‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 131 sur 156 · MO · texte numérisé non relu

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clairs et admis de tout le monde. Ainsi on convient des suivants : I .° on apprend pins aisément et on retient mieux dans la jeunesse que dans un âge avancé. 2.° Les objets bien disposés se gravent mieux et plus solidement dans la mémoire. o.° Chez quelques personnes la mémoire est presque comme un livre dans lequel on place ce que l'on veut, et on le trouve à volonté; chez d'autres, au contraire , les idées les plus claires, les impressions les plus fortes s'oublient presque aussitôt. 4.° Quelquefois notre souvenir est confus : nous voyons clairement qu'il nous manque quelque chose ; mais quels sont les noms , les lieux , les circonstances , etc.? Nous cherchons vainement au dedans de nous; rien ne se présente: d'autres fois, au moment où nous n'y pensions pas, ces idées , ces images, ces noms que nous avions inutilement appelés , se présentent à nous avec lucidité. 5.° Si nous exerçons la mémoire , surtout dans la jeunesse, nous l'augmentons et la perfectionnons; si nous la négligeons , elle s'affaiblit, diminue et périt.

Gomment s'opèrent ces effets merveilleux? Gomment tant de connaissances diverses se classent-elles dans la même tête , de manière à pouvoir y être retrouvées au besoin et rappelées sans confusion ? De savants philosophes ont voulu l'expliquer et n'ont rien dit de clair jusqu'à présent.

Ils supposent que les nerfs et les fibres les plus imperceptibles sont des tubes dans lesquels se trouve une matière extrêmement subtile , qu'ils nomment fluide animal , ou esprits animaux : cette matière , selon eux , court avec une incroyable vélocité des organes au cerveau , où l'âme réside,

et descend avec une rapidité non moins grande du cerveau aux différents organes. Dans ce mouvement rapide , elle enfle les muscles , les attire , les pousse et opère les divers mouvements corporels. À force de passer par les mêmes voies , elle y laisse des traces , y revient avec plus de facilité et rappelle naturellement les mêmes idées et les mêmes images. C'est ainsi qu'on lâche dupliquer tout à la fois les passions, les habitudes, l'imagination, la mémoire et ses phénomènes.

Mais qu'est-ce que ce fluide animal? Sur quoi repose son existence ? Quelle proportion y a-t-il entre lui et nos idées , entre les actes de notre volonté et ces mouvements précipités d'une matière problématique? On ne le dit point. Ne vaut-il pas mieux avouer notre ignorance , que de recourir à des hypothèses gratuites, obscures, incohérentes, qui n'expliquent rien?

6.° Le sommeil, les songes, le délire, la folie, le somnambulisme. Que sont ces divers états de l'âme? Gomment peut-on en rendre compte? Les mêmes philosophes veulent encore les expliquer au moyen des esprits animaux ou du fluide animal; mais leurs explications à cet égard ne sont ni plus claires , ni plus satisfaisantes que les précédentes. Nous savons parfaitement distinguer l'état de veille du sommeil et des autres états dans lesquels nous pouvons être : cela suffit pour notre conduite raisonnable.

Lorsque nous sommes affectés par des songes ou des rêves , atteints du délire ou de la folie , réduits au somnambulisme naturel ou magnétique , nous n'avons point le sen-

timent explicite de ce que nous faisons , de ce que nous disons j ni de qui se passe en nous : dès que nous sommes revenus à l'état normal j ce sentiment renaît en nous , et nous jugeons, sans le moindre doute , que nous sommes éveillés, que nous jouissons de notre raison, etc.

Encore une fois , de quelle manière ces changements s'opèrent-ils? Dieu seul le sait : nous n'en pouvons rendre raison qu'en recourant à lui.

Si , au milieu des nombreux mystères qui sortent du fond même de notre nature , il y a quelque chose de manifeste , c'est que l'homme est composé de deux substances, trèsdistinctes Tune de l'autre , et pourtant étroitement unies , par des liens qui en font un individu admirablement constitué.

De-là il résulte que la vieille définition qu'on a donnée de l'homme , en disant qu'il est un animal raisonnable , n'a rien que de vrai, puisque l'homme tient aux animaux par son corps organisé , et en diffère essentiellement par la raison. Au contraire, M. de Bonald, en définissant l'homme , une intelligence servie par des organes , ne semble pas avoir exprimé la nature de l'homme avec exactitude; car l'âme humaine n'est pas seulement servie d'une façon quelconque par des organes, comme on pourrait le dire des anges, lorsqu'ils apparaissent d'une manière sensible, mais elle est constituée en unité de personne avec un corps organisé.

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