‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 21 sur 156 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

riïILOSOPIIIE DE GASSENDI, DE IIOBBES, DE GROTIUS ET DE PASCAL.

Ces quatre hommes , célèbres chacun clans son genre , ayant été contemporains de Descartes et en relation avec lui , il paraît convenable de placer ici ce que nous avons à dire d'eux, avant de passer à l'histoire du cartésianisme après la mort de son auteur.

i .° Pierre Gassend , et plus ordinairement Gassendi , naquit de parents obscurs , dans un village près de Digne , en 1592. Montrant de grandes dispositions, dès son enfance , il reçut la première instruction du curé de sa paroisse, étudia ensuite au collège de Digne et y obtint la chaire de rhétorique, au concours, dès Page de 47 ans. Peu après, il quitta volontairement cette chaire pour aller étudier la théologie à Aix. Là, il se livra en même temps à la littérature grecque et hébraïque. Il devint professeur de théologie à Forcalquier , puis à Digne , prit le bonnet de docteur à Avignon , et obtint encore au concours , à 21 ans , les chaires de philosophie et de mathématiques à Aix. Il ne garda que la première , qui était plus de son goût , et s'occupa néanmoins , en même temps , de mathématiques , de physique , d'astronontie. Il se lia avec Peiresc , conseiller au parlement cl1 Aix ,

Gautier, prieur de la Valette , Mersennc et plusieurs autres savants qui contribuèrent beaucoup au développement de ses talents. Bientôt il comprit et mesura les défauts de la philosophie péripatéticienne ; mais ne pouvant l'attaquer directement, sans manquer aux règles de la prudence , il proposait ses doutes, en forme d'objections, et faisait soutenir des thèses pour et contre Àristote.

À 50 ans, il quitta sa place, entra dans les ordres sacrés, fut pourvu d'un bénéûce à la cathédrale de Digne et ne songea qu'à s'instruire de plus en plus. Dès l'année suivante, il publia les deux premiers livres d'un ouvrage, qui en devait avoir sept , et auquel il avait travaillé étant professeur. Cet ouvrage portait en titre : Exercitationes paradoxicœ adversus Aristolelem (1). Les cinq derniers livres de cet ouvrage n'ont jamais paru.

Après cette publication , Gassendi se rendit à Paris , voyagea en Hollande et dans les Pays-Bas. Durant ce voyage, il écrivit ses Parhélies, ou explication des quatre soleils , phénomène rare qu'on avait observé à Rome , en 1629. Dans le même temps, il fit un autre ouvrage intitulé: Examen de la philosophie de Robert Fludd. De retour dans sa patrie , il continua d'étudier et fit des observations astronomiques qui lui acquirent une grande réputation. En 1G4I , il fut sur le point d'être nommé agent du clergé.

Vers le même temps, il mit au jour une Dissertation métaphysique contre le système de Descartes ; Descartes voulut

(0 Discussions paradoxales contre Aristote.

le réfuter ; Gassendi lui répliqua vivement , et Descartes ne voulant pas lui répondre une seconde fois directement, attendit la publication de ses Principes , qui étaient sous presse , et y inséra ses réponses.

En 1645 , Gassendi occupa une chaire de mathématiques à Paris. Il y enseignait avec éclat et attirait un nombre prodigieux d'auditeurs. Il eut pour amis les hommes les plus distingués en tout genre , et mourut en 1655, Agé de 65 ans.

Ses ouvrages , tous en latin , font G vol. in-fol. Bernier , médecin, voyageur et philosophe , originaire d'Angers , son ami et son disciple, en a donné un abrégé en 7 vol. in- 12. Gassendi avait fait de grandes recherches sur la vie, les mœurs et la doctrine d'Epicure ; il prit la défense de cet ancien philosophe et publia plusieurs traités tendant à réhabiliter sa mémoire. Par là il choqua , lit naître des doutes sur son orthodoxie , et quelques personnes allèrent même jusqu'à le suspecter d'athéisme. Cette accusation , du reste , a été dirigée contre bien d'autres , uniquement parce qu'ils se lançaient dans ce qu'on appelait des nouveautés, touchant la manière de connaître Dieu et d'expliquer le monde.

