‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 12 sur 156 · NOUVEAU GENRE DE PLATONISME · texte numérisé non relu

NOUVEAU GENRE DE PLATONISME

Nous avons vu qu'à la renaissance des lettres , le platonisme fut en grande réputation : la riche famille des Médicis le favorisait de tout son pouvoir. Quand il fut privé de ce soutien , il déclina sensiblement dans l'opinion publique et tomba presque dans l'oubli. Toujours néanmoins il conserva quelques partisans , qui tachaient de raccorder avec Aristote, mais qui ne marchaient que timidement, n'osant contredire ouvertement le prince des philosophes , dont l'empire dominait sur toutes les écoles.

Les impiétés qui sortirent du sein de l'aristotélisme , et celles , non moins grandes , dans lesquelles tombèrent ses adversaires , portèrent les âmes religieuses à chercher ailleurs un point d'appui pour soutenir les saines doctrines. On ne croyait pas qu'il fut possible de rien inventer de nouveau en philosophie ; on s'imaginait qu'il fallait nécessairement choisir entre les différents systèmes des anciens philosophes grecs.

Naturellement on se tourna vers le platonisme , qui , dans toute l'antiquité , avait eu un grand crédit et présentait un caractère éminemment religieux. On y joignit, comme on

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avait fait dans l'école d'Alexandrie , une partie de la doctrine de Pythagore, à cause de la pureté de sa morale et de son ton mystérieux.

Croyant que Pythagore avait lui-même puisé ses principes chez les Juifs , chez les Egyptiens et autres orientaux , on eut aussi recours à la cabale , qui alors revivait et était dans toute sa force. De cette étrange combinaison il résulta une philosophie religieuse et mystique , qu'on crut pouvoir opposer aux ravages de l'incrédulité. Les plus recommandables de ceux qui la soutinrent furent :

1 .° Jean Pic de la Mirandole et Reuchlin , dont nous avons parlé, p. 15 et 21.

2.° François Georges ou Zorzi , dit Yénétus , à cause du lieu de sa demeure , religieux franciscain , mort vers 1 556 t est auteur d'un ouvrage intitulé , De l'harmonie du monde , dédié au pape Clément Y II. Les principes de ce livre étaient . puisés dans les écrits des nouveaux platoniciens , dans ceux des pythagoriciens et dans les commentaires des docteurs cabalistes sur l'ancien Testament : Fauteur y avait ajouté ses propres rêveries. Piien de plus singulier , ni de plus bizarre que l'assemblage de toutes ces parties hétérogènes , adaptées, on ne sait comment , aux dogmes du christianisme.

5.° Henri Corneille Agrippa , né à Cologne, d'une famille distinguée , en \ 587 • y étudia la médecine et se livra à la pratique des arts occultes pour lesquels il était passionné. Yenu à Paris , jeune encore , il y forma une société secrète , voyagea en France . en Espagne , en Italie , accompagné tantôt de l'un tantôt de l'autre des membres do cette affilia-

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tion. A Dole , il expliqua publiquement le livre de Reuchlin , De verbo mirifico. Obligé de quitter la ville , il passa à Londres, où il donna aussi des leçons. Après cela il devint professeur à Cologne , à Pavie , à Turin , etc. Constamment il mena une vie errante pleine d'accidents et de contradictions.

Néanmoins il publia plusieurs ouvrages ; entre autres , un traité De l'incertitude et de ta vanité des sciences y et un De la philosophie occulte. Ces ouvrages soulevèrent contre lui de nombreux ennemis. De son coté, il parlait fort mal du pape , du clergé , de la noblesse et passait pour être favorable aux protestants.

Défenseur zélé de la magie , il voulait la rétablir dans sa pureté et la garantir à l'avenir de tout reprocbe fondé. Il distinguait trois mondes , le physique , le céleste et l'intellectuel , il les mettait en rapport les uns avec les autres , de telle sorte que l'inférieur était sous l'influence du supérieur. La magie était le moyen de nous élever de l'un à l'autre , de participer aux vertus occultes qui s'y trouvent renfermées , de former de nouvelles vertus occultes et d'arriver au monde archétype : car cette science pénètre tout ce qu'il y a de plus profond et de plus secret dans la nature.

Admettant les théories de Pythagore sur les nombres , il faisait tout dériver , par voie d'émanation , de l'unité absolue, indivisible, souverainement parfaite, c'est-à-dire de Dieu ; il reconnaissait les idées archétypes composant le monde intellectuel , les intelligences chargées de gouverner les corps célestes , l'influence de ces corps sur la terre et sur

les événements qui s'y passent , même sur les actions morales ; Punie universelle animant et vivifiant toutes les parties de l'univers, etc. Voila bien les bases de l'astrologie, de la divination et de la magie , telles que les avaient posées les anciens.

