‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 43 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

rilILOSOriHE DE MONTESQUIEU, BURLAMAQUI, VATTEL ET REAL.

Nous réunissons ces quatre philosophes dans le même chapitre, parce que tous les quatre ont travaillé dans le même genre et ont pour principal mérite d'avoir été de bons publicistes.

l.° Charles de Secondât, baron de Brède et de Montesquieu, né au château de Brède , près de Bordeaux , en 1 689 , devint président à mortier au parlement de cette ville , en 1716. En 1721, il publia ses Lettres persanes, 1 vol. in-1 2 , espèce de roman , dans lequel des Persans font la critique de nos mœurs et de nos usages. Cet ouvrage renferme des principes pernicieux, tels que l'apologie du suicide et du divorce , l'indifférence en matière de religion , des plaisanteries indécentes ou impies sur des points essentiels du christianisme. L'auteur garda prudemment l'anonyme en faisant cette publication , et avait même peur d'être connu. Cependant il ne tarda pas à l'être, éprouva des désagréments et désavoua celles de ces lettres où se trouvait ce qu'il y avait de plus répréhensible dans son livre.

Méditant depuis longtemps son grand ouvrage sur les gouvernements modernes . il voyagea dans différentes parties

de l'Europe, en observateur profond, et resta deux ans en Angleterre. De retour en France, il publia, en 1754, ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, \ vol. in-42. Dans cet ouvrage , il parcourt rapidement , et en philosophe judicieux , tous les états des Romains, depuis la naissance de la république jusqu'à la chute des deux empires de l'Occident et de l'Orient.

En 1748, parut Y Esprit des lois, en 2 vol. in-4.° , souvent réimprimé en différents formats. Cet ouvrage, fruit de 50 années de recherches et de méditations , est le plus substantiel, le plus solide et le plus profond qui existe sur cette matière. Peu goûté d'abord , parce qu'il n'était point assez compris, il essuya des critiques sous plus d'un rapport : mais il finit par triompher ; et , maintenant , il fait autorité chez tous les publicistes. Cependant , il faut convenir qu'il renferme des choses répréhensibles , soit pour la forme , soit même pour le fond : par exemple , une division des matières point assez nettement classée , des chapitres trop courts et multipliés sans raison , des idées peu exactes sur la première formation des sociétés, sur l'origine des lois, sur le principe qui a fait naître chaque espèce de gouvernement. L'auteur attribue le despotisme à la crainte , la monarchie à l'honneur et la république à la vertu ; comme s'il n'y avait de vertu que chez les républicains , et d'honneur que dans la monarchie.

Il mérite encore quelque blâme dans ce qu'il dit de l'influence du Climat sur la morale et même sur la religion ,

de l'état religieux , du clergé, du mariage , etc. Toutefois, il reud les plus honorables témoignages à la religion chrétienne, dont il avait parlé si légèrement dans ses Lettres persanes : il la regarde comme le meilleur principe d'ordre dans la société, comme Tunique source du vrai bonheur sur la terre , quoiqu'elle ne semble occupée que de nous rendre heureux dans la vie future. Il mourut en 1755, entre les mains d'un jésuite qui fut très-édifié de ses sentiments chrétiens.

2.° Jean- Jacques Burlamaqui, né à Genève, en 1694, professeur honoraire de droit , dès l'âge de 26 ans , voyagea , pour son instruction , en France , en Hollande , en Angleterre, revint à Genève, en 1725, y enseigna le droit jusqu'en 1740, entra au conseil souverain et y resta jusqu'à sa mort, qui arriva en 1748. Ses Principes du droit naturel et politique , 5 vol. in-12 , lui ont acquis une grande réputation , et sont devenus le texte des leçons que donnaient les professeurs dans plusieurs écoles célèbres.

L'ouvrage renferme ce que l'auteur avait trouvé de mieux dans Grotius , Pufendorf et Barbeyrac. Un récollet apostat , d'Italie, nommé Félice, l'a continué, augmenté, annoté et l'a donné au public , sous le nouveau titre de Principes du droit de la nature et des gens , 8 vol. in-8°.

Burlamaqui était favorable à la souveraineté du peuple : nous n'en devons pas être surpris. Son continuateur alla plus loin , et parla fort mal de la religion catholique. Nous n'en serons pas étonnés, si nous envisageons sa qualité de moine apostat*

o.° Emmeric de Vattel , ne dans Ja principauté de Neuchàtel, en 1714, fils d'un ministre protestant, fit d'excellentes éludes à Baie et à Genève : il s'adonna spécialement à k philosophie , médita les ouvrages de Leibnitz et de Wolf , donna au public la défense du premier et devint conseiller privé à la cour de Dresde , après l'avoir servie dans une ambassade. Continuant de cultiver les sciences et les lettres autant que ses occupations publiques le permettaient, il publia plusieurs écrits pendant sa vie , et vint mourir dans sa famille, en 1767.

Le plus célèbre de ses ouvrages est celui qui a pour titre , Droit des gens, ou Principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires des nations et des souverains , 2 vol. in- 5.° ou 5 vol. in-12. Vattel y suit le grand traité de Wolf , sur la même matière ; il l'abrège , rejette plusieurs de ses meilleurs principes , admet les maximes erronées des philosophes modernes sur l'état de nature , sur l'origine des sociétés , sur la souveraineté du peuple , sur le pouvoir de faire ou de réformer les constitutions et de changer les dynasties , sur l'autorité du souverain touchant les affaires religieuses, etc.

Ce livre, cependant, renferme beaucoup de bonnes choses et est estimé des publicistes.

4.° Gaspard de Real , seigneur de Curban , grand sénéchal de Forcalquier, né à Sisteron , en 1682, mort en \ 752, se distingua par ses études , ses talents et ses connaissances m politique. Nous avons de \i\\ un long ouvrage , en g volf JjM'% fî*f la faïence du gouvernement, II n'gn publia fia

les deux premiers volumes. Baltasar de Real, son neveu, publia les autres , après la mort de son oncle. Le style de cet immense ouvrage , fruit de trente années de travail , est diffus ; mais le fond est sage , modéré , solide , et en général , plus pratique que les traités de Burlamaqui et de Yattel.

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