Dans un ouvrage intitulé : Syntagma philosophicum, Gassendi définit la philosophie , V amour , l'élude et la pra « tique de la sagesse. La considérant comme la voie de la vérité et de la vertu , il la divise en deux parties, la physique et la morale : il regarde la logique comme l'introduction à ces deux parties.

Ainsi il avait changé d'avis depuis la publication de son

livre contre Àristote ; puisqu'au lieu de mépriser la logique , comme il avait fait d'abord , il la met au nombre des parties essentielles de la philosophie ; il en présente l'histoire abrégée , en développe les avantages et décrit ce qu'ont fait pour elle les grands hommes qui s'en sont occupés , depuis Zenon jusqu'à Descartes.

La logique , selon lui , est l'art de bien penser. Elle consiste à concevoir , a juger , à conclure et à ordonner. Ce sont les quatre parties que nous appelons l'idée , le jugement , le raisonnement et la méthode.

Gassendi tire d' Aristote ce qu'il dit du jugement , du raisonnement et de la méthode : en opposition à Descartes , il fait venir toutes les idées des sens et admet le vieil axiome : Nihil est in inlellectu quod non fuerit priùs in sensu (1).

Envisageant la physique comme l'ensemble des connaissances de la nature , il y fait entrer la métaphysique , la psychologie et la théologie naturelle. Il fait le tableau historique des sentiments qui sont admis, compare les philosophes les uns avec les autres , surtout Àristote et Platon avec Epicure , .et donne presque toujours la préférence à ce dernier. Cependant il excepte les points qui se trouvent appuyés sur la foi chrétienne , tels que l'existence de Dieu , la providence, l'âme humaine, sa distinction du corps , son immortalité, la création du monde, etc.

Tout en reconnaissant Dieu comme la cause première de laquelle tout vient , Gassendi admet une âme secondaire et

(1) Il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été d'abord dans les sens.

matérielle. Cette âme anime le monde, est le principe d'action et la cause des mouvements que nous voyons. Il veut également qu'il y ait en nous deux âmes , une raisonnable . spirituelle , immortelle ; et une matérielle , commune aux hommes et aux bêtes , qui est le principe d'activité , de mouvement et de vie pour le corps. Cette dernière est une substance ignée , très-subtile , tellement essentielle au corps organisé , qu'elle ne peut en être séparée sans entraîner sa mort : elle est l'intermédiaire entre Famé raisonnable et le corps , les unit l'un à l'autre et fait qu'ils ne sont qu'un individu. L'âme raisonnable sortant immédiatement des mains de Dieu , au moment de la formation du corps ? est placée dans cette partie de la tête , où se trouve la faculté de l'imagination : l'imagination appartient à l'âme sensilive, et c'est par là que les deux âmes sont mises en rapport. La première est seule immortelle , et c'est d'elle qu'il s'agit toutes les fois quïl est question de l'âme humaine.

On voit, par ce court abrégé, que la philosophie de Gassendi est une sorte d'éclectisme , ramassé de différents systèmes anciens , modifiés par les doctrines du christianisme : sa méthode est celle de Bacon, dont il avait médité les écrits. Sa théorie , sur l'origine des idées , a été le fondement de la doctrine de Locke, dont nous parlerons plus tard.

2.° Thomas Ilobbes , fils d'un ministre anglican , naquit à Malmesbury , en Angleterre, en 4 588. Ayant fait ses humanités au collège de cette ville , il étudia la philosophie d'Aristotc , pendant cinq ans , à l'université d'Oxford , se

