ORDRE DU MONDE
Un ordre admirable règne dans le monde : de quelque côté que nous tournions nos regards, nous voyons une prodigieuse multitude d'êtres différents les uns des autres ; les immenses globes qui roulent sur nos tètes et sont rangés comme une armée régulière ; la terre et la mer avec leurs nombreux accidents ; les animaux , les plantes , les minéraux et leurs innombrables variétés.
Un parfait accord règne entre tous ces êtres ; les astres , dans leurs mouvements continuels , réels ou apparents , gardent fidèlement l'ordre qui leur a été assigné ; les jours et les nuits, les saisons et les années se succèdent régulière-
ment : la mer , souvent si furieuse , respecte les limites qui lui ont été fixées; portant sur ses ondes continuellement agitées , jusqu'à l'extrémité de ses longs bras , ces maisons ambulantes qu'on appelle vaisseaux , elle réunit en quelque sorte les continents les plus éloignés. L'air , si nécessaire à la vie des animaux et des plantes , entoure la terre d'une immense ceinture , et se trouve , dans la combinaison des parties qui le constituent , parfaitement proportionné aux besoins de chaque être organisé. Si la terre était moins solide , nous y enfoncerions comme dans la boue ; si elle était plus dure, on ne pourrait la cultiver. Les rayons du soleil en échauffant les eaux , les séparent des parties hétérogènes , les réduisent à l'état de vapeur , qui s'élève en haut, forme des nuages et tombe en pluie fécondante. Les animaux de tous les genres , grands et petits , trouvent les aliments qui leur conviennent : leur bouche , leurs dents, leurs divers organes sont en rapport avec la nourriture qu'ils prennent. Chaque espèce a ses mœurs qu'elle ne change pas , ses lois qu'elle ne viole point , sa fin dont elle ne s'écarte jamais.
Comment n'être pas saisi d'étonnement quand on contemple la merveilleuse disposition qui se trouve dans les êtres organisés : les racines des plantes s'enfoncent et s'étendent dans la terre , vont chercher les sucs qui leur conviennent et les transmettent par des tuyaux déliés jusqu'aux extrémités supérieures , produisent des feuilles , des fleurs des fruits; ]Les animaux avec leurs yeux , leurs oreilles , leur cœur , leurs poumons , leurs nerfs ] leurs fibres j leurs
muscles, leurs artères, leurs veines, leur sang : des animalcules de l'air , de la terre et des eaux , incomparablement plus petits que les moins perceptibles à nos yeux , vivent, se meuvent, se nourrissent , ont tous les organes corporels comme l'aigle , la baleine ou l'éléphant.
Ces êtres si nombreux et si variés , en restant chacun dans sa spécialité , sont liés les uns aux autres et font , par leur harmonie , un tout admirablement disposé , comme une sage distribution des couleurs forme un tableau ; comme l'arrangement convenable des compagnies , des bataillons , des régiments compose une armée ; comme l'accord de différents rouages , fonctionnant chacun à sa manière , fait une mécanique, etc. Les espèces se reproduisent ellesmêmes et se perpétuent , sans se confondre. Parmi les animaux , les uns sont vivipares, les autres ovipares et d'autres se métamorphosent. Les plantes ont la vertu de reproduction, ou dans des graines que Ton sème , ou dans la bouture , ou dans les racines que Ton plante. Les individus qui naissent, n'importe de quelle manière, apportent avec eux l'organisation de l'espèce particulière à laquelle ils appartiennent.
Certaines déviations qui se trouvent dans quelques êtres particuliers et font les monstres , ne servent qu'à mieux faire ressortir la perfection des espèces. Ce sont des exceptions occasionnées par des accidents ; mais ces exceptions ne nuisent point à la règle. Les individus ainsi formés portent d'ailleurs jusque dans les plus grandes difformités, des caractères manifestes d'une puissance qui est au-dessus d'eux.
Comment expliquer cet ordre si parfait qui règne dans
le monde? Il n'y a que trois manières de le faire; dire qu'il est éternel , ou que le hasard l'a produit , ou qu'une cause éternelle , infinie en puissance et en sagesse , l'a constitué et le maintient.
Si Tordre qui est dans le monde était éternel , il faudrait qu'il existât par sa nature même , qu'il fut nécessaire , infini, invariable. Or, nous pouvons le concevoir autrement qu'il n'est, chacune des parties qui entre dans la composition du tout est limitée, changeante, variable. Ce n'est donc point là l'être absolu et immuable.
Le hasard est un vain mot , qui n'a aucune vertu. On ne peut donc lui attribuer des effets prodigieux et admirablement organisés. Lorsque Démocrite, Epicure et Lucrèce ont supposé des atomes, en nombre infini, de formes différentes , se mouvant de haut en bas dans un vide immense , s'accrochant par hasard et formant la nature entière , ils ont admis des principes faux et en ont tiré des conséquences absurdes. Des atomes en nombre infini et de formes différentes sont une supposition gratuite : leur mouvement de haut en bas dans un vide immense , implique contradiction. Dans cette hypothèse même, comment dire que ces particules venant à s'accrocher par hasard , aient pu former le ciel , la terre , la mer , toutes les espèces d'être vivants , avec la fécondité qui les perpétue et l'ordre dans lequel ils se maintiennent si constamment?
On ne peut donc attribuer ces prodiges qu'à une cause intelligente , éternelle et toute-puissante , qui a tout fait parce qu'elle l'a voulu et comme elle a voulu. Jamais on
ne parlera plus noblement et plus clairement des merveilles du monde qu'en disant avec les auteurs sacrés : Les deux racontent la gloire de Dieu , cl Je firmament publie les ouvrages de ses mains (i) ; Les deux sont à vous et la terre vous appartient : vous avez fondé l'univers avec tout ce qu'il contient (2); Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées : la terre est toute remplie de sa gloire (5); Toutes choses ont été faites par lui , et rien de ce qui a été fait, n'a été fait sans lui (4) ; II n'y a point de maison qui n'ait été bâtie par quelqu'un : or, celui qui est le créateur de toutes choses , est Dieu (5) , etc.
On voit comme la création est nettement énoncée , comme la magnificence du Dieu créateur est proclamée , comme les créatures sont distinctes de lui et comme s'évanouit le monstrueux système des panthéistes, qui, réunissant tout ce qui existe , en font un être collectif informe , qu'ils appellent Dieu, sous le nom de nature.