DIFFÉRENCE ESSENTIELLE ENTRE L'HOMME ET LA BETE
À la fin de la création , Dieu fit l'homme à son image et ressemblance , pour qu'il commandât aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêles de la terre et à tous les reptiles (1). Il bénit Adam et Eve, et leur dit : Croissez et multipliez-vous : remplissez la terre et soumettez-la à votre autorité. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur toutes les bêles qui se meuvent sur la terre (2). Il bénit pareillement Noé au sortir de l'arche , el
(i) Gen., i., 26.
(2) Ibid., v., 28.
lui donna tout pouvoir sur les botes : Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement ; je vous ai abandonné toutes ces choses pour être voire nourriture , comme tes légumes et les herbes de la campagne (\).
En donnant à l'homme le pouvoir de manger les bêtes, il lui permettait par là même de les tuer ; mais il eut soin d'ajouter : Quiconque aura répandu le sang de l'homme, sera puni par l'effusion de son propre sang ; car l'homme a été créé à limage de Dieu (2).
Ainsi les bêtes sont clairement distinguées, tout à la fois, et des êtres qui n'ont ni vie ni mouvement , et de l'homme qui est constitué leur maître.
L'homme conçoit des idées , les compare , prononce sur leur convenance et leur disconvenance , s'élève à des principes généraux , forme des arguments , tire des conséquences , manifeste ses pensées par des signes arbitraires , s'entend avec ses semblables. Au moyen de la réflexion , de la parole et de l'écriture , il fait des progrès dans les sciences et les arts, invente, change , réforme , perfectionne. D'un coup-d'œii, il embrasse le passé, le présent et l'avenir; raisonne sur des abstractions , traite de ce qui est possible comme de ce qui existe , du vrai et du faux , du bien et du mal en général ; trace des règles pour discerner l'un d'avec l'autre. Il connaît son créateur, contemple ses divines perfections , l'adore comme le souverain Seigneur ,
(1) Gen., 9., 2 et i3.
(2) lbid., v. 6.
le loue , le prie, lui rend ses actions de grâces , lui proteste de son amour ou de son repentir, attend ses récompenses , redoute ses jugements , etc. Or les bêtes , même les plus intelligentes et les plus parfaites en apparence , n'ont jamais rien montré de semblable. Ayant un instinct qui leur est propre , elles ne s'en écartent pas. Les castors construisent leurs habitations , les oiseaux font leurs nids , les abeilles disposent leurs ruches , actuellement comme autrefois , ni mieux ni plus mal. L'expérience ne leur apprend rien.
Il n'y a pour les bêtes ni langues articulées , ni livres , ni monuments historiques , ni traditions : nous ne les voyons point s'élever vers Dieu , l'adorer , l'aimer , le louer et le bénir ; distinguer le bien du mal , fuir le vice , pratiquer la vertu , penser à la vie future. Leurs actes n'ont jamais pour objet que ce qui frappe les sens et regarde leur existence actuelle. Tout annonce qu'elles ont été faites pour l'homme, comme l'homme a été fait pour Dieu.
On peut dire, néanmoins, qu'elles bénissent Dieu à leur manière , parce qu'elles annoncent sa grandeur , sa puissance, sa sagesse, comme toutes les autres parties de la création , et portent ainsi l'homme vers le Créateur.