‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 13 sur 156 · DES T1IÉ0S0P1IES · texte numérisé non relu

DES T1IÉ0S0P1IES

A celte époque , où l'invasion de la philosophie grecque , dans les écoles chrétiennes , donnait carrière à tant de spéculations diverses et conduisait, chaque jour, un grand nombre d'esprits à l'incrédulité , il se trouva des hommes religieux jusqu'à la superstition. Ces hommes voyant l'incohérence des opinions humaines et l'impossibilité où sont les philosophes de s'entendre sur les points les plus graves, eurent pitié de la raison. La rejetant comme incapable de fournir une base solide à la philosophie , ils cherchèrent leur point d'appui dans la sagesse de Dieu. Voici comme ils procédaient : tout ce que l'homme peut savoir est au fond de son âme , dans une obscurité profonde ; nous n'y pouvons rien voir de nous-mêmes , mais seulement par la lumière de Dieu qui nous éclaire et nous montre ces vérités cachées. Cette divine lumière , communiquée aux hommes, dès l'origine du monde , a été transmise chez les Hébreux par les mystères de la cabale ; elle nous parvient de la même manière , nous dirige dans les opérations magiques , dans les observations astrologiques , et nous conduit à la connaissance de ce qu'il y a de plus impénétrable dans la nature.

Ces philosophes se sont appelés eux-mêmes théosophes , ou sages par la vertu de Dieu. Ce nom leur est resté , quoique la doctrine singulière et extravagante qu'ils enseignaient ne l'ait guère justifié. On peut citer , comme ayant formulé ou soutenu celle doctrine , les personnages suivants :

1 .° Philippe Bombast de Ilohenheim : né à Einsiedlen , en Suisse, en 1493, il se nomma lui-même emphatiquement Auréole-Théophraste-Paracelse. Maintenant il n'est connu que sous ce dernier nom. A l'étude de la médecine il unit celle de la chimie et s'y adonna avec passion. Dans la vue de se perfectionner en celte partie , il voyagea de tous côtés , en Europe , en Asie ? en Afrique , consulta les savants , lut les ouvrages qui traitaient des sciences occultes, et crut les posséder à fond. De retour en Suisse , il exerça la médecine , suivit une méthode nouvelle , employa des remèdes extraordinaires , s'acquit une grande réputation et fut nommé professeur à Baie. Dans ses discours il montrait une insupportable jactance, et se croyait supérieur à tous les médecins qui l'avaient précédé. En signe du mépris qu'il faisait d'eux et de ce qu'ils avaient fait , il brûla publiquement les écrits d'Avicenne. Par ses procédés , il se rendit odieux , perdit sa place , quitta Baie , se remit à voyager et mourut à Salzbourg , dans un hôpital , en J54I.

Ses ouvrages, recueillis en 40 vol. in-4.° , ou 4 vol. in-fol. , sont des chefs-d'œuvre de niaiseries et d'absurdités. Traitant Hippocrate et Galien de charlatans, il se préten-

dait suscité du ciel pour renouveler la médecine. Dans ses investigations il ne suivait pour guide, disait-il, que la lumière de Dieu , première source de la philosophie , des sciences , des arts et surtout des arts occultes dont il faisait le plus grand cas. A l'entendre, il ne devait ce qu'il savait qu'à cette divine sagesse, répandue sur toutes les créatures. La raison qu'il en donnait, c'était que n'ayant jamais eu de maîtres, et les livres de médecine qu'il avait pu lire ne contenant que des mots vides de sens , il fut néanmoins parvenu à toutes les connaissances qu'il possédait.

L'astrologie et la magie étaient , selon lui , les parties nobles de la science , les seuls moyens de bien connaître les maladies et d'y appliquer les remèdes convenables. Partout il voyait des esprits avec lesquels on se mettait en rapport, moyennant les opérations de la magie ; il se vantait de pouvoir faire de l'or par les moyens alchimiques, et d'avoir trouvé le remède qu'employaient les anciens , avant le déluge, pour vivre pendant un grand nombre de siècles.

Ces belles découvertes et cette puissance des talismans ne l'empêchèrent pas de vivre pauvre et de mourir à 48 ans.

Ses disciples , assez nombreux , cherchèrent à perpétuer sa méthode. Comme lui, ils furent alchimistes, astrologues et magiciens.

Pour être juste, il faut avouer que les efforts de Paracelse et de ses admirateurs ont rendu de véritables services à la chimie et à la pharmacie. C'est ce que Brueker fait sagement observer avec sa maturité ordinaire.

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