‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 45 sur 156 · DE LA. PHILOSOPHIE DE CIIAIILES BONNET · texte numérisé non relu

DE LA. PHILOSOPHIE DE CIIAIILES BONNET

Charles Bonnet naquit à Genève , d'une famille riche et distinguée, en 1720. S'étant livré à l'étude de l'histoire naturelle et de la philosophie , il devint célèbre par ses écrits et mourut dans une terre qu'il possédait auprès de sa ville natale, en 1795.

Nous avons de lui , sur la philosophie , Essai de psychologie , 1 vol. in-1 2 ; Essai analytique sur les facultés de l'âme, \ vol. in-4.° ; Palingênésie philosophique , 2 vol. in-8.° ; Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme, 1 vol. in-8°.

Dans le premier de ces ouvrages , il fait venir toutes nos idées, comme Locke, des sens et de la réflexion, en vertu de laquelle nous nous élevons , par degrés , à l'aide des signes ou des mots , des images sensibles aux idées générales et aux notions abstraites : il prétend que des corpuscules s'exhalent des objets extérieurs , frappent les organes , ébranlent les nerfs ; que cet ébranlement se communique au cerveau et que l'ame éprouve ainsi la sensation. Sans donner de raison et sans chercher à expliquer comment s'accomplit en nous l'opération intellectuelle dont il parle , il admet son

hypothèse comme un fait constant. Cependant il reconnaît la spiritualité de l'âme , sa liberté et l'existence de la vie future , prouvée par la raison et par la révélation ; mais en expliquant l'imagination et la mémoire , il semble accorder trop à l'organisation physique. Représentant la liberté de l'homme comme la faculté d'exécuter ce que la volonté a choisi , il dit que la volonté trouve la raison de sa détermination dans le motif : il ne peut donc y avoir de liberté d'indifférence proprement dite. Toutefois , il ne veut pas qu'on croie que les motifs déterminent l'âme dans ses actions , comme un corps est mis en mouvement par le choc d'un autre corps : car l'ame est douée d'un principe d'activité qu'elle tient de son auteur. A parler exactement , ce ne sont pas les motifs qui la déterminent ; c'est ellemême qui se détermine à la vue des motifs.

Si on venait à prouver que l'âme est matérielle , il ne faudrait point nous alarmer , mais plutôt admirer la toutepuissance de Dieu qui saurait donner à la matière de si nobles facultés. Bonnet ne croit pas néanmoins que cette hypothèse puisse être admise , principalement à cause de l'unité , de la simplicité , de l'identité et de l'indivisibilité du moi.

Entrant ensuite dans de hautes considérations sur le plus grand mystère de la nature , la reproduction des êtres organisés , il rejette les générations spontanées et montre que sa théorie ne nuit en rien au dogme de l'immortalité de l'âme. Assujettissant néanmoins cette substance, dans l'exercice de ses facultés , aux dispositions corporelles , il la place

clans la moelle allongée , altache les idées aux fibres cérébrales , sans en excepter les idées morales , tant générales que particulières , auxquelles il donne leurs propres fascicules fibreuses.

Il attribue une âme à tous les animaux , sans distinction : de la similitude d'organisation entre eux et nous , il conclut qu'il y a vraisemblablement une vie future pour eux comme pour nous , vie proportionnée , bien entendu, à leur condition. Il croit que chez eux , comme chez nous , l'âme est unie à un petit corps organisé , indestructible , logé dans une parlie du cerveau , et qu'elle conserve sa personnalité avec lui , après la mort. Ce petit corps a pu être préordonné par Dieu dès le commencement, dans une exacte proportion avec les révolutions que notre globe doit subir durant tous les siècles : il est de matière éthérée , inaltérable , même à Faction du feu. Séparé du corps grossier , il peut être doué d'organes infiniment plus parfaits que nos sens actuels.

Le même auteur voit tant d'analogie entre les animaux et les plantes , dans ce qui est de l'organisation , surtout si on arrive aux degrés qui semblent unir les deux règnes , qu'il n'ose décider si les plantes n'ont pas aussi chacune une âme sensible , c'est-à-dire une ame capable de sensations , comme les animaux : la chose lui paraît du moins possible , et , dans ce cas , les plantes auraient aussi leur petit corps organique indestructible , auquel l'âme serait unie ; mais nous ne pouvons savoir où ce petit corps résiderait , ni ce qu'il serait dans un état futur.

Bonnet pense que Dieu , en créant la terre , y mit les germes de tous les corps organiques, qui existeraient jusqu'à la fln du monde avec les âmes qui y correspondent ; que ces germes se sont développés , selon leurs lois particulières , à mesure que les circonstances prévues sont arrivées et ont donné les différentes espèces que nous voyons , qui se reproduisent elles-mêmes avec une admirable régularité.

La création , décrite par Moïse , n'est point la première origine des choses , mais seulement un de leurs développements. Rien n'empêche de croire , dit-il , que le globe existait longtemps auparavant et avait déjà été couvert de nombreuses productions analogues à l'état où il était alors. Dans ce cas , les âmes ayant néanmoins été toutes créées ; au moment même où la terre sortait du néant , auraient été attachées à leurs germes respectifs et destinées à se revêtir, dans le temps, des grossières enveloppes qu'on appelle corps, et à les quitter, à la mort, pour obtenir une autre existence, dans un état futur , après avoir passé , peut-être , du moins pour ce qui est des bêtes , par différents corps , selon le vieux système de la métempsycose.

Bonnet ne trouve point, dans la nature de l'homme, de raison qui prouve clairement ce que sera notre état dans la vie future. Les attributs de Dieu en fournissent des probabilités : la révélation seule en donne une démonstration parfaite. Toujours il revient à demander aussi un état futur et même éternel pour les bêtes , afin que la gloire et la majesté du Dieu créateur brillent d'un plus grand éclat dans }es siècles des siècles.

Ces hypothèses singulières , dénuées de fondement , et quelques autres tout aussi gratuites , qui se trouvent dans les ouvrages de Bonnet , firent du bruit d'abord ; mais fortement attaquées de différents côtés et généralement condamnées, elles sont tombées dans un oubli total.

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