Claude-Adrien Helvétius, né à Paris, en
étudia, sous les jésuites, à Louis-le-Grand,et obtint, à 25 ans, une place de fermier général, qui lui valait 500,000 liv. de revenu. Dans l'exercice des devoirs de sa charge, il se montra doux , honnête , bienfaisant et généreux. Souvent il visitait Voltaire chez madame du Chastelet , Buffon et Montesquieu à leurs terres , menait une vie licencieuse et épicurienne. Après \ 3 ans d'exercice , il quitta sa place , se maria , passa une grande partie de son temps à sa terre de Voré , dans le Perche, et l'autre à Paris. En 1758, il publia son fameux livre De l'Esprit, \ vol. in-4.°, qui fut condamné par arrêt du parlement , par l'archevêque de Paris , par la Sorbonne et par Clément XIII , comme réunissant tout ce qu'il y avait de mauvais dans les différents livres modernes. En effet , l'auteur , sans y nommer le matérialisme , l'y enseignait visiblement , rapportant tout à la sensibilité physique et ne mettant entre les animaux et nous d'autre différence que celle qui résulte de l'organisation extérieure , etc. Il fit plusieurs rétractations, qu'on ne trouva point suffisantes. Son livre ne laissait pas d'avoir de la vogue, et sa maison, à Paris, était le rendez-vous des beaux esprits , pendant les trois ou quatre mois d'hiver qu'il y passait. En 4764, il visita l'Angleterre ; l'année suivante , il se rendit à Berlin , aux instances de Frédéric , fut logé au palais et admis à la table du roi. Revenu à Paris , il reprit son train de vie ordinaire. Sa constitution était robuste et cependant il mourut , en 1771 , d'une goutte remontée , laissant un ouvrage posthume , qui avait pour titre ; De l 'homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation , 2 vol w-8°? Dans ce
livre , il se permet, d'un bout à l'autre , les plus violents outrages contre la religion et contre les rois. Sous ce dernier rapport, il n'amusait pas Frédéric. L'édition la plus complète de ses œuvres est en 44 vol. in- 18.
7.° Paul Thiry , baron d'Holbach, né à Heidelsheim , dans le Haut-Palatinat , en 4725 , vint de bonne heure à Paris, s'y fixa , se livra à l'étude des sciences , à des recherches minéralogiques et chimiques , devint membre des académies de Saint-Pétersbourg , deManheim, de Berlin , etc. Entré dans la conjuration philosophique contre la religion , il recevait chez lui , tous les dimanches soir , pendant quarante ans, ceux qui lui étaient associés dans le projet de destruction pour lequel il était prêt à faire tous les sacrifices. 11 ne se contentait pas de payer de son argent ; il payait aussi de sa personne , étudiait , écrivait avec un zèle infatigable et faisait paraître tous les ans , pendant plus de 50 ans , un ou plusieurs ouvrages , sous les titres les plus significatifs ; par exemple , Y Antiquité dévoilée ; Y Esprit du clergé ; De V imposture sacerdotale; la Contagion sacrée ; Lettres philosophiques sur V origine des préjugés ; Les prêtres démasqués ; La théologie portative ; La cruauté religieuse ; l'Enfer détruit ; l'Histoire critique de J.-C. , etc. , etc. Tous ces ouvrages sont d'une monstrueuse impiété. Mais le plus affreux de tous est le Système de la nature , 2 vol. in-8°. L'auteur y enseigne ouvertement l'athéisme , le réduit en système , pose des principes gratuits , avance des absurdités , fait de faux raisonnements , tombe dans des contradictions manifestes , avance péniblement dans ces voies ténébreuses
et fait un livre assommant par sa forme , quand il ne révolterait pas par ses horribles doctrines.
D'Holbach avait épousé successivement les deux sœurs , avec une dispense du Saint-Siège : il laissa quatre enfants qui étaient mariés, et mourut en 4 789, après avoir dit contre la religion , contre les prêtres , contre les rois et contre Dieu lui-même tout ce que peut inspirer une impiété portée jusqu'à la frénésie.
