DEUXIÈME PARTIE
Le Clavecin bien tempéré.
(j.-s. bach)
Le Clavecin bien tempéré, traduction bien inexacte du mot allemand Wohltemperirte (clavier), est un recueil d’œuvres pour le clavier écrites à l’origine pour le clavicorde, instrument favori de J.-S. Bach, et non pour le clavecin, ainsi que le litre semble le faire croire.
Bach traitait magistralement la fugue pour orgue ; il voulut en faire de même pour le clavier, et il réalisa son idée dans le courant de 1 annee 1722.
Ce recueil contient les préludes et fugues dans tous les tons et demi-tons, concernant aussi bien la tierce majeure ou ut, ré, mi, que la tierce mineure ou ré, mi, fa, à l’usage de la jeunesse studieuse ainsi que de ceux qui sont déjà habiles en musique et qui ont du temps à y consacrer.
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Il s’agit donc d’une étude sur les vingt-quatre tons majeurs et mineurs par mouvement direct et par mouvement contraire. Plusieurs de ces tons étaient à l’époque peu usités, et Bach en facilita l’étude par un nouveau doigté et par un système nouveau d’accord du clavicorde et du clavecin.
M. David a démontré dans son ouvrage que Bach n’avait pas coordonné les vingt-quatre tons selon la loi de leur affinité intime, mais selon leur suite chromatique ascendante.
Fétis estime que « cet ouvrage n’en est pas moins « une des plus étonnantes productions musicales du « xvm e siècle, quoique rempli d’incorrections et de cc bizarreries. Les préludes sont tous excellents ; « quant aux fugues, malgré les défauts qui viennent « d’être signalés, on y trouve une abondance d’idées « peu commune, des modulations inattendues et de « grand effet, et ce que Bach seul a su faire, les « fugues à trois et à quatre parties conservant le « même nombre jusqu’à la fin, quels que soient les cc obstacles du doigté. Au surplus, ce défaut de « correction tient à ce que Bach exécutait ses fugues « dans un mouvement rapide et qu’il savait que les « rencontres de dissonances non préparées sont peu « remarquables dans la vitesse et que toutes les in- « corrections sont absorbées par le sentiment tonal,
« quand celui-ci est bon. »
Cherubini s étonnait qu un aussi grand musicien put se rendre coupable de ce manque de correction,
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qui produit, en effet, des duretés et des dissonances désagréables à l’oreille; mais il convient d’ajouter qu’en général, chez Bacli, les modulations inattendues enlèvent rapidement l’impression de dureté produite par des retards précédents.
Le Clavecin bien tempéré comporte quarante-huit préludes et fugues dans tous les tons et dans tous les modes majeurs et mineurs. Ce qu’on doit y remarquer, c’est la variété pour ainsi dire infinie des vingtquatre fugues. Chacune diffère absolument de la précédente, et si Bach a pu conserver les moins châtiées ou celles qui affectent encore un caractère d'inexpérience, c’est sûrement qu elles valent comme étude de mécanisme.
Des préludes, le plus célébré est le premier, immortalisé par Gounod qui a composé sur sa trame son admirable Ave Maria . Ces préludes sont tous dans la forme unique adoptée pour ce genre de morceaux.
« Jouez souvent les fugues de Bach, a dit Schu- « mann. Faites votre pain quotidien du Clavecin bien « tempéré ; a lui seul il vous fera devenir bon « musicien ».
La seconde partie du Clavecin bien tempéré se distingue par un caractère nouveau donné à la lugue * mais ce n’est pas une production nouvelle, car dans les six dernières années de sa vie Bach s occupait à donner à ses travaux les plus importants une forme définitive.
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C’est dans le Clavecin bien tempéré que Bach a pose ce principe que le pouce doit être employé deux fois dans l’octave de la gamme. Avant Bach et Couperin, beaucoup d’organistes interdisaient dans le doigté l’usage du pouce.
Les trois fugues et préludes les plus connus ont les n l i, 8 et 17. Us sont construits sur le même modèle ; pourtant le prélude n° 1 est assez long, et la fugue (moderato maestoso) ne contient que 27 mesures avec, a la main droite, un chant et une variation.
Le n° 8 commence « lento moderato » par un prélude à trois-deux, avec trois blanches par mesure et une armure de six bémols. La fugue ést plus développée que les précédentes (1).
L’édition la plus employée est due à Charles Czerny, qui avait vu exécuter la majeure partie de ces numéros par Beethoven. Suivant cet auteur, « le Clavecin bien tempéré a pour but: i° d’apprendre à tenir les mains bien tranquilles, même pendant les passages les plus compliqués; 2 0 de pouvoir faire entendre chaque voix indépendamment des autres, ainsi que de jouer bien conséquemment et en même temps d'une manière exactement liée ».
