‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 152 sur 156 · VERITABLE NOTION DE LA NATURE DES BETES · texte numérisé non relu

VERITABLE NOTION DE LA NATURE DES BETES

De ce que nous avons dit , il résulte deux choses : la première , qu'il y a dans les bêtes un principe immatériel , qui reçoit des sensations et est capable d'une certaine spon-

tanéilé ; la seconde , que ce principe diffère essentiellement de Famé humaine.

Ce principe, qui peut être appelé, sans inconvénient, l'âme des bêtes, ne peut que sentir, selon les uns, et, selon d'autres , il est capable de comparer , de juger , de délibérer , de choisir , mais seulement en ce qui regarde les fonctions propres à son espèce.

Ce dernier sentiment paraît le plus probable. En limitant les bêtes à des opérations qui ne roulent que sur des objets matériels, on les maintient à une distance infinie de l'homme. D'un autre coté , on exprime plus exactement ce que nous remarquons en elles ; car nous sommes invinciblement portés à juger , non seulement qu'elles sentent la douleur ou la joie , mais qu'elles comparent, jugent, se souviennent, aiment , s'attachent à leurs bienfaiteurs , conçoivent de l'aversion pour ceux qui les maltraitent , etc.

Toutes, cependant, n'ont pas le même degré d'intelligence : de même qu'il existe entre elles une grande variété de perfection dans les organes , il y a aussi de très-grandes différences d'habileté ou de maladresse , d'aptitude ou de stupidité , de douceur ou de férocité , de fidélité ou d'indifférence.

Si l'on nous demande à quoi bon tant de bêtes , dont les unes sont redoutables à l'homme, et les autres ne peuvent servir à rien, nous répondrons qu'en toutes reluisent des caractères d'une sublime sagesse , et que Dieu est admirable dans ses œuvres , lors même que nous ne comprenons pas la fin qu'il s'est proposée.

D'ailleurs , en se révoltant contre Dieu . l'homme a mérité

que les bêtes ne lui fussent plus aussi soumises qu'auparavant , et Tignorance , qui est devenue son partage , lui cache une infinité de choses qu'il aurait comprises , s'il fut resté innocent.

Pour éloigner plus efficacement les Israélites de toute cruauté , Dieu leur avait défendu de manger le sang des bêles avec leur chair , parce que , disait-il , la vie de la chair est dans le sang (\) ; car le sang est leur vie (2). Mais il s'agit ici de la vie animale , qui , chez l'homme comme chez la bête 3 est entretenue par la circulation et cesse , dès que le mouvement du sang s'arrête. Ces expressions ne vont point contre l'existence du principe immatériel, qu'on appelle l'âme des bêtes.

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