PHILOSOPHES ARISTOTÉLICIENS EN ITALIE, AU XV.* SIÈCLE
Déjà nous avons dit que le pape ÏNicolas V , qui occupait si dignement le tronc pontifical , au temps de la prise de Constantinople , accueillit avec bonté et protégea , avec le discernement d'un grand homme, les Grecs fugitifs. Comme il affectionnait particulièrement la philosophie d'Aristote , il fit faire des œuvres de cet auteur une nouvelle traduction , plus exacte que les précédentes , et contribua efficacement par là à les faire mieux apprécier.
Les principaux Grecs réfugiés , qui se montrèrent favorables au péripalétisme , furent les suivants :
1 .° Théodore de Gaze , protégé de Bessarion , aussi versé dans les lettres latines que dans les lettres grecques. Ce savant traduisit l'histoire des animaux d'Aristote, ses problèmes et la description des plantes de ïhéophraste.
2.° George de Trébizonde, né en 459G , étant venu à Venise vers 1450 , y enseigna le grec avec grand succès et fut appelé à Rome par Eugène IV , qui en fit son secrétaire. Dans cette capitale , il enseigna la littérature et la philosophie et se montra partisan enthousiaste d'Aristote. Par ses violents emportements contre les platoniciens qui étaient nombreux
et puissants , il encourut leur haine et déplut même à Nicolas V, qui préférait Aristote , mais estimait Platon. En conséquence de cette querelle , il fut obligé de quitter l'enseignement public. Ses ouvrages sont peu estimés.
5.° George le Scolaire , appelé depuis Gennade , autre péripatéticien de ce temps-là , se signala par une Introduction aux universaux de Porphyre , aux catégories d' Aristote , au livre de l'interprétation du même auteur , et par des versions grecques de plusieurs ouvrages scolasliques. Uni à George de Trébizonde pour défendre Aristote contre les platoniciens, il ne fut ni plus sensé , ni plus modéré que lui : il eut spécialement pour antagoniste Pléthon , qui, de son côté, ne gardait pas la mesure convenable dans une discussion philosophique.
A0, Nicolas de dise , né en \A0\ , de parents pauvres , auprès de Trêves , devint évêque et cardinal sous Nicolas V. 11 s'est moins distingué comme aristotélicien que comme auteur d'ouvrages originaux , qui lui ont fait honneur. Les principaux sont : De la docte ignorance ; Défense de la docte ignorance ; Des conjectures et de la sagesse. Admettant comme base de sa philosophie l'unité absolue, il procédait dans la logique , dans la métaphysique , même dans l'explication des mystères de la religion chrétienne , par des formes mathématiques, peu agréables et souvent inintelligibles. Mais au moins il pensait par lui-même et préludait à de meilleures compositions.
5,° Rodolphe Agricola, né dans la Frise, en iU2 , fut
remarquable, dans l'Allemagne, par son talent, par son application , par ses excellentes études et par le profit qu'il sut en tirer. Après avoir parcouru la France et l'Italie , il s'arrêta à Ferrare et s'y familiarisa avec les lettres grecques et latines : il lut attentivement les meilleurs auteurs , tels que Cicéron , Quintilien , les deux Plines. Revenu dans sa patrie, il enseigna publiquement et avec succès à Heidelberg, où il mourut, en 4485. Dans ses écrits, qui sont en deux vol. in-4.°, se trouve un traité De l'invention logique , en trois livres. Ce traité est clair , en style élégant, montre un esprit orné, penseur et vraiment philosophique.