‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 129 sur 156 · NATURE DE L'UMON DE L1AME AVEC LE CORPS · texte numérisé non relu

NATURE DE L'UMON DE L1AME AVEC LE CORPS

Autant il est indubitable que Fâme et le corps , quoique de nature différente, sont intimement unis, de manière à ne faire qu'un individu , autant la nature de cette union est mystérieuse et incompréhensible. Il est sûr que Fâme commande au corps et lui fait produire , à sa volonté , bien des mouvements : il n'est pas moins certain qu'à l'occasion du corps Fâme éprouve un grand nombre de sensations , tantôt agréables , et souvent fort pénibles. Comment Fâme qui est simple agit-elle sur un corps matériel , et comment ce corps matériel produit-il des sensations dans Fâme , souvent même sans qu'elle le veuille ? Ce mystère , qui nous touche de si près, est digne d'attention. De graves philosophes ont voulu Fexpliquer et ont inventé , pour cette fin , principalement quatre systèmes ; savoir, l'influence physique, les causes occasionnelles, Fharmonie préétablie et le médiateur plastique.

\ .° Dans le premier système, qui a été soutenu par Euler, Tâme agirait physiquement sur le corps et le corps physiquement sur l'âme, par la volonté toute-puissante du Créateur.

Mais une substance qui n'a point de parties , comment pourrait -elle agir physiquement sur un corps, ou recevoir les influences physiques de ce corps ? C'est impossible ; dès lors la toute-puissance de Dieu n'y peut rien , parce qu'elle ne peut rendre possible ce qui est impossible.

2.° Descaries a inventé et beaucoup de philosophes chrétiens ont soutenu le système des causes occasionnelles. Dans ce système , l'âme n'agit point en réalité sur le corps , ni le corps sur l'âme : c'est Dieu qui , à l'occasion des actes de la volonté , produit des mouvements dans le corps , et à l'occasion de certains mouvements corporels , fait naître des sensations dans l'âme.

Celte constitution de l'homme ne présente rien , il est vrai , de contraire à la puissance de Dieu ; mais elle paraît peu d'accord avec ce que nous sentons et avec la persuasion commune que le corps et l'âme font un tout réel et parfaitement uni.

5.° L'harmonie préétablie, inventée parLeibnitz, consisterait en ce que le corps et l'âme , semblables à deux automates , auraient leurs mouvements et leurs sensations séparément l'un de lautre , sans influence réciproque. Dieu, dans son infinie sagesse, aurait établi entre eux, dès l'origine, une harmonie si parfaite que jamais il n'y aurait de désaccord.

Cette supposition , toute gratuite, est contraire à la per-

suasion commune et semble incompatible avec la liberté humaine.

4.° Jean Leclerc, philosophe hollandais , imagina un petit être vivant , ni tout-à-fait corporel , ni entièrement spirituel , tenant le milieu entre l'un et l'autre, ayant pour ministère de produire dans le corps les mouvements que commande la volonté, et d'imprimer dans Famé des sensations en rapport avec les mouvements du corps. Pour cela , Fauteur donnait à cet être singulier le nom de médiateur plastique.

Cette hypothèse n'a aucun fondement. D'ailleurs , un être moitié spirituel, moitié corporel, est une absurdité.

Aucun de ces quatre systèmes ne paraît admissible. Nous n'en connaissons cependant point de plus satisfaisant. Concluons donc que notre propre constitution est pour nous un mystère impénétrable, ou plutôt un assemblage de mystères incompréhensibles .

L'âme étant simple ne peut résider dans le corps comme dans un lieu. Il n'est donc pas exact de dire qu'elle est dans le corps ou dans une partie quelconque du corps. On doit dire seulement qu'elle est unie au corps et à toutes les parties vivantes du corps, par des liens admirables que nous ne pouvons comprendre.

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