‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 42 sur 156 · DE LA PHILOSOPHIE DE FONTENELLE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE DE FONTENELLE

Bernard le Bovier (1) de Fontenelle, né d'un avocat et d'une sœur du grand Corneille , à Bouen , en \ 657 , fit de brillantes études chez les jésuites de cette ville. Il vint à Paris , à 17 ans , et y était déjà connu par des morceaux de poésie qui avaient été insérés dans le Mercure galant. D'abord , il fit des pièces de théâtre qui ne réussirent point. A 26 ans , il publia les dialogues des morts qui eurent plus

(i) On prétend que le vrai nom de famille de Fontenelle était le Bouyer : on dit même que deux, branches de cette famille existent encore dans le département de l'Orne sous ce nom , dont le Bovier ne serait qu'une altération. Fontenelle signait toujours le Boyier (Biographie uniy,, t. i5.,p. 218.).

de succès. En plusieurs de ces dialogues , on remarque de la bonne philosophie , et dans tous , un style soigné , avec un peu trop de tendance au bel esprit. Trois ans après, il donna ses Entretiens sur la pluralité des mondes. Cet ouvrage est en forme d'entretiens avec une dame , sur le ton de l'honnêteté , et même un peu de la galanterie. Fontenellc suppose que se promenant , avec une dame , par six soirées différentes, la conversation s'engage sur le spectacle du ciel : il décrit , en philosophe » avec une profusion de style trop recherchée , ce qu'il pense des diverses planètes , du soleil, des étoiles. La lune et les planètes, selon lui, sont habitées comme la terre ; les étoiles sont autant de soleils dont chacun éclaire un monde semblable à celui qui est éclairé par notre soleil.

Fontenelle donne les particularités de ces mondes et les qualités de leurs habitants , comme s'il les avait visités , et cela uniquement sur des possibilités ou tout au plus sur de faibles vraisemblances. Il suit le système de Copernic et admet aussi les rêveries de Descartes , touchant les fameux tourbillons que Newton a si solidement confondus.

Le même auteur a fait une histoire des oracles des payens : cet ouvrage n'est qu'un abrégé d'un plus grand écrit sur la même matière , par un Hollandais , nommé Van-dale. Fontenelle soutient , comme le savant hollandais , que tous les anciens oracles n'étaient que des impostures. Le P. Baltus, jésuite, se déclara contre lui , le réfuta et lui fit avouer, dit-on , que le diable avait gagné son procès . On lui a attribué plusieurs ouvrages philosophiques moins

sages que les précédents , une Relation de l'île de Bornéo ; une Lettre sur la résurrection du corps ; un écrit sur 17*fini; un petit Traité de la liberté, en quatre parties. On peut clouter , dit l'abbé Trublet , son ami , que ces ouvrages soient de lui. Le ton qui y règne ne s'accorde nullement avec le respect que cet académicien montra toujours pour la religion. A cette époque, les philosophes incrédules se plaisaient à mettre sur le compte de certains hommes des ouvrages dont ceux-ci n'étaient point les auteurs.

Fontenelle fut secrétaire de l'académie des sciences, pendant 42 ans : chaque année, il donna un volume de Mémoires. Dans ces Mémoires , se trouve l'éloge d'un grand nombre d'académiciens. Obligé de rendre compte de touies sortes de matières, le secrétaire le faisait avec ordre et clarté, ne paraissant jamais au-dessous de son sujet.

Quoiqu'il n'ait rien inventé , et que son mérite consiste principalement dans la forme qu'il savait donner aux pensées d'autrui , jamais philosophe n'a joui d'une plus brillante réputation , ni fourni une aussi longue carrière : il mourut dans sa centième année , avec de grands sentiments de foi et de piété. Il n'avait point été marié, et sa vie morale fut toujours sans reproche.

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