‹ Histoire abrégée de la musiqueChapitre 55 sur 69 · SAMSON ET DALI LA (SAINT-SAENS · texte numérisé non relu

SAMSON ET DALI LA (SAINT-SAENS

tins, bravant le malheureux Samson enchaîné aux colonnes du monument. Le dénouement est conforme à la légende ; il est simple, avec une action unique et la versification ne dépare pas la musique.

Après un prélude très court, sur des syncopes de l’orchestre, on entend les plaintes des Hébreux derrière le rideau, et le chœur fugué qui suit fait pressentir la révolte prochaine.

Sur des arpèges de harpe vient ensuite la Prière de Samson, accompagnée par les chœurs et la malédiction du grand prêtre. On a trouvé une certaine simplicité au chœur des vieillards hébreux qui précède un finale construit à la manière de Meyerbeer.

Au second tableau, un chœur de philistines, soutenu par un ballet, offre à l’oreille une sonorité des plus tendres. Les strophes au printemps, avec une pédale sur la dominante, sont pleines de grâce, mais la page maîtresse est le trio où Samson, malgré les objurgations d’un vieil Hébreu, cède aux charmes tentateurs de Dalila.

Le deuxième acte se passe devant la maison de Dalila. Après un prélude d’orchestre imitatif des passions qui animent les personnages, vient se placer l’air de Dalila, universellement connu :« Amour , viens aider ma faiblesse ! » admirablement et sobrement écrit et destiné a faire valoir les belles voix de con-. tralto. La scène qui suit est plutôt un dialogue musical entre le grand prêtre et Dalila, préparant leurs trahisons, et est suivie d’un ensemble dans la forme

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conventionnelle de l’Opéra. Le duo entre Dalila et Samson est joli et langoureux, il exprime bien les sentiments opposés des deux protagonistes, l’une épuisant tous les charmes de la séduction, 1 autre icsistant par devoir. Les strophes « mon cœur s'ouvre à ta voix » valent par la phrase large et belle, qui éclate sur une note passionnée du ténor, pour revenir ensuite à l’orchestre dans un rythme dillerent.

La scène qui suit, la prise de Samson par les Philistins, la malédiction du Grand Prêtre, valent suitout par les procédés symphoniques de Saint-Saëns, et par une julaxposition des thèmes caractéristiques, notamment le retour du leit motiv du début, et 1 entrée de Samson en mi bémol, que nous retrouvons dans les diverses parties de la polyphonie.

Au dernier acte, nous voyons Samson enchaîné tournant la meule. Le grand air du malheureux captif insulté par les Hébreux est d’une puissante accentuation dramatique.

Le dernier tableau nous transporte dans le temple de Dagon, au milieu de l’orgie des Philistins. Le joli motif du chœur de femmes du début revient, suivi d’une bacchanale dont l’instrumentation est pleine de couleur et d’originalité. Ensuite nous trouvons un rappel du duo du second acte, en parodie de l’amour, sur un mode ironique. Samson reste muet devant les railleries, mais il a une invocation au Dieu suprême qui lui permettra de venger, d un coup, les insultes sanglantes dont il est l’objet. Accompagné par les

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trompettes et les cuivres, le thème est très large et provoque les huées des Philistins.

On peut signaler aussi la prière en canon, prélude d’un chœur dansé, dont le dessin est exposé par les flûtes, et la strette de l'ensemble : « Gloire à Dacjon » suivie de l’écroulement final et de l’embrasement du Temple.

Certains critiques ont reproché à Saint-Saëns 1 abus de la formule italienne, le motif et le chant au premier plan et, même, les vocalises. D’autres, en revanche, ont trouvé un abus du système wagnérien, surtout dans la malédiction du Grand Prêtre. En réalité, ces critiques sont peu fondées ; l’auteur semble aussi éloigné de l’un et de l’autre système ; il a suivi son inspiration propre, ne dédaignant pas la mélodie lorsqu’elle lui arrivait naturelle et imposée par la situation.

Aujourd’hui, avec le recul du passé, Samson et Dalila semble prendre la première place dans le répertoire de Saint-Saëns qui passe, à juste titre, pour rharmoniste le plus savant et le plus parfait de 1 école française moderne.

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