CHAP1TRE II
DE LA PHILOSOPHIE DE nUME.
David Hume, issu d'une ancienne famille d'Ecosse, naquit à Edimbourg, en 4714. Destiné d'abord au barreau , il y réussit peu. Ayant embrassé le commerce , il n'y montra pas d'aptitude. Venu en France pour y vivre à meilleur compte , il s'y consacra uniquement à l'étude et habita successivement Reims ; la Flèche ou les campagnes environnantes. En 1757 , il retourna à Londres et y publia son Traité de la nature humaine , ouvrage qui n'eut aucun succès, pas même celui du scandale que l'auteur avait espéré. De retour en France , il s'enferma dans la solitude et prépara un nouvel ouvrage qu'il fit paraître à Edimbourg , en 1742 , sous le titre d'Essais de morale, de politique et de littérature. Ces essais étaient de petits traités sur différents sujets : ils furent assez bien accueillis.
L'auteur se fixa à Londres et devint précepteur du marquis d'Ànaldale. Ensuite il fut secrétaire du général Saint-Clair, et le suivit , en cette qualité , dans ses ambassades de Vienne et de Turin. Pendant ce temps-là , il refondit son Traité de la nature humaine, sans le rendre plus intéressant. Plus tard , il publia d'autres ouvrages philosophiques qui finirent par
exciter F attention et faire du bruit. Dans ces écrits, il montrait du talent , de la finesse , de l'esprit, mais il y manifestait des principes détestables.
Profondément irréligieux , il marche à tâtons , sans savoir où il veut aller : il avance le pour et le contre , ne sait à quoi s'en tenir , critique tous les systèmes , spécialement ceux de Locke et de Berkeley , tourne dans un véritable scepticisme qu'il ne sait comment caractériser ; il semble chercher un point d'appui et ne pouvoir trouver aucune base pour y asseoir la certitude. L'existence de Dieu lui paraît incertaine , la vie future une chimère : il accumule de prétendues raisons contre F immortalité de Fàme, encourage au suicide , en fait même l'apologie sous une forme révoltante. Selon lui , c'est une cruauté d'empêcher un homme malheureux de se tuer.
Néanmoins , il admet une différence entre le bien et le mal , et dit que le principe de cette différence ne se trouve ni dans Fégoïsme , ni dans la raison , mais dans le sentiment moral , qui naît de la bienveillance. Nulle action ne peut donc être bonne ou mauvaise qu'autant qu'elle se rapporte aux autres hommes. Hume ne se dissimule pas qu'on peut faire de graves objections contre ce système de morale ; il en rapporte lui-même un assez grand nombre et y répond aussi bien qu'il peut le faire , dans la fausse position où il se trouve placé.
Dans son plan de morale , il ne compte la religion pour rien : s'il la nomme , ce n'est que par incident. Il développe oo qu'il en pense , dans deux écrits faits exprès , l'un ,
Histoire naturelle de la religion, et l'autre, Dialogues sur la religion naturelle. Le dernier ne parut qu'après sa mort, arrivée le 25 août 1776. Dans l'un et l'autre, il sape les fondements de toute religion , quoiqu'il paraisse encore cacher un peu son but sous des formes métaphysiques. Il semble préférer le polythéisme au déisme : finalement il se croyait autorisé à douter qu'il y eût dans la nature humaine une cause fixe de religion.
En politique , il avait une aversion prononcée pour le despotisme : par ce mot il entendait les gouvernements absolus. En même temps il haïssait, pour le moins autant, la démocratie outrée. Sur ce point, il combattait Rousseau , avec lequel il avait été lié , et ceux qui partageaient ses opinions fantasques,
Le plus important des ouvrages de Hume , et le seul qui doive exciter de l'intérêt , est son Histoire d'Angleterre, qui a été traduite en français, en 18 vol. in-12. L'auteur n'y déguise guère son mépris pour toutes les religions, et y sème souvent des réflexions fort répréhensiblcs : il n'est pas toujours exact et encore moins impartial. Toutefois , on convient que cette histoire est faite avec talent ; elle a été généralement estimée , avant que celle du docteur Lingard vint en mettre les défauts en évidence.