C.° FORMATION DE NOTRE CORrS
De la contemplation de l'ordre qui reluit si clairement dans le monde, descendons aux êtres particuliers; prenons pour exemple notre corps , et jetons seulement un coup
(i)Ps. 18., i.
(2)Ps. 88., 12, (3) Isaic, 6. , 3.
(4) Saint Jean, i. , 3.
(5) Saint Paul aux lléb. , 3. , /|.
d'œil sur les pièces qui le composent. Une charpente solide soutient L'édifice. Les os ne vont pas d'un bout à l'autre : ils seraient trop cassants et incommodes. Coupés à des distances plus ou moins grandes , selon les mouvements qu'ils doivent permettre , ils s'emboîtent exactement les uns dans les autres. Les jointures ne sont ni trop serrées, ce qui empêcherait le mouvement , ni trop lâches , ce qui ôterait la force. Une liqueur gluante s'y perpétue d'elle-même et y produit l'effet d'une huile très-fine. Les os sont creux et remplis à l'intérieur d'une moelle qui les nourrit. Leurs bouts sont percés et dans les trous, des attaches passent artistement pour les lier les uns aux autres. Ceux des parties doubles , comme des pieds , des mains , des jambes, des bras , sont de la même dimension , de la même forme, comme s'ils avaient été coulés dans un même moule, et se trouvent placés dans une correspondance parfaite.
De grandes cordes , nommées nerfs , vont d'un bout a l'autre de la machine pour en lier les parties : elles sont flexibles et se prêtent à tous les mouvements possibles. Si le dos n'était qu'un grand os qui irait de la tête aux reins, nous ne pourrions nous courber : il a donc été sagement composé d'un grand nombre de pièces fortement liées ensemble, et permettant de nous plier facilement. Le cou, sur lequel doit être mise la tète , renferme une multitude de morceaux rapportés , adaptés les uns aux autres, de manière à donner une grande force , en se roidissant , quand il faut porter un fardeau , ou à se dilater facilement pour que la tète tourne comme sur un pivot.
Destinée à renfermer le cerveau , où viennent aboutir tous les nerfs , la tête est une sorte de boîte , très-dure , parfaitement close , mais percée dans des proportions trèsexactes , pour y placer les yeux , les oreilles , le nez et la bouche, de telle sorte que chacun de ces organes ait un conduit qui lui soit propre. A F épine du dos s'attachent des os arqués , qui se réunissent sur le devant et forment une grande cavité , dans laquelle des pièces délicates, les plus essentielles à la vie , sont mises en sûreté , et fonctionnent librement , à l'abri des agents extérieurs.
Cette charpente est garnie de chairs couvertes de peau , tantôt dure et épaisse , comme à la plante des pieds , audedans des mains , sur le derrière de la tête ; tantôt fine et transparente , comme sur le visage. Cette peau , percée comme un crible , laisse passer la sueur et la transpiration ordinaire , mais jamais le sang , à moins qu'elle ne soit rompue par quelque accident.
Pour que ces diverses parties soient maintenues dans un état de vie , il faut qu'elles soient continuellement arrosées par une liqueur destinée à cette fin.
Une foule de canaux embranchés les uns dans les autres , sont distribués de tous les côtés , sans aucune exception , sous les noms d'artères et de veines. Les artères partent du cœur et vont jusqu'aux extrémités ; les veines viennent des extrémités et se réunissent au cœur.
Le cœur , réservoir où le sang s'élabore , est élastique , bat sans cesse , reçoit le sang qui vient des veines et le lance ayee violence, à chaque battement, par les artères : c'est ce
qu'on appelle la pulsation du pouls. Cette pulsation a lieu , pour l'ordinaire , environ GO fois par minute. La masse entière du sang va ainsi du cœur aux extrémités et des extrémités au cœur, plus de 24 fois par heure. Qui peut comprendre une telle rapidité et la force de l'organe qui la produit avec tant de régularité , sans jamais suspendre ses mouvements , ni le jour , ni la nuit , ni pendant le travail , ni pendant le repos. Cet appareil continue son jeu régulier , sans entretien , sans réparation , pendant 70 , 80 ans , quelquefois davantage ; dès qu'il s'arrête , c'est le signal de la mort.
Les plus étonnantes parmi les machines qu'ont inventées les hommes , sont celles qui vont seules i à l'aide d'un aliment qu'on leur donne. A la machine mille fois plus compliquée du corps organisé , il faut aussi son aliment. Cet aliment , déposé dans l'estomac comme dans un fourneau , passe rapidement par différents états , se convertit en chyle , en sang , en chair , et fournit à toutes les parties animales le renouvellement nécessaire pour qu'elles ne dépérissent point. Nulle opération chimique ne se fait d'une manière aussi régulière et aussi parfaite.
Que serait-ce donc , si , entrant dans un plus grand détail, nous considérions une infinité d'autres prodiges qui se manifestent en nous de toutes parts ? Par exemple , les yeux qui nous représentent une si grande variété d'objets sans les confondre , les oreilles qui sont si flattées des symphonies harmonieuses , et si choquées des^sons discordants , le goût et l'odorat i qui ont leur sphère déterminée , la sensibilité
répandue partout le corps, à l'intérieur et à l'extérieur , la multiplicité des parties délicates dont chacun de ces organes est composé , l'ordre qui règne entre elles, leur combinaison, leurs mouvements , leurs fonctions diverses , le tout harmonieux qui en résulte , l'âme qui préside à cette merveilleuse machine , la gouverne , lui commande et s'en sert pour exécuter ses volontés. Gomment tout cela se fait-il ? nous l'ignorons : de plus savants que nous l'ignorent comme nous.
Ce que nous disons du corps humain s'applique également à tous les corps organisés, qui participent à la vie, chacun à sa manière.
La perfection des arts consiste à imiter la nature. Les plus belles sculptures , les plus magnifiques peintures sont celles qui représentent le mieux les objets qu'on a pris pour modèles dans la nature. Cette imitation , qui a exercé les plus grands génies, se borne aux traits extérieurs. Jamais il n'est venu dans la pensée de l'artiste le plus habile , qu'il pût entreprendre de former un mécanisme semblable à un être vivant, ou de donner à son ouvrage la vertu d'en reproduire d'autres de la même nature. Voilà pourtant ce qui se fait chaque jour sous nos yeux, avec une perfection infinie, et dans toutes les parties du monde. Où trouver l'explication de ces ravissants phénomènes? Dans la volonté sage et toutepuissante de Dieu , non ailleurs ; dans ces belles paroles de la Genèse : Dieu les bénit, en disant : Croissez et multipliezvous ; paroles dont la fécondité est toujours persévérante.