‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 10 sur 156 · RÉFORMATEURS DE LA PHILOSOPHIE D'AMSTOTE · texte numérisé non relu

RÉFORMATEURS DE LA PHILOSOPHIE D'AMSTOTE

Outre les nombreux auteurs qui bornaient leurs efforts à mieux faire connaître Aristote, il s'en trouva d'autres qui cherchèrent à réformer ou a compléter la doctrine de ce philosophe , en y ajoutant leurs propres pensées. Nous allons en citer quelques uns comme tenant le premier rang.

l.° André Césalpini , né à Arrezzo, en \ ù\9 et mort à Rome en \ 603 , enseigna la philosophie et la médecine en même temps , d'abord à Pise , puis à Rome , où il fut médecin du pape Clément VIII. Il fit des ouvrages de médecine , qui furent estimés de son temps , et deux traités de philosophie, l'un en 5 livres, intitulé, Des questions pèripatetiques, et l'autre, Recherche péripatètique des démons. Dans le premier , il adopte les erreurs d'Averrhoès sur le système du monde , et y ajoute des principes aussi impies qu'absurdes, dont il est l'inventeur. Selon lui, il n'y a qu'une substance dans le monde , savoir , une âme universelle , essentiellement unique , qui est la forme de tout ce qui existe , anime tous les corps organisés , élève la matière , divisée en modes particuliers, au degré de substance. Les âmes humaines sont comme des parties de la substance

unique et incorporelle. Ainsi le fond de ce système est le panthéisme. L'auteur protestait néanmoins de sa soumission à l'Eglise , mais il ne se mettait point en peine de concilier les dogmes catholiques avec les erreurs qu'il avançait et qu'il prétendait tirer d'Aristole. Ce soin, disait-il, regardait les théologiens. Son traité Des plantes, en \ 6 livres, lui a fait beaucoup plus d'honneur.

2.° Nicolas Torello , né à Montbéliard , en 1547 , et professeur de médecine et de philosophie à Altorf, pendant plus de 20 ans , fit , contre Césalpini , un livre qu'il intitula, Alpes cœsœ (1). Par ce jeu de mots, il faisait allusion au nom du philosophe médecin , dont il combattait vigoureusement les principes fondamentaux , montrant que ces principes ne s^accordaient ni avec la doctrine d'Aristole , ni avec la foi chrétienne , ni avec la raison , ni avec l'expérience.

5.° Lucilio Yanini , né à Taurozano, au royaume de Naples , en \ 585 , étudia la philosophie à Rome , sous Jean Bacon , religieux carme, et apprit de lui à ne juger que par Averrhoès. De Rome il alla à Naples, continua d'y étudier la philosophie, puis la théologie et devint prêtre. Pour se perfectionner dans tous les genres d'érudition . il se mit à voyager de différents cotés, et à discuter, partout où il en trouvait l'occasion. Ses auteurs favoris étaient Averrhoès , Cardan , Pomponace et surtout Aristote , qu'il

fi) Alpes coupées.

appelait le dieu des philosophes et le souverain pontife des sages. Quand il partit pour venir en Franee , il changea son prénom Lucilio en celui de Jules César. Après avoir parcouru l'Allemagne, la Bohême et les Pays-Bas, il retourna en Italie , passa en Angleterre et revint en France. Sa manie était de disputer partout , et partout il faisait juger qu'il ne croyait à rien , pas même à Dieu , quoiqu'il gardât encore certaines convenances extérieures pour éviter d'être condamné.

Parmi les ouvrages qu'il publia en assez grand nombre , les plus célèbres sont, Amphithéâtre de ïa providence éternelle , et . Des admirables secrets de la nature , reine et déesse des mortels. Ces ouvrages fourmillent d'impiétés mal déguisées. Les mœurs de l'auteur ne valaient pas mieux , a ce qu'il parait, que sa croyance. Condamné au feu par le parlement de Toulouse , il fut exécuté et mourut en athée, en 1619.

4.° Durant le 16. c cl le 17.° siècles, il y eut en Italie, en France, en Allemagne et en Espagne, une foule d'autres péripatéticiens , tant chez les protestants que chez les catholiques, qui travaillèrent sur Aristote, et ont laissé de nombreuses explications de sa doctrine. On peut consulter, à cet égard , l'ouvrage du savant Brucker , t. 4 , p. 229 et suiv.

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