distingua par ses talents et ses succès. Choisi par le comte de Devonshire pour être précepteur de son fils , il garda cette place pendant 20 ans. Chargé de conduire son élève en France et en Italie, il apprit les langues et se lia avec les savants de ces contrées. Revenu en Angleterre, il s'appliqua à l'élude des anciens classiques , vécut dans une grande intimité avec Bacon et partagea ses sentiments sur les vieilles routines de l'école. Le père de son élève et son élève luimême, étant morts en bien peu de temps, il s'attacha à Clifton, jeune seigneur anglais, l'accompagna aussi en France et en Italie , étudia spécialement les mathématiques. La veuve du comte de Devonshire le rappela auprès d'elle, en 1651 , et lui confia l'éducation d'un autre de ses fils. Hobbes fit , avec ce jeune homme , un troisième voyage sur le continent. Dans ce voyage, il connut Mersenne, Gassendi et autres à Paris , Galilée à Pise , et se lia d'amitié avec eux. Lorsqu'il revint en Angleterre, il y trouva la monarchie aux prises avec la révolution. Dans le but de la défendre, il fit son ouvrage De cive (1). Pour se soustraire aux périls qui le menaçaient, à cause de sa fidélité à Charles I , il revint à Paris , s'y fixa et y vécut au milieu des amis qu^l y possédait : parmi ces amis il compta aussi Descartes , dont Mersenne lui fit faire la connaissance.

En 4 650 , il mit au jour un livre , en anglais , sur la Nature humaine et le corps politique : dans ce livre se

(i) Du citoyen.

trouvent les principes fondamentaux d'un grand ouvrage intitulé : Léviathan. Ce dernier ouvrage parut Tannée suivante , et souleva contre son auteur les hommes religieux de toutes les communions , à cause des propositions impies qu'il renfermait. 11 ne mécontenta guère moins les royalistes, par les paradoxes politiques dont il était rempli. Hobbes , ne se croyant plus en sûreté à Paris, repassa en Angleterre. Appelé de nouveau auprès de la famille de Devonshire , il se voua tout entier à l'étude de la philosophie et des mathématiques. En 1655, il publia son livre, De corpore (1), et l'année suivante, ses Leçons de géométrie, qui l'engagèrent dans une longue dispute dont il se tira mal. En 1658 , il donna son livre, De homine (2) , puis celui, De civitate (5) , complétant ainsi son système de philosophie, en traitant successivement du corps , de l'homme et delà société. Après avoir publié plusieurs autres ouvrages philosophiques et une Histoire des guerres civiles en Angleterre , il mourut en 1679, âgé de 92 ans.

Jamais philosophe n'a peut-être été plus audacieux que Hobbes , ni plus indépendant de tout ce qu'on avait dit ou enseigné avant lui : méprisant les auteurs , surtout les modernes , il ne se donnait pas même la peine de les lire ; il ne voulait d'autre modèle que lui-même, d'autre guide

(i) Du corps.

(i) De l'homme.

(3) De la cité.

que ses idées : aussi tomba-t-il , comme cela devait être , dans une multitude d'erreurs. Ses écrits néanmoins portent le caractère d'un esprit profond et original.

Voici les points capitaux de sa doctrine :

1 .° Nous ne pouvons concevoir les objets , fixer ou combiner nos idées qu'à l'aide de caractères qui en sont l'expression pour nous , et le signe pour les communiquer aux autres : ces caractères sont les noms. Le vrai et le faux sont des attributs , non des choses , mais du langage. Tout dépend donc de l'application que nous faisons des noms , lorsque nous affirmons ou nions quelque chose. Rien , en conséquence , n'est plus nécessaire que de procéder par des définitions exactes. Les premières vérités ont dépendu de la volonté des hommes : les hommes les ont fixées en leur assignant leurs noms.

2.° Nulle conception ne peut naître dans Famé sans avoir passé par l'un des sens : la cause de la sensation est la pression médiate ou immédiate de l'objet extérieur sur l'organe corporel. La sensation , affaiblie par l'absence de l'objet , s'appelle imagination ; la faculté de rappeler des images effacées se nomme mémoire. Le souvenir de beaucoup de choses de la même espèce, c'est-à-dire, de beaucoup de sensations ou d'images passées , constitue l'expérience. La raison n'est point naturelle en nous , comme la sensation et la mémoire ; elle est le fruit de nos efforts, et résulte de dénominations convenables , de l'ordre dans lequel nous procédons des noms aux propositions , des propositions aux syllogismes. La notion exacte des conséquences , déduites des

noms , fait la science. De même que l'expérience forme la prudence , une science abondante produit la sagesse.

5.° La meilleure manière d'acquérir la connaissance de la nature est de supposer que rien n'existe , excepté le sujet pensant qui se place ainsi dans le vide : là, il contemple ses idées et les images des objets dont il a été frappé ; il leur donne des noms , en fait l'addition, les combine de différentes manières , et forme ainsi la science naturelle dans son intérieur.