8.° Jean-Baptiste-René Robinet, né à Rennes, en 1725, entra chez les jésuites, après avoir terminé ses études. Reconnaissant que ce genre de vie ne lui convenait point il le quitta et ne voulut pas avoir d'autre profession que celle d'homme de lettres. Vers 1760 , il passa en Hollande, pour y faire imprimer son traité De la nature, grand ouvrage , en 4 vol. in-8.°, auquel il ajouta des Considérations philosophiques sur la gradation naturelle des formes de l'être , \ vol. in-8°. Son but était de faire voir qu'il v a équilibre de bien et de mal dans le monde ; il voulait que l'univers fut animé , que tous les êtres , même les planètes et les étoiles , eussent la faculté de se reproduire comme les animaux : il citait , a l'appui de son opinion , une foule d'autorités qu'il avait été chercher on ne sait où , et ne paraissait guère convaincu de son système , tout en le publiant. Au total , il avait fait un pauvre livre , qui eut d'abord quelque réputation , mais qui fut bientôt oublié. La seule ressource qu'il eût pour vivre , à l'étranger , était de traduire des ouvrages anglais en français. Revenu à Paris, en \ 778 , il fut nommé censeur royal, et plus tard secrétaire
particulier de M. Amelot. A l'époque de la révolution , il se retira à Rennes , y vécut dans la retraite , se montra bienfaisant et flt une mort chrétienne en 1820.
9.° Outre les philosophes que nous venons de nommer , on en pourrait citer plusieurs autres , d'un rang inférieur, tous de l'école du 48.e siècle ; par exemple : 4.° Thiriot , né en 4696, camarade de Voltaire, chez le procureur Alain. 11 s'y lia d'une étroite amilié avec ce coryphée de la philosophie , et fut son confident pendant plus de 50 ans : il l'aidait dans les éditions de ses œuvres et en facilitait le débit. Lui-même n a laissé aucun écrit : il mourut en 1772. 2.° Charles-Augustin de Ferriol , comte d'Argental , né à Paris, en 1700 : condisciple de Voltaire au collège, il conçut la plus haute estime de ses talents , et fut toute sa vie pénétré pour lui d'une admiration qui allait jusqu'à l'enthousiasme . Il mourut en 1788, et n'a laissé aucun ouvrage dont on puisse parler. Voltaire le consultait souvent et avait égard à ses observations. 5.°Dami!aville , né en 4724 , fut d'abord garde du corps , puis employé aux finances. Ayant à sa disposition le cachet du contrôleur général , il s'en servait pour faire passer, francs de port, d'un bout de la France à l'autre, les lettres et paquets de ses amis , spécialement de ceux qui écrivaient à Voltaire , avec lequel il entretenait lui-même une active correspondance. Il savait peu de choses , n'avait ni grâce , ni esprit ; mais son dévouement et les services qu'il rendait lui ont mérité la bienveillance et les éloges de Voltaire. Peu de temps avant sa mort , arrivée en 1768, il publia Le christianisme dévoile, ouvrage
exécrable , dicté par une haine impie la plus furieuse. 4.° Nicolas Antoine Boulanger , fils d'un marchand , né à Paris , en 4722, sortit du collège, sans rien savoir, étudia plus tard , à la hâte , le latin , le grec , l'hébreu , le syriaque , se mit à écrire sans avoir rien approfondi , eut des rapports avec les écrivains irréligieux du temps et mourut, en 1759, âgé seulement de 57 ans. On lui a attribué, après sa mort , comme il arrivait fréquemment à cette époque, des ouvrages qui n'étaient point de lui ; mais il est réellement auteur de plusieurs qu'il avait laissés en manuscrit et qui ont été publiés après lui; tels que Y Antiquité dévoilée, 5 vol. in-12; Recherche sur l'origine du despotisme oriental, 1 vol. ; Dissertation sur Elie et Enoch; Dissertation sur saint Pierre, etc. Rapportant tout au déluge , il veut tout expliquer par la crainte et la terreur qu'imprima le déluge : il ne voit , dans les livres saints et dans l'histoire ancienne , que des symboles et des personnages fictifs. Par fois il gardait plus de ménagements que plusieurs de ses associés , mais au fond il voulait , comme eux , le renversement de la religion et y travaillait de toutes ses forces.