‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 148 sur 156 · PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

PÉCHÉ ORIGINEL

Si le premier homme eut persévéré dans la justice et la sainteté , il aurait transmis ce précieux héritage à ses descendants. En perdant ces belles prérogatives par sa faute , il n'a pu léguer à ses enfants que la honteuse dégradation qui était devenue son partage. Voilà ce qu'on appelle le péché originel. Ce péché ainsi nommé 7 parce que nous le contractons par notre origine , consiste dans la privation de la grâce sancliOanle , et , par conséquent , dans

(l) Ecclésiastique, lo. , l4»

(a)SesB., r).; can.; 1.

la mort de Pâme , dont la vie proprement dite est l'union avec Dieu par la grâce.

Les suites de cette dégradation sont l'ignorance, les penchants vicieux , la faiblesse de la volonté , les misères de la vie et la mort corporelle , qui en est le terme. En notre qualité d'héritiers d'Adam déchu , nous ne recevons de lui qu'une nature ainsi abaissée , dégradée et viciée : nous sommes , par proportion , comme les enfants d'un père qui a perdu sa fortune et ses dignités par sa faute ; au lieu des biens et des honneurs que ces enfants auraient eu le droit d'attendre de leur père , ils ne reçoivent de lui que la pauvreté et les misères qui en sont la suite. Telle est notre condition.

L'existence du péché originel , pour les descendants du premier homme coupable , est tout ce qu'il y a de plus fondamental dans les livres sacrés et dans l'enseignement religieux des Juifs et des chrétiens. Comme le péché est entré dans le monde par un seul homme , et la mort par le péché , ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché (1). La mort est donc la punition du péché : tous ceux qui meurent , meurent parce qu'ils ont péché dans le premier homme. Or , les enfants meurent comme les adultes; ils ont donc péché aussi. Mais ce péché ne peut être que le péché originel. De-là ce que dit encore saint Paul : Comme tous meurent en Adam, tous revivront en J.-C. (2).

(i) Aux Rom., 5., 12.

(2) I. Aux Corint., i5., 22.

Cette expression si nette du péché originel , donnée par l'Apôtre écrivant aux fidèles romains, dont un grand nombre avaient appartenu à la nation juive , prouve qu'elle était la foi des Juifs sur cet article , et montre le sens véritable de deux textes des livres de Job et des psaumes. Qui peut rendre pur celui qui est né d'un sang impur? N'est-ce pas vous seul qui le pouvez (I)? Les septante portent : Qui sera exempt de souillures? Nul n'en sera exempt , quand même il n'aurait vécu qu'un jour sur la terre. Vous savez que foi été formé dans l'iniquité, et que ma mère m'a conçu dans le péché (2).

II y a donc accord parfait entre l'ancien et le nouveau Testament , touchant la doctrine si importante du péché originel. Saint Paul , appuyé sur la conviction générale des Juifs à cet égard , argumentait fortement avec eux , en disant : Comme par le péché d'un seul tous les hommes sont tombés dans la condamnation , aussi par la justice d'un seul tous les hommes reçoivent la justification de la vie : comme beaucoup sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul , beaucoup seront rendus justes par l'obéissance d'un seul (5).

Si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. Jésus-Christ est mort pour tous , afin que ceux qui vivent , ne vivent plus pour eux-mêmes , mais pour celui qui est

(l) Job, 14., 4.

(a) Ps. 5o., 7.

(3) I. Aux Corin., 5., 18 et 19.

mort et est ressuscité pour eux (4). Lorsque les pélagiens nièrent le péché originel , au commencement du 5.e siècle , l'Eglise les condamna : jamais elle n'a varié dans son enseignement sur l'existence de ce péché dans tous les enfants d'Adam.

PROPAGATION DU Fl-ClIU ORIGINEL.

Au sein du christianisme , de grands génies se sont exercés sur la nature du péché originel , et ont regardé comme un problème fort difficile à résoudre , la manière dont les enfants en sont infectés avant même leur entrée dans le monde. Les incrédules ne prennent pas la peine de chercher à expliquer cette transmission ; ils en proclament l'impossibilité , et en font l'objet de leurs sacrilèges dérisions.

Il faut, avant tout, comprendre exactement ce qu'enseigne l'Eglise catholique sur ce point , et ne pas confondre les systèmes de certains docteurs avec le dogme précis qu'on est obligé de croire.

L'essence du péché originel, tel que le saint concile de Trente l'entend , et nous oblige à le croire sous peine d'anathème (2) , consiste dans la mort de l'âme. Or , qu'est-ce que la mort de l'âme ? C'est la privation de la grâce sanc-

(i) II. Aux Covin. , 5., 14 et iD.

(9.)Sess., $., can., 2.

— 619 ratifiante , qui nous unit à Dieu et nous fait vivre de sa vie surnaturelle. Adam , par sa prévarication , a perdu , nous ne pouvons trop le répéter, la sainteté et la justice dont il avait été gratuitement orné. Dès lors il n'a pu transmettre à ses descendants qu'une nature telle qu'il la possédait, une nature dégradée et privée de ce qui faisait sa gloire.

Si nous n'eussions jamais été destinés à un ordre surnaturel . cette privation n'aurait été qu'un défaut ou une limite de perfections ; mais comme elle nous est infligée à cause de la désobéissance de notre premier père , elle porte le caractère d'un véritable péché, imprime en nous une tache, aux yeux de Dieu , et fait que nous sommes par nature des enfants de colère (i).

La concupiscence désordonnée , la rébellion des sens , le penchant au mal , l'ignorance , les infirmités , les maladies et la mort , sont les effets ou les appendices du péché originel.

Lorsque , par la vertu du sacrement de baptême , nous sommes rétablis en grâce , nous devenons des enfants de lumière : la souillure, le reatus du péché a disparu de notre âme ; mais les effets du péché subsistent. Ce sont des peines que le genre humain portera jusqu'à la fin des siècles. Les individus , unis à Dieu par la grâce , peuvent user utilement de ces peines pour leur sanctification.

Dans la doctrine du péché originel ainsi entendu , y a-t-il quelque chose qui blesse la droite raison? On est forcé de

(t)Eph.,-2., 3.

convenir que non. Le fils d'un roi qui a perdu , par sa faille, sa couronne et ses richesses , porte la peine du péché de son père ; ses descendants la porteront également. Dieu est-il injuste en le permettant? Personne n'oserait le dire. Pourquoi sa justice serait-elle blessée , parce qu'en punissant justement le premier homme prévaricateur , il dépouille la nature humaine de prérogatives dont il l'avait gratuitement enrichie ?

La propagation du péché originel n'est pas autre chose que la transmission d'une nature viciée : les parents communiquent à leurs enfants cette nature , telle qu'ils Font reçue, et non autrement. La grâce seule , qui vient de Dieu , peut la réformer.

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