4.° L'espace est l'image de l'existence d'un corps , et le temps l'image de son mouvement. Nous n'aurions l'idée ni de l'un ni de l'autre, si nous n'avions point vu de corps existants ou passant d'un lieu à un autre. On entend par corps tout ce qui existe indépendamment de notre imagination, et répond à une partie de l'espace, sans s'identifier avec lui; car le corps et l'espace sont deux choses différentes : l'accident est le mode sous lequel le corps se présente à notre esprit.

5.° Les corps ne sortent point du néant et n'y rentrent point : on ne peut dire, à proprement parler, qu'ils naissent ou qu'ils meurent , mais seulement qu'ils changent de forme et paraissent à nous sous d'autres modes ou accidents.

6.° La matière primitive , dont les corps sont composés , n'est point elle-même un corps : elle n'a ni formes , ni accidents ; elle n'est qu'un nom , et signifie le corps pris en général. L'auteur se répand ensuite en de longues et subtiles abstractions sur le désir et l'aversion , sur la crainte

et l'espérance, sur le sentiment et les sensations, sur les passions et les mœurs.

7.° Le bien et le mal moral n'ont aucun fondement dans la nature : hors de la société , chacun est le maître de faire ce qui lui plaît : il n'y a de vice ou de vertu que selon l'opinon qu'on se forme des actions humaines. L'état naturel des hommes, dans ce cas, est la guerre de tous contre tous; la force seule constitue le droit.

8.° La société une fois établie , il n'en est plus ainsi : les hommes , en se réunissant , ont cédé volontairement une partie de leurs droits pour mettre les autres en sûreté : ils sont convenus de se soumettre aux lois qui seraient régulièrement faites , et de tenir aux engagements qu'ils contracteraient. Dès lors , quelles que soient les lois du pays où l'on se trouve , on doit les observer : la vertu consiste à s'y conformer et le vice à s'en écarter.

9.° La religion est le culte extérieur de ceux qui honorent Dieu sincèrement comme le créateur de l'univers; qui reconnaissent sa bonté et sa providence : tout le reste ne fient qu'à l'opinion , et nul n'est obligé de croire ce qu'on lui enseigne comme révélé , à moins qu'il ne voie , en preuve de la révélation , des miracles incontestables. C'est au gouvernement de chaque état qu'il appartient de régler ce qui concerne le culte et la religion positive. Les différentes religions, approuvées par les lois civiles, sont donc également bonnes , et chacun doit observer celle de son pays.

10.° Les constitutions politiques se réduisent à la démocratie , à l'aristocratie et 5 la monarchie : la monarchie est

le gouvernement le plus conforme à la nature , et évidemment le meilleur. Hobbes apporte beaucoup de raisons pour le prouver; il s'étend longuement sur les droits du souverain , et ne veut pas qu'on puisse , dans aucun cas , se révolter contre lui. 11 lui donne le droit de fixer les limites du bien et du mal , d'interpréter la Bible , de définir les dogmes, de régler les préceptes; en un mot, il consacre la tyrannie la plus odieuse et la plus absurde.

La politique parait avoir été son but principal : on voit qu'il se proposait de justifier les prétentions exborbitantes du roi d'Angleterre , en fait de religion , et que , pour arriver là , il ne reculait ni devant les paradoxes , ni devant les absurdités manifestes.

5.° Hugues de Groot, appelé communément Grotius , issu d'une famille distinguée, naquit à Delft, en Hollande, en 1585. Après une éducation soignée et des études sérieuses, couronnées de succès remarquables , il occupa , de bonne beure , divers emplois publics. Malheureusement pour lui , il prit parti dans les troubles religieux qui s'élevèrent, à celte époque, parmi les calvinistes de Hollande. S'étant déclaré pour les arminiens ou remontrants , qui étaient opposés au stathouder, il fut enveloppé dans l'éclatante disgrâce du célèbre Barneveldt (I), et condamné à une prison perpé-

(i) Barneveldt, homme de grands talents, principal auteur de l'affranchissement des Pays-Bas, défenseur intrépide de la liberté, fui condamné à mort par l'influence de Maurice de Nassau, i.rr stathouder de Hollande, ot exécuté en 1619, à l'âge do 72 ans.

tiiello. Sa femme trouva le moyen de l'en faire sortir, en renfermant dans une caisse de livres. Rendu à la liberté, il se retira en France , et y composa son grand traité Du Droit de la guerre et de la paix.

