CHAPITRE XIV
BOIELDIEU
Boieldieu naquît, comme Nicolo, en 1775. Son père qui habitait Rouen le fit admettre comme enfant de chœur à la maîtrise de la cathédrale. Ses dispositions musicales engagèrent les parents de l'enfant à lui faire apprendre le piano que lui enseigna l'organiste distingué Broche. Peu solide sur la technique de la composition, ce dernier donna pourtant au jeune Boieldieu des conseils suffisants pour qu'il pût voler de ses propres ailes. D'ailleurs ses premières productions ne furent que la pâle imitation de Grétry ou de Méhul.
Le premier ouvrage de Boieldieu représenté sur la scène du théâtre de Rouen, assez bien accueilli du reste, était dû à la collaboration d’un poète aussi inconnu que le musicien. Paris seul était digne de jouer les œuvres de l’ancien enfant de chœur. Aussi prit-il la résolution, sa musique sous le bras, de gagner à pied la capitale où l’Opéra-Comique s'empressa de refuser son manuscrit. Dépité, mais non
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découragé, notre compositeur se fit accordeur de pianos.
Il eut alors la chance d’entrer dans la maison Erard, où il put se faire admettre dans l’intimité des compositeurs connus: Lesueur, Cherubini, Méhul, etc... Garat lui chanta les romances du Ménestrel et de O / toi que j'aime . C’était déjà la fortune et l’Opéra- Comique ne tarda pas à lui ouvrir ses portes avec la Dot de Suzette, opéra en un acte tiré d'un roman de Fiévré. La fraîcheur des mélodies contribua beaucoup au succès de ce petit acte. En 1796 Montbreuil et Verville ne laissa pas de traces, mais Boieldieu eut plus de chance avec Z or aime et Zulnar .
L’opéra de Beniowski , qui dérouta d'abord les amateurs, montrait toutefois les progrès accomplis par le compositeur dans la science de l’instrumentation, et ceux qui l’avaient deviné triomphèrent à l’apparition du Calife de Badyad } opéra-comique amusant, frais, gai et spirituel qui atteignit le chiffre énorme pour l’époque de sept cents représentations.
L’écho de la gloire retentissait encore lorsque Boieldieu donna Ma tante Aurore, opéra-comique en trois actes qui mit le comble à sa réputation. C’est à ce moment qu'il accepta les offres avantageuses de la Bussie, et qu'il partit à Saint-Pétersbourg pour organiser avec Bode et Baillot, en i 8 o 3 , la maison musicale de l’empereur.
A Saint-Pétersbourg il s’occupa plus de musique dramatique que de musique religieuse et il donna au Boyer. 5
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théâtre Télémaque et d’autres ouvrages. Après l’incendie de Moscou et la terrible campagne de Russie, Boieldieu revint à Paris. Malgré la gloire de Nicolo, il fit représenter à l’Opéra-Comique Jean de Paris, la Fête au village voisin, le nouveau Seigneur du village, où sa manière apparaît plus large et plus soignée.
En 1817, il donna sa partition du Petit chaperon rouge . En même temps il était nommé professeur de composition au Conservatoire. A cette époque une maladie sérieuse et longue arrêta sa production et on ne compte qu'un seul ouvrage, les Voitures versées.
En 1826, bien que débile (sa santé ne se rétablit jamais complètement), Boieldieu donna la Dame Blanche, succès éclatant qui dure encore. Jamais il ne montra plus de variété, plus de jeunesse et plus de fraîcheur d’inspiration, ce qui prouve bien que chez lui la mélodie coulait d’abondance.
Boieldieu mourut en 1 834 ; son dernier ouvrage a été les Deux nuits , dont l’insuccès contribua sans doute à sa fin.