‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 9 sur 156 · DIT PÉRIPATETISME APRES LA RENAISSANCE DES LETTRES · texte numérisé non relu

DIT PÉRIPATETISME APRES LA RENAISSANCE DES LETTRES

Les nombreux scolastiques , dont nous venons de parler , faisaient tous profession de suivre Aristote. Usant des connaissances qu'ils avaient acquises dans la langue grecque, ils lisaient le texte même du philosophe, ou du moins ils recouraient aux versions les plus exactes qui en avaient été faites. Ils étudiaient sa doctrine, l'expliquaient , la commentaient, et ont laissé un grand nombre d'ouvrages dans ce genre. Souvent ils invoquaient son autorité à l'appui de leurs assertions , en dialectique , en métaphysique , en morale , en physique et jusqu'en théologie. Cependant ils le corrigeaient , le réformaient ou le modifiaient , quand ils ne pouvaient le concilier avec la foi chrétienne. Du reste, ils l'accommodaient tant bien que mal aux procédés reçus dans l'école ; et , pour cette raison , Brucker , Buhle et autres ont désigné renseignement de ces philosophes sous le nom de scolastique aristotélicienne.

Bientôt il s'en trouva d'autres qui , secouant les préjugés de l'école et méprisant la méthode usitée , travaillèrent à rétablir le péripatétisme pur. On peut citer les suivants comme les plus notables.

I.° Nicolas Léonicus, Vénitien , né en 1457. Élevé à Florence , sous la discipline du philosophe grec Démétrius Chalcondyle, il fit de grands progrès. Professeur de philosophie , pendant longtemps , à Padoue , il enseignait sur le texte même d'Aristote et l'expliquait publiquement.

On ne doit pas confondre ce Léonicus avec Nicolas Léonicénus, célèbre médecin de la même époque, qui fut professeur à Ferrare , pendant 60 ans , et enseignait aussi les principes de Galien sur le grec,

2.° Pomponace ou Pomponazzi, né à Manloue, en 14G2; fit de brillantes études à Padoue, y devint professeur de philosophie et se déclara pour la pure doctrine d'Aristote. Il entreprit de la défendre contre les partisans d'Averrhoès et de celte philosophie arabico-aristotélique , alors dominante en Italie. Il était d'une très-petite taille, mais son génie fut précoce et fort étendu.

Les propositions hardies , téméraires et même impies , qu'il avança dans quelques uns de ses ouvrages , ternirent la réputation extraordinaire qu'il s'était acquise. Sa mémoire n'en est pas encore lavée, malgré les protestations qu'il fit et les explications qu'il donna.

Dans son traité De l 'Immortalité de l'âme , il soutient qu'Aristote rejetait ce dogme. En effet , on ne peut prouver par la seule raison , selon lui , que l'âme doive être immortelle. Citant à ce sujet saint Thomas , il rapporte les raisons de ce saint docteur et les combat par des sophismes.

Dans un traité Du destin, du libre arbitre, de la pré-

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destination et de la providence, en 5 livres, il accumule les raisons pour et contre , avec une rare subtilité , et paraît être sceptique sur ces graves questions.

Le inonde sublunairc , d'après lui , est sous l'influence des sphères célestes ou des intelligences qui les animent. Dieu ne peut s'en occuper immédiatement, parce qu'il n'y a pas proportion entre lui et les objets inférieurs. La providence ne peut se concilier avec le libre arbitre , etc.

La témérité de ses assertions alla bien plus loin encore , dans un traité De l'Enchantement. Il y conteste et nie les opérations des esprits , les miracles , les apparitions , les révélations. Cependant il gardait les mesures prescrites par la prudence , quand il s'agissait de la foi chrétienne , afin de ne pas trop se compromettre aux yeux de l'autorité ecclésiastique et civile. Quand il recevait des reproches ou des remontrances , il protestait , en belles paroles , de sa soumission à l'Eglise , donnait des explications , admettait des corrections. Au fond , son irréligion ne paraît pas avoir été douteuse. Le plus grand nombre des savants , tant protestants que catholiques , paraissent être d'accord sur ce point. En effet , la doctrine d'Àristote , prise à la lettre , devait le conduire là. (I)

(i) lirucker, t. 4« > !>• *$> etsuiy., donne une analyse des ouvrages île Pomponace, notamment du dernier cité, De Iiicantatione. Cette analyse ne permet pas de juger favorablement l'auteur sous le rapport religieux.

