ADVERSAIRES DE LA PHILOSOPHIE DE KANT
Les doctrines philosophiques de Kant firent d'ahord peu de bruit. Le premier ouvrage de cet auteur , la Critique de la raison , fut longtemps presque ignoré. Peu à peu il se répandit. Lorsqu'il fut connu , il excita de vives clameurs. De toutes parts on se plaignit de son obscurité et de sa terminologie insolite : on cria à la nouveauté.
Dans ce système d'idéologie transcendanlale, on vil l'anéantissement de nos connaissances objectives , de la croyance rationnelle en Dieu et à l'immortalité de lame , le renversement de tout l'édifice religieux. Des esprits distingués se mirent à l'œuvre , et les réfutations arrivèrent en foule.
l.° Eberhard et Féder, dont nous avons parlé plus haut , prétendirent , le premier , dans des journaux philosophiques ; le second, dans un ouvrage in-8.°, sur le Temps et l'espace , pour servir à l'examen de la philosophie de Kant, que cette philosophie idéale détruisait toute réalité objective , qu'elle convertissait les connaissances humaines en une simple apparence subjective.
2.° Christian Garve, né à Breslau , en 4742, étudia à Francfort-sur-l'Oder et à lïolle, En 1705 , il fut nommé
professeur de philosophie à Leipsick. Ayant quitté ses fonctions en 1772 , il mena une vie privée jusqu'à sa mort, qui arriva en 1798. Par sa vaste érudition et par son impartialité à l'égard de tous les systèmes, qu'il jugeait avec sagacité, sans en soutenir aucun, il s'est fait une grande réputation en Allemagne. Spécialement attaché à la morale , il combattit Kant dans une dissertation sur les divers principes de morale , depuis Aristote jusqu'à ce philosophe allemand. 5.° Henri Jacobi , né en 1743 , et mort en 1804 , s'éleva contre le criticisme de Kant , et soutint que cette idéologie transcendantale aboutissait au scepticisme , au moins en ce qui concerne les vérités religieuses et morales.
4.° Jean-Godefroi Herder , né à Mohrungen , en Prusse, en -1744, d'une famille pauvre et o*bscure , eut, dès son enfance , le désir de s'instruire , mais il n'en avait pas les moyens. Un certain Trescho , prédicateur évangélique , se l'étant attaché comme serviteur , et voyant en lui des dispositions , lui fit étudier le latin et le grec ; il le confia à un médecin russe qui devait remmener à Saint-Pétersbourg, