à déplorer la perte de quelque bienfaiteur de l’humanité. »