‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 4 sur 156 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

miLOsoniLS platomciens e:\ Italie, au x\.e siècle.

1 .° George Gémiste , surnommé Plélhon , né à Constantinople , fut du nombre des Grecs que Jean Paléologue envoya au concile de Florence , en 1438. Par son éloquence et par son savoir , il brilla dans cette auguste assemblée ; mais il s'opposa à la réunion des deux Eglises. S'étant fixé en Italie , il embrassa plus tard la foi catholique et la défendit avec zèle.

Sa vaste érudition excita une admiration générale : il composa une multitude d'ouvrages sur la philosophie , la grammaire , les mathématiques , l'histoire , la géographie , la théologie, l'astrologie. Grand partisan de Platon, il imita la République de cet auteur dans un traité Des (ois; et, dans un ouvrage intitulé, Différence entre la philosophie de Platon et celle d'Aristote , il cherche à établir la prééminence du premier sur le second.

Il commenta les oracles magiques de Zoroastre , expliqua Porphyre et plusieurs traités d'Aristote. Il fit encore d'autres ouvrages qui montraient en lui une grande instruction. Mais , prenant pour guides , dans son amour pour Platon ,

Ammouius et Plotin , il participa à Jours erreurs el fat même accusé d'impiété.

2.° Bessarion , né à Trébizonde , en 4589 , disciple de Plétlion et religieux de Tordre de saint Basile , fut fait archevêque de Nicée, en 4458. Conduit par l'empereur Jean Paléologue , avec Pléthon et plusieurs autres , au concile de Florence, il s'y montra partisan de la réunion des deux Eglises. De retour dans sa patrie , il fut désigné par l'empereur pour être patriarche de Constantinople. Une faction qui s'éleva contre lui l'en empêcha. Il repassa en Italie. Eugène IV l'accueillit avec bienveillance , le revêtit de la pourpre romaine et le combla d'honneurs et de richesses. Bessarion usa noblement de ces avantages pour l'avancement des lettres et pour le soutien des savants. Les plus distingués demeuraient dans sa maison et faisaient avec lui une sorte d'académie. Par son testament, il laissa au sénat de Venise une riche bibliothèque grecque qu'il avait réunie à grands frais.

A une instruction variée et très-étendue il joignait une rare modestie , un caractère aimable et beaucoup de vertu. Sans mépriser Aristote , et sans offenser la pureté du christianisme, il donnait la préférence à Platon , réformé par les Alexandrins.

Auteur de plusieurs ouvrages pleins de modération , il contribua à calmer l'irritation qui se manifestait trop souvent dans les discussions philosophiques. Parmi ses œuvres , on peut citer la défense de la doctrine de Platon , une traduction latine de la métaphysique d'Aristole, une de la meta-

physique de Théophraste , une du livre de Xénophon , contenant les Dits mémorables de Socrate , etc.

5.° L'opulente famille des Médicis , à Florence , favorisait les littérateurs , les savants et les philosophes de toutes les nuances , mais , de préférence , les platoniciens ; elle ne négligeait rien de ce qui pouvait être utile à l'avancement de ces derniers.

4.° MarsileFicin , né à Florence, en 4455 , devint habile dans les langues grecque et latine. Ayant lu les ouvrages de Platon , de Plotin , de Proclus et de plusieurs autres platoniciens , il embrassa leurs systèmes , et les soutint avec passion. À sa prière , Cosme de Médicis , son protecteur , établit à Florence une académie pour le progrès de cette philosophie. Marsile la professa avec un zèle fanatique ; il voulait même qu'on l'enseignât publiquement dans les églises. Entre ses divers ouvrages, qui sont en latin et ont été recueillis en 2 vol. in-fol. , on distingue surtout son traité de V Immortalité de l'âme, en 18 livres. C'est un mélange religieux et mystique des idées de Platon , de Plotin , de l'école d'Alexandrie et des pères platoniciens de l'Eglise. L'auteur s'y montre crédule , superstilieux , dénué de goût et de jugement; il avance gravement de grossières absurdités et appuie ses assertions sur des raisons indignes d'une tôle saine : il donne dans les extravagances de l'astrologie judiciaire et soumet à l'influence des astres jusqu'aux événements politiques. En un mot , il se montre érudit , mais pauvre philosophe, malgré le bruit qu'il fit , de son temps.

5,° Jean Pic , prince de la Mirandole , né en \ 463 , fut le

génie le plus précoce et le plus extraordinaire qu'on eût jamais vu , si on s'en rapporte aux éloges qu'on a faits de son savoir. A 14 ans, il étudiait le droit à Bologne. Deux ans après, il se livra à l'étude de la philosophie et de la théologie, voyagea en France et en Italie , parcourut toutes les universités , interrogea les savants , les écouta , lut les ouvrages des auteurs, apprit une multitude de langues mortes et vivantes. A l'âge de 24 ans , il alla se fixer à Rome , seul théâtre qui lui parût digne de sa naissance , de sa capacité et de sa science. Voulant y briller avec un éclat inouï , il dressa une thèse intitulée, De omni re scibili (1), contenant 900 conclusions, tirées de divers auteurs , anciens et modernes , scolastiques , latins , grecs , hébreux , chaldéens , égyptiens , etc. , et oOO autres, formées par lui-même : il fit afficher cette thèse, l'envoya aux plus célèbres académies de l'Europe et s'engagea à soutenir publiquement tout ce qu'elle contenait. Il invita les savants de tous les pays du monde à venir argumenter contre lui , offrant même de payer leur voyage. Mais plusieurs de ses propositions ayant paru étranges , singulières , et pour le moins suspectes , innocent VIII les examina et en condamna 1 3 comme hérétiques. En défendant de les enseigner ou de les soutenir , il mit fin à l'incroyable jactance de la plus sotte vanité.

Pic , ainsi désappointé , comprit le néant de la gloire humaine. Méprisant le monde et ses avantages , il abdiqua sa principauté , donna une partie de ses biens aux pauvres ,

(t) De tout ce qu'on peut savoir,

brûla les ouvrages trop libres de sa jeunesse et se consacra à Dieu. 11 aurait pu servir la religion très-utilement , mais une mort prématurée t'enleva, avant que sa 52. e année fût accomplie.

Platonicien à la manière des syncrétistes les moins raisonnables , il voulait amalgamer toutes les opinions et tous les systèmes , accorder Platon et Aristote , Pythagore et la cabale, le judaïsme et le christianisme.

Un autre Pic de la Mirandole , neveu du précédent , a existé à la même époque ; il n'avait pas les taleots de son oncle : cependant il l'a imité dans son amour pour l'étude , et a laissé aussi plusieurs ouvrages de philosophie.

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