CHAPITRE X
MÉHUL
Méhul naquit à Givet en i; 63 . Fils cl’un officier de génie, le jeune Méhul reçut ses premières leçons de musique d’un organiste de Charlemont, ville où son père, inspecteur des fortifications, résidait. A l’âge de dix ans Méhul était de force à tenir l’orgue de l’église des Récollets, et à douze ans on le nomma organiste adjoint de l’abbaye de la Yalledieu. C’est là que, d’un maître allemand, il apprit l’harmonie.
Son instruction, qui avait besoin d’ètre développée, le conduisit à Paris où il prit des leçons de piano de Dedelmann et où il connut Glück. L’amitié de ce dernier fut précieuse pour le jeune musicien; il y puisa la poétique de son art.
Méhul chercha d’abord sa voie à l’Académie royale où il débuta par Cora, mais il préféra se tourner vers le genre plus léger, et en 1790 il présenta à l’Opéra-Comique Euphrosine et Coradin. Il y appliqua les théories de Glück, ainsi que les nouveaux procédés d’instrumentation de Mozart. Son
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expression était toujours vraie et subordonnée à l’action qu'il avait à dépeindre musicalement. Le succès, d’abord vacillant, se détermina franchement au duo de la Jalousie, remarquable par les modulations qui déterminent la cadence finale. Grétry a dit de ce duo : « Méhul en a triplé l’effet par son harmonie vigou- « reuse et propre à la situation. Ce duo vous agite « pendant sa durée, l’explosion qui est à la fin « semble ouvrir la voûte du théâtre avec le crâne « des auditeurs. La mélodie en premier ressort n’é- « tait pas ici de saison. Dans ce duo, Méhul est « Glück à trente ans. >>
Encouragé par l’accueil du public, Méhul donna Stratonice, puis les opéras de Phrosine et Mélidor, d ’Hutal, d ’Ariodant et de Joseph sur lequel nous reviendrons. Méhul s’occupa activement de la réorganisation de l’enseignement qui prit bientôt un nouvel essor. On le trouve mêlé à tous les incidents artistiques de l’époque, causes premières de la modification qui devait se produire dans l’opéra-comique.
L’opéra-comique national, en effet, avait peu â peu supplanté l’opéra-bouffe italien, et avait imposé au public ce titre d’opéra-comique. En même temps une nouvelle salle s’ouvrait rue Favart, exploitant le même genre. C’est â la salle Favart que Méhul lit représenter le plus grand nombre de ses productions dont les plus connues sont : une Folie, le Trésor supposé, TIrato, Euphrosine et Coradin.
Méhul, musicien très instruit, homme d’esprit, Boyer. 4
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était connu par ses réparties. En dehors de son répertoire lyrique, il a écrit des symphonies, des sonates et même des airs patriotiques dont le Chant du départ a été la plus noble expression.
C’est à Méhul qu’on doit le remplacement par des pièces françaises du répertoire italien qu’on connaissait à Paris par des traductions. Aussi y eut-il au début deux troupes, l’une italienne, l’autre française. Les événements de 1792 ne laissèrent subsister que la seconde. Feydeau dut se contenter de cette dernière, et passa la main à Cherubini et à Lesucur, qui, pleins d’ardeur, réunirent a la fois un excellent orchestre et des chanteurs comme Martin, Lesage, Gavaudan et des cantatrices comme M raCsi Scio et Rolandeau.
Méhul mourut en 1817.