‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 133 sur 156 · Saint Augustin , dans un livre qui a pour titre , De la · texte numérisé non relu

Saint Augustin , dans un livre qui a pour titre , De la

grâce et du libre arbitre , condamne également ceux qui élèvent les forces du libre arbitre jusqu'à détruire la grâce , et ceux qui exagèrent la nécessité de la grâce au point d'anéantir le libre arbitre : il montre, par de solides raisons, comment ces deux vérités doivent se concilier Tune avec l'autre. Les autres saints docteurs et la tradition constante de l'Eglise universelle ont toujours enseigné la liberté de l'homme, de la manière la plus formelle.

4.° Par le sens intime nous jugeons infailliblement que nous existons, que nous pensons, que nous sentons, que nous jugeons, que nous raisonnons, que nous sommes éveillés et maîtres de nos actes ; autrement il n'y aurait plus rien de certain. Or, ne sentons-nous pas aussi évidemment que nous sommes libres , par exemple , de vouloir telle chose ou de ne la pas vouloir , de nous asseoir , de nous lever , de marcher , de mouvoir le pied ou la main , etc.? Ne savons-nous pas discerner les actes indélibérés qui se passent en nous, de ceux que nous faisons librement? Ainsi ma main louche par hasard un fer chaud , je la retire aussitôt, sans délibérer si je le ferai ou non; c'est un acte indélibéré , je le sens.

On me propose de faire une partie; j'hésite , je délibère , puis je me détermine , avec la conscience que je le fais parce que je le veux : n'y a-t-il pas , entre ces deux actes, une différence essentielle ? Celui qui, dans un accès de fièvre ou dans un moment de délire, aura proféré des paroles injurieuses, impies, blasphématoires , frappé ceux qui rapprochent , éprouvera-t-il intérieurement les mêmes re-

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mords que s'il eut fait ces actes dans la plénitude de sa raison ?

Des êtres véritablement libres, disait un célèbre incrédule (J), n'auraient pas un sentiment plus vif de leur liberté que celui que nous avons de la nôtre : nous devons donc croire que nous sommes libres.

5.° Les peuples de tous les temps et de tous les pays du monde ont eu des lois , des peines , des récompenses ; ont usé d'exhortations et de menaces ; ont fait des conventions et des traités : tous ont regardé et regardent encore les violateurs de ces engagements comme traîtres et injustes : d'où vient ce sentiment universel? De la persuasion fortement imprimée en nous que nous sommes libres. Si cette persuasion n'est qu'une illusion, il faut dire que Dieu luimême trompe indignement le genre humain tout entier, ce qui est aussi absurde qu'impie.

6.° Si les hommes ne jouissent pas d'une véritable liberté, comme ils le croient , ils ne sont que des automates poussés ça et là par des causes nécessaires : il n'y a en eux ni raisonnement proprement dit , ni délibération , ni conseil , ni prudence, ni activité morale ou intellectuelle, ni délits, ni crimes , ni vertus : les règles assignées pour les arts ne sont que des chimères : les philosophes , les poètes , les orateurs, les historiens, font des livres par nécessité, comme un rosier produit de roses, comme un arbre donne des fruits. Nous ne devons ni amour à nos parents , ni reconnaissance à nos

(i)D'Alembcrt, Mélanges de littérature , t. 4.? n.° 7.

bienfaiteurs , ni obéissance à nos supérieurs , ni salaire à ceux qui travaillent pour nous; les avocats plaident les causes , les médecins soignent les malades , les notaires rédigent les actes , les généraux commandent les armées , par nécessité , etc.

Qui oserait admettre de telles conséquences?

7.° De nos jours plus que jamais, on parle sans cesse de liberté : on exalte la liberté ; on demande la liberté , sans limites, de penser, de parler, d'écrire, d'aller et de revenir, défaire ce que l'on voudra. Que signifient ces cris de liberté , si tout se fait par nécessité? Dira-t-on qu'ils sont eux-mêmes des résultats de la nécessité? Ce serait renverser la nature entière.

Concluons donc que rhomme est libre dans les actes qui tiennent à sa volonté ; qu'il jouit d'une liberté réelle de faire le bien ou le mal , lors même qu'il est sous l'influence des passions , et que l'essence du mérite qu'il acquiert consiste en ce que pouvant violer le commandement de Dieu, il ne le viole pas, et que pouvant faire le mal, il ne le fait pas(\).

A cette vérité fondamentale les sophistes n'opposent que de vaines subtilités et des arguties qui ne combattent directement aucune de nos preuves , et ne sont pas de nature à en ébranler une seule.

(1) Ecclésiastique , 3i ., to.

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