5.° De cette école sortirent néanmoins une foule de disciples , dont plusieurs ont été célèbres. On peut citer, entre autres , Hercule de Gonzague , qui fut cardinal , Paul Jove ou Giovio , d'abord médecin puis évoque de Nocéra , et célèbre auteur italien du 1G.C siècle: il accusa son maître d'impiété ; Gaspard Contarini , qui devint aussi cardinal ; Simon Porta , napolitain , qui professa le pur péripatétisme à Pise , s'acquit une grande réputation d'habileté par ses leçons et plus encore par ses deux traités , Des principes des choses naturelles, et De lame humaine. Les principes religieux de ce dernier sont au moins aussi suspects que ceux de Pomponace.

4.° Jean Génésius Sépalvéda, né en 1491 , en Espagne, fit ses premières études à Cordoue , passa en Italie et étudia la philosophie , sous Pomponace, avec succès. Retourné en Espagne, il s'appliqua à faire connaître Àristote , pour lequel il avait une grande vénération. Dans ce but, il traduisit les ouvrages de ce prince des philosophes , et les commentaires qu'en avait faits Alexandre d'Àphrodisée , s'efforçant , du reste , de purger la philosophie de ses formes scolastiques.

Mais Sépalvéda ternit sa réputation, en supposant ouvertement aux généreux efforts que faisait Las-Cases, en faveur des malheureux Indiens , victimes de la cupidité des colons espagnols.

A sa mort, qui arriva en 1570 , il laissa un grand nombre d'ouvrages. Par sa manière d'écrire Thistoirc, il a mérité le nom de Titc-Live espagnol.

o.° César Crémonini , né en 1550 , n'avait pas vu Pomponace, qui était mort en 4530 , mais il s'attacha à ses principes et enseigna , comme lui , le pur péripatétisme à Ferrare : comme lui aussi , il abusa de ses talents et de sa réputation pour propager les mêmes impiétés , et usa des mêmes subterfuges pour éviter une condamnation. Brucker, qui ne paraît pas douter de son incrédulité , rapporte , t. 4 , p. 228 , qu'on lui attribue communément cette maxime , admise depuis par tant d'autres : A l'intérieur , comme vous voudrez, à l'extérieur, comme les autres.

6.° On peut encore citer plusieurs autres péripatéticiens , de ce temps-là, très-distingués par leurs talents et leurs ouvrages; tels que Augustin Niphus, qui enseigna à Pise et à Naples ; Marc-Antoine Moioraggio , ou Majoraggius , qui occupa une chaire publique à Milan , s'y fit une réputation extraordinaire et mourut en 1555 , âgé seulement de 41 ans; Pierre Viltori, savant florentin, auteur d'un commentaire sur Aristote et de plusieurs autres ouvrages; Jacques Zabarella , fameux professeur de philosophie à Padoue, admirateur d' Aristote et commentateur d'une partie de ses oeuvres : il soutenait , comme Pomponace , qu'on ne pouvait prouver l'immortalité de l'âme par les principes de ce philosophe ; néanmoins il donnait dans les rêveries de l'astrologie judiciaire. Il mourut en 1589, âgé de 56 ans. Alexandre et François Piccolomini travaillèrent tous les deux sur Aristote ; Cyriace Strozzi fut professeur à Bologne et à Pise, pendant 28 ans, et faisait valoir Aristote, tant

qu'il le pouvait. Jacques Mazoni, homme de talents et laborieux , esprit fécond et juste , chercha à concilier Platon et Aristote , Plotin et Proclus , Porphyre et Jamblique , etc.

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