DESTINATION DE L'AME DES BETES
Si chaque bête a une âme qui l'anime , que devient cette âme lorsque la bête cesse de vivre? Elle ne se dissout pas avec le corps , puisque , dans notre hypothèse , elle est d'une nature toute différente. Faut-il , comme Bonnet , admettre pour elle une vie future , ou recourir au système de la métempsycose , ou dire qu'elle est anéantie , au moment où le corps meurt?
Nulle raison plausible ne peut nous déterminer à admettre
(1) Levitique , 17., 11.
(2)Deuteron, 12., 23.
— Col) —
une vie future pour les bêtes , qui ne connaissent point Dieu , et sont entièrement étrangères à Tordre moral.
Le vieux système de la métempsycose , admis seulement pour les bètes , ne présente ni contradiction , ni impossibilité : on peut y croire, si Ton veut; mais nous devons avouer qu'il ne repose sur aucune raison positive.
Il paraît beaucoup plus naturel de dire que Dieu a fait les bètes de telle manière qu'au moment où se forme un corps dans une espèce, une âme, proportionnée aux destinées de cet individu, sort du néant, en vertu d'une loi générale toujours subsistante , anime ce corps , le régit pendant sa vie , et disparaît à la mort , parce que sa mission étant finie , il n'y a plus de raison pour qu'elle continue d'exister.
Si des bètes semblent éprouver plus de peines que de jouissances durant la vie, il ne s'en suit pas que Dieu doive les récompenser dans un autre monde : car , 1 .° n'ayant point le souvenir du passé ni la prévision de l'avenir, étant étrangères aux tribulations de l'esprit et aux amertumes de cœur , les bètes n'éprouvent jamais de ces chagrins constants , de ces inquiétudes mortelles qui empoisonnent si souvent notre triste existence. 2.° Elles ne s'inquiètent que d'elles-mêmes et de leurs besoins actuels : si elles sont asservies , liées , enchaînées , appliquées à de vils travaux , conduites anx marchés publics , vendues et livrées , tuées et mangées, après qu'elles ont rendu de grands services, elles n'ont pas l'idée de l'ingratitude ; insensibles à ces procédés qui blesseraient la dignité humaine, elles ne sont attentives qu'à leur conservation et à la perpétuité de leurs
espèces. On voit que c'est là leur destination, et qu'elles n'en ont pas d'autre. Pour atteindre ce but , il faut qu'elles soient portées vers ce qui leur convient par des sensations agréables , ou éloignées de ce qui leur nuit par des sensations désagréables. Les douleurs qu'elles éprouvent proviennent de leur constitution même ou de leur fin. Si, parmi elles , il s'en trouve qui soient injustement maltraitées , c'est un accident qui ne retombe pas sur Dieu, mais sur l'homme : car l'homme peut abuser du bienfait de Dieu et déranger l'ordre de sa providence.
On admet qu'il n'est pas permis de faire souffrir les bétes, sans une juste raison , ni au-delà de ce que demande l'usage que nous en pouvons faire.