‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 34 sur 156 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

DE LA PHILOSOPHIE PENDANT LE XVIH.e SIECLE.

IDÉE GÉNÉRALE DE LA PHILOSOPHIE AU XVIH.e SIÈCLE.

Vers la fin du 47.e siècle , on mettait un certain honneur à s'élever au-dessus des doctrines traditionnelles en fait de philosophie , à penser par soi-même > en dehors de la religion , à faire abstraction de toute révélation. Pour être regardé comme original et profond , pour avoir le titre de philosophe , il fallait inventer un système nouveau , ou modifier un des systèmes qui avaient eu cours auparavant. La plupart , il est vrai , des auteurs renommés de cette époque , se firent un devoir de reconnaître les bornes de la raison et de respecter les vérités qui sont l'objet de la foi : on peut dire qu'ils furent religieux et mêmes chrétiens, surtout les quatre grands génies qui dominèrent tous les autres par leur supériorité incontestable , savoir : Bacon , Descartes Newton et Leibnitz.

Cependant plusieurs , dont la réputation ne fut pas sans

éclat , ne voulant pour guide que leur raison individuelle , portèrent une téméraire réforme dans la religion , dans la morale et dans la politique : ils enfantèrent des doctrines chimériques et souvent monstrueuses. Nous avons vu ce que firent llobbes , en Angleterre , Spinosa , en Hollande , Thomasius et Wolf , en Allemagne, Bayle, en France et dans les Pays-Bas. Ce dernier peut être regardé comme le père de la philosophie du 48.c siècle. La prodigieuse influence qu'il exerça sur les esprits, dans une grande partie de l'Europe, détermina le ton sceptique et épigrammatique dont se piquèrent bientôt , en ce qui est de la religion , ceux qui voulaient passer pour les beaux esprits du temps , qui aspiraient à la qualité d'esprits forts et au nom de philosophes. Car le 4 8.e siècle a cela de particulier qu'il s'est qualifié lui-même de siècle des lumières , de siècle de la philosophie : à l'entendre , on voyait l'aurore du plus beau jour qui eût lui pour le genre humain ; c'était le commencement d'une ère de gloire et de bonheur, comme il n'y en avait jamais eu sur la terre. Les écrivains se vantaient eux-mêmes : ils se louaient réciproquement et tâchaient, à Tenvi les uns des autres , de faire passer ceux qu'ils prônaient pour des penseurs profonds ou pour des génies du premier ordre. N'étant plus retenus par l'autorité des traditions , par l'empire des préjugés , ils devaient renverser la superstition , dissiper les ténèbres , établir le règne de la raison et opérer partout une régénération complète. Au lieu d'attendre que la postérité leur assignât le rang qu'ils devaient tenir dans l'histoire , ils s'arrogeaient , sans façon , la gloire qu'ils

croyaient mériter. Regardant avec un superbe dédain ceux qui les avaient précédés et les contemporains qui ne partageaient pas leur incrédulité , ils se plaçaient fastueusement au-dessus d'eux et s'imaginaient les éclipser tous.

Un tel délire , enfanté par l'orgueil , devait trouver sa punition dans ses propres excès ; c'est , en effet , ce qui est arrivé. Ce siècle présomptueux est déjà bien déchu des prétentions qu'il montrait ; il tombera encore davantage, à mesure que la saine raison prévaudra. Après les folies incroyables qui ont marqué ses dernières années , il n'est plus permis d'hésiter sur le jugement qu'on doit en porter et qu'en porteront immanquablement ceux qui viendront après nous.

Nous allons exposer rapidement , en trois sections , les doctrines des principaux écrivains , tant français qu'étrangers , qui passent pour avoir été les auteurs ou les soutiens de la philosophie du 18.c siècle.

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