DE LA PHILOSOPHIE DE NEWTON
Nous dirons peu de choses de Newton , parce que le mérite de cet homme célèbre a roulé presque exclusivement sur les sciences mathématiques et astronomiques, dont nous ne pouvons nous occuper que d'une manière accessoire.
Isaac Newton naquit à Cambridge , d'une ancienne famille noble, en 1G42. Dès ses premières années, il étudia les ouvrages dEuclide, de Descartes , de Kepler et de Wallis (1) : il fit des découvertes de bonne heure, obtint une place de professeur à l'université de Cambridge , et s'y distingua singulièrement. Nommé membre du parlement, en 1G58, il alla s'établir à Londres , et fut choisi pour présider l'académie des sciences de cette capitale , dignité qu'il conserva toule sa vie. Devenu inspecteur des monnaies , il acquit avec cette place lucrative une grande fortune.
Malgré les fonctions publiques dont il était chargé , et qui absorbaient une partie de son temps , il travaillait aux sciences naturelles avec une incroyable ardeur , et vécut néanmoins
(1) Célèbre mathématicien anglais, né en 1616.
jusqu'à 85 ans. Ses funérailles furent magnifiques, et ses cendres reposent dans l'abbaye de Westminster , à coté des rois et des plus grands hommes de la nation.
Jamais , peut-être , on n'a vu de savant dont le mérite ait été aussi généralement reconnu que Ta été celui de Newton , malgré ce qu'on lui a justement reproché, à l'égard de Leibnitz , dans une controverse dont nous dirons un mot plus tard. Les Anglais l'ont regardé comme un des éléments de leur gloire nationale. Sa réputation , qui fut universelle dès son vivant , n'a souffert aucune atteinte depuis sa mort.
Franchissant l'immensité des espaces par la force de son génie , il alla scruter les lois que suivent les corps célestes dans leur constante harmonie ; et , sur leurs divers mouvements , il fonda une nouvelle théorie si solidement établie , qu'elle renversa les tourbillons de Descartes : il expliqua ce que Galilée avait seulement entrevu , et satisfit les meilleurs esprits. Son système fut généralement adopté.
Voici qu'elle fut l'occasion de sa découverte : allant un jour de Londres à Cambridge , il vit des fruits tomber d'un arbre (i) ; la pensée lui vint de rechercher la cause physique de cette chute , et en général de la chute des corps qu'on appelle pesants. Observant que la vitesse de leur mouvement augmentait à mesure qu'ils approchaient de la terre , à raison de leur masse et de la distance qu'ils avaient à parcourir , il en conclut qu'il y avait , au centre de la
(i) D'autres disent qu'étant assis au pied d'un pommier , il vit tomber une pomme , etc,
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terre une force qui les attirait : il nomma cette force centripète. Il reconnut que cette force s'étendant jusqu'à la lune, satellite de la terre, l'empêchait de se perdre dans les espaces , et la contenait dans son mouvement écliptique trèsrégulier.
Mais comme cette force , si elle n'avait été neutralisée par une force opposée , aurait fait tomber la lune en ligne droite sur notre globe , il admit une force de projection résultant du mouvement de rotation , et appela cette force centrifuge.
La combinaison de ces deux forces opposées maintient les corps célestes dans leurs positions respectives, au milieu de l'immensité où ils roulent en sens inverse, avec une incompréhensible vélocité. Le soleil attire et retient dans leurs orbites toutes les planètes dont il est le centre. Jamais, depuis le commencement du monde , ces mouvements , si admirablement réglés, n'ont éprouvé le moindre dérangement. Newton fit d'ingénieuses expériences sur la lumière , décomposa ses rayons et trouva les sept couleurs primitives : il découvrit la réflexion la réfraction et la diffraction , principes d'une multitude d'admirables phénomènes , tant naturels qu'artificiels. Calculant, avec une rigoureuse précision , les lois que les rayons lumineux suivent dans ces prodigieux effets , il en fit lui-même l'application par l'invention d'un télescope d'une nouvelle espèce. C'est en suivant les mêmes principes qu'on obtient chaque jour tant de merveilleux résultats qui nous étonnent.
Cet illustre savant ne cherchait point à expliquer philoso-
phiquemcnt la nature des lois qui régissent le monde : il se bornait à les observer et à en déduire les conséquences , persuadé qu'on ne pouvait trouver la raison de leur existence qu'en Dieu seul. Sa vénération pour la grandeur infinie de celui qui d'une parole a fait sortir tant de merveilles du néant et les maintient dans un ordre si parfait , n'avait point de bornes. A la fin de son premier ouvrage , composé en latin et qui a été traduit en français , sous le titre de Principes mathématiques de la philosophie naturelle, il fait le tableau suivant du Dieu créateur :
L'harmonie admirable qui règne sur la terre , dans la mer et au ciel , ne dépend ni de causes mécaniques , ni d'une âme du monde; elle provient de la puissance, de la sagesse, de la volonté et de l'autorité de Dieu , qui n'est , par conséquent, pas lui-même l'univers, l'espace, la durée, mais qui est nécessaire, éternel, incommensurable, infini, présent partout, seul semblable à lui-même, quant à son pouvoir et à son essence, tout entier esprit, tout entier force et action, caché aux regards des mortels , et ne se manifestant que par des effets et des bienfaits , qui commandent l'adoration et portent à la vertu.
On trouve un morceau à peu près semblable à la fin de son Optique , traité profond sur les effets de la lumière.
Outre ses Principes et son Optique , il fit plusieurs autres ouvrages de mathématiques et d'observations naturelles ; un abrégé de chronologie , qui n^st pas très-eslimé ; un commentaire sur le prophète Daniel, et un sur l'Apocalypse. On convient que , dans ces derniers ouvrages , il y a
des choses peu exactes , et d'autres qui sont l'effet des préventions de l'auteur contre les catholiques. Mais partout on voit le philosophe pénétré de la crainte de Dieu , rempli de respect pour la révélation , et éminemment religieux.