Dans un âge plus mûr , Agrippa revint un peu de son enthousiasme pour la magie , sans y renoncer cependant. Il prétendait même que les magiciens devaient être regardés comme des naturalistes instruits , puisque Faide des vertus sympathiques de la nature, ils savaient produire d'admirables effets. Sa grande prédilection était pour la magie qui est fondée sur les nombres , pour celle qui opère les enchantements : il se vantait de connaître la pierre philosophale, mais sous un secret qu'il ne lui était par permis de violer.

Ces merveilleux secrets ne l'empêchèrent pas d'être malheureux toute sa vie et d'aller mourir à Grenoble , daus un hôpital, à l'âge de 49 ans.

/4.0 Jean Marc Krouland (1) , célèbre docteur en philosophie et en médecine , naquit en -1595, et mourut à 72 aus. Professeur de médecine à l'université de Prague, physicien distingué , mais peu satisfait de tout ce qu'on disait sur la philosophie naturelle et sur les qualités occultes , il voulut établir un autre système plus clair et plus solide. S'attachant spécialement à rechercher la vertu séminale ou productive de chaque chose , il supposa un principe unique , cause et

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(1) Bruckcr, t. \. , p. 43o.

sujet de lous les accidents. De ce principe, qu'il appelait Dieu , il faisait venir les idées , formes substantielles de tout ce qui existe; il donnait aux idées une vertu séminale, qui , à l'aide de la lumière , se développe et produit l'être auquel elle correspond. Du premier principe , il déduisait , par gradation , le chaos , le ciel , la terre et les autres substances . admettait l'influence des astres , sur le monde sublunaire . au moyen des idées et de la lumière.

On voit que son système est un mélange des principes pythagoriciens, platoniciens et stoïciens.

5.° Thomas Gale, savant anglais, né en 4636, et mort en 1702 , fut extrêmement versé dans la connaissance des anciennes doctrines , et se rendit célèbre par de bonnes éditions de plusieurs ouvrages grecs , notamment du traité Des mystères égyptiens, de Jamblique. Son grand désir aurait été de réformer la philosophie, en la ramenant à ses premiers principes et au véritable usage qu'on en doit faire. Tout en donnant à Platon la préférence sur les autres philosophes anciens , il croyait cependant qu'il valait mieux prendre dans chacun ce qu'il y avait de bon : sur ce principe , il fit un traité intitulé, Philosophie générale , qu'il publia à Londres en 1676 (1).

6.°Cud\vort, né dans le comté de Somerset, en 1617 mort à Cambridge, en 1688, fut un des hommes les plus érudits qui jamais aient paru. A une éducation soignée il

(i) Bruckcr, t. 4-> p. 435.

joignit une science très-étendue : il apprit solidement tout ce qu'il étudia, littérature, philosophie, mathématiques, théologie. Ayant lu immensément , il fit dans l'antiquité les recherches les plus lahorieuses et publia , contre les athées , son Véritable système intellectuel de l'univers , ouvrage immortel , que Mosheim , célèbre docteur allemand, a traduit en latin, 1 vol. in-fol., ou 2 vol. in-4°.

Cudwort était fortement prononcé pour le platonisme d'Alexandrie, tel qu'il se trouve dans Ammonius , et surtout dans Plotin : il avait pour ce dernier une affection particulière. 7.° Henri More , aussi anglais , ami et collègue de Cudwort à l'université de Cambridge, était né en 4G14 et mourut en 4687. D'abord il s'attacha à Aristotc et à ses commentateurs. Peu satisfait de ce qu'il y trouvait , il se tourna du côté de la scolastique : bientôt il se dégoûta des longueurs , des subtilités et du mauvais langage que présentait ce genre de philosophie. Frappé de linterminable dispute qui existait alors entre les thomistes et les scolistes , sur le principe abstrait de l'individualité , il se mit à étudier ce principe , et se persuada , on ne sait comment , qu'il n'était qu'une partie d'un individu plus grand et plus puissant que lui , comme le pouce n'est qu'une partie de la main , la main une partie du corps. Saisi , inquiet, découragé , il arriva à une sorte de scepticisme universel.

Plus tard , abandonnant tout-à-fait le péripatétisme , il s appliqua au platonisme et en fut plus content. Plotin , Ficin , les livres attribués à Mercure Trismégiste , les traités théologiques des prolestants d'Allemagne 3 étaient l'objet

ordinaire de ses lectures. Avee ees secours divers , il se forma une doctrine religieuse , pleine de mysticité , et prétendit l'opposer au torrent d'impiétés qu'on voyait déjà déborder de toutes parts en Angleterre.

Les nombreux ouvrages philosophiques de Henri More portent à peu près tous une visible empreinte du pythagorisme et de la cabale : l'auteur trouvant , entre ces deux sytèmcs , une grande afûnité , les faisait dériver du même principe , c'est-à-dire , des premières traditions hébraïques. Avec pythagore , il admettait d'insoutenables paradoxes ; par exemple , l'étendue incorporelle de l'esprit , l'identité de Dieu avec l'espace, la préexistence des âmes, etc.

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