(1) Bach n’a pas hésite à réduire les préludes qu il trouvait trop longs. Le prélude en ut majeur de la première partie et en ut dièze majeur de la seconde ont été raccourcis de moitié. Lu revanche, Bach était parfois trop concis. Yoir le prélude en ré mineur ( 3 15 version).
Judas Macchabée.
(Oratorio de Hændel)
Hændel écrivit Judas Macchabée en trente-deux jours, du 9 juillet au n août 1746, et l’exécution en fut donnée pendant la saison de 1747 à Covent Garden. Quelques auteurs ont prétendu que cet oratorio avait été composé en vue des abonnés des concerts sacrés, auxquels Hændel était redevable djune dernière audition de musique inédite; mais il y a confusion dans l’esprit de ces commentateurs. En réalité, Frédéric prince de Galles fit la commande de cet oratorio à Hændel, afin de célébrer le retour de son frère le duc de Cumberland, vainqueur de Charles- Édouard, fils aîné du prétendant, le iG avril 1746. A cette date, les troupes de Georges II avaient remporté la victoire de Culloden.
Hændel désigna lui-même le sujet à son librettiste ordinaire, Thomas Morell, auteur de précédents oratorios, et comme il fallait un sujet guerrier, il choisit l’épisode de Judas Macchabée.
Judas Macchabée, à la tête des révoltés contre Antiochus Épiphane qui voulait imposer au peuple
92 JUDAS MACCHABÉE (ïLÆXDElf
d’Israël la langue, les mœurs et jusqu’à la religion des Syriens, fut d’abord vainqueur à Emmaüs et à Hébron, puis périt en combattant contre Demetrius Soter (161 ans avant J.-C.).
L’oratorio est divisé en trois parties et comprend en tout soixante-sept morceaux détachés, vingt-cinq pour la première partie, vingt-quatre pour la seconde et dix-huit pour la troisième.
Le rôle de Judas est confié à un ténor ; la distribution comporte deux basses, Simon Pontefice et Natanaele, deux sopranos dramatiques et quelques chorypliées, un guerrier, un messager, un homme du peuple.
L’ouverture en si bémol est assez courte et un chœur du peuple lui succède. Vient ensuite un duetto entre les deux chanteuses et le fameux air de Judas en ré majeur. Citons encore un largo en la majeur, genre dans lequel llændel est passé maître et un terzetlo pour alto, ténor et basse.
Les morceaux sont tellement nombreux qu’il nous suffira d’indiquer un chœur de guerriers, « VinJti son gia », qui a de l’allure et du rythme; un air de Guida, qu’on doit chanter sotto voce ; le chœur à quatre temps qui ouvre la troisième partie ; ces morceaux sont considérés comme les meilleures pages de l’ouvrage. Il est resté un air de basse solo accompagné par des batteries de doubles croches et que la voix du chanteur peut mettre facilement en lumière, ainsi que le chœur final « Alléluia amen! »
JUDAS MACCHABÉE (h.ENDEl)
Judas Macchabée fut un succès immense. Hændel conduisit en personne pendant trente-huit fois l’exécution et à la trentième la recette monta à quatre cents livres, environ ioooo francs. Les Juifs d Angleterre considérant cet épisode comme un des plus glorieux de leur histoire nationale, s’y rendirent en foule. Et pourtant aujourd’hui cet oratorio est presque oublié. Le Messie ayant accaparé la faveur publique, il n’est rien resté de l’œuvre qui pouvait le mieux soutenir le parallèle avec l’oratorio favori des Anglais.
Le célèbre chœur appelé dans l’édition anglaise « See the conquering hero cornes (i) » a été intercalé postérieurement et provient de l’oratorio Josué. Miss Hawkins, dans ses mémoires, raconte qu’Hændel, à un de ses amis trouvant ce chœur inférieur à certaines autres œuvres, se contenta d’affirmer « que ce chœur deviendrait plus populaire que ses plus belles œuvres ».
llændel ayant été atteint de cécité fut obligé de dicter à Smith quelques morceaux de Judas Macchabée, notamment le chœur qui dans l'édition originale commence par les paroles « Tune your harps » [Et maintenant, accordez vos harpes] et le duo « Sion now lier head shall raisi » [que Sion maintenant relève la tête].
(i) Traduction « Voyez, il vient le héros conquérant ». Ce chœur en Angleterre est très populaire. Il est devenu patriotique et il n’est pas rare de l'entendre chanter par les masses dans les manifestations.
Orphée
DE