Dans ce traité , Grotius jette les fondements du droit public : il est le premier qui l'ait réduit à un corps particulier de règles et de préceptes , en le séparant des autres sciences.

Cet ouvrage fut célèbre dès son apparition. Depuis, il a été commenté par beaucoup d'auteurs , et traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. Néanmoins, il a été l'objet de plusieurs critiques : on lui reproche surtout un défaut de précision et une surabondance d'érudition qui fatigue a pure perte.

Après la mort du stathouder , Grotius crut pouvoir rentrer en Hollande. Un nouvel orage s'éleva contre lui. Proscrit de son pays , il prit le parti d'aller à la cour de Suède , où il avait été invité plusieurs fois de se rendre. Honoré, par la reine Christine , du titre de son ambassadeur en France , il vint à Paris , en cette qualité , y resta dix ans , fut peu goûté, peu heureux et demanda son rappel, en -1645. Cette même année , il mourut à Rostock , en Allemagne , et laissa , en mourant , un grand nombre d'autres savants ouvrages, dont nous ne parlons point , parce qu'ils ne tiennent pas a la philosophie.

4.° Biaise Pascal, fils unique d'Etienne Pascal , président de la cour des Aides de Clermont, en Auvergne, naquit en 1625 , et perdit sa mère étant encore enfant. Son père

voyant qu'il avait une faible santé et apercevant en lui des marques d'une pénétration extraordinaire , voulut soigner lui-même son éducation. Afin d'avoir plus de loisir et plus de moyens d'arriver efiicacement au Lut qu'il se proposait , il prit le parti de quitter la province et de venir s'établir à Paris. Le jeune Pascal montra un esprit élevé , un génie précoce, rare et profond. A 12 ans, il arriva , par ses seules réflexions , sur un mot que lui avait dit son père , pour satisfaire sa curiosité , touchant l'objet des mathématiques , jusqu'à la 52. e proposition d'Euclide ; savoir : que la somme des trois angles d'un triangle est égale à deux angles droits. A 16 ans, il fit un traité des sections coniques qui n'a point été publié , mais qui passait pour être très-remarquable ; h \ 9 ans , il inventa cette singulière machine , à l'aide de laquelle on pouvait , sans savoir le calcul , faire toutes sortes d'opérations arithmétiques ; à 25 ans, il fit faire, par Perrier, son beau-frère, les expériences du Puy-de-Dôme, sur la pesanteur de l'air.

Sa foi était vive, et des sentiments très-religieux dominaient en lui. Dans le plan d'un grand ouvrage qu'il avait conçu et qu'il comptait exécuter, il se proposait, 1.° de démontrer la fausseté de toutes les religions profanes ; 2.° de prouver la nécessité d'une religion pour l'homme vis -à-vis de Dieu ; 5.° de tracer les caractères auxquels on peut reconnaître la vraie religion ; 4.° de faire l'application de ces caractères à la religion judaïque; 5.° de faire ensuite cette même application au christianisme.

Ce plan n'a pu être réalisé, parce que l'auteur, dont

la santé dépérissait depuis longtemps , mourut , âgé seulement de 39 ans.

Après sa mort, on trouva, dans ses papiers, quelques fragments qui ont été recueillis et publiés , sous le titre de Pensées. Ces pensées méritent d'être lues : plusieurs portent le cachet d'un véritable génie.

En ce qui est de la faiblesse de la raison, l'auteur se rapprochait beaucoup de Huet, sans pourtant aller aussi loin.

Les fameuses Lettres provinciales , dirigées spécialement contre les jésuites , quoique hérétiques en plusieurs points , et pleines de calomnies , presque d'un bout à l'autre, ont néanmoins acquis à Pascal une réputation extraordinaire, à cause du style piquant et original dont il fut le créateur en notre langue. Toutefois , cette réputation a été exagérée par l'esprit de parti.

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