‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 46 sur 156 · DE D'ALEMBERT ET DE L'ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

DE D'ALEMBERT ET DE L'ENCYCLOPÉDIE

Jean-le-Rond d'Alembert , né à Paris , en 1717 , lut exposé sur les marches de Saint-Jean-le-Rond , église qui était auprès de Notre-Dame. Trouvé par un commissaire de police , il fut confié provisoirement à la femme d'un pauvre vitrier , parce que sa conslitution était si faible qu'il ne semblait pas pouvoir être transporté à l'hospice des enfants trouvés. On a su depuis qu'il était fils naturel de Destouches, commissaire d'artillerie , et de madame de Tencin , femme célèbre du temps : son père lui assura 1200 francs de rente et prit soin de son éducation.

D'Alembert annonça de bonne heure une grande facilité et le désir de s'instruire. 11 mit de l'application au travail , lit de bonnes études , montra du goût et de la persévérance pour la géométrie , et obtint de tels succès dans cette partie difficile , que sa réputation, à cet égard , est devenue européenne. Le résultat de ses travaux, de ses recherches et de ses découvertes en mathématiques, envisagées sous différents rapports, est consigné dans 17 vol. in -4.°, estimés des savants et lus par très-peu de personnes.

Lié avec Voltaire , Diderot et les autres philosophes anti-

chrétiens de l'époque , il n'avait point de religion , dit Laharpe qui le connaissait bien ; mais il la respectait , quand il avait occasion d'en parler dans ses écrits : car , outre ses ouvrages de mathématiques , nous avons de lui , son Discours préliminaire de l'encyclopédie , dont nous parlerons bientôt , des Eloges , lus dans les séances de l'académie française, 6 vol. in-12 ; Mélanges de littérature et de philosophie, 5 vol. in-J2; Œuvres posthumes, 2 vol. in-12 , et plusieurs autres écrits auxquels on ne pourrait pas faire de grands reproches sous les rapports religieux.

Mais dans sa correspondance avec Voltaire et le roi de Prusse , il se montre à découvert et se prononce fortement contre le christianisme : s'il garde plus de mesure encore que le patriarche de Ferney , il ne lui cède pas en haine contre ce qu'il nomme la superstition ; il se vante même de lui donner des soufflets, en faisant semblant de faire des révérences. Cette correspondance ne fut imprimée qu'après sa mort. Toutefois , on ne peut l'excuser sur la publicité qu'ont eue ses lettres; car il en avait fait faire deux copies, les avait conûécs à Condorcet et à Watelet , deux de ses amis : ce n'était sûrement pas pour qu'elles restassent ignorées après lui qu'il les communiquait ainsi.

Frédéric l'engagea plusieurs fois à aller se fixer à Berlin ; Catherine le pressa d'accepter la place de gouverneur de son fils, héritier du trône des czars, et lui offrit J 00, 000 liv. d'anpointement, D'Àlembert refusa ces avantages, préférant conserver sa liberté et jouir de l'agrément d'être au milieu de ses Amis ; # r^sta donc à Paris où jl jouisgqit ite 14?0i}0 lift an

pension. Il y mourut, sans recevoir les secours de la religion, le 29 octobre 1785. Son testament commence néanmoins par ces paroles toutes chrétiennes : Au nom du Père , et du Fils et du Saint-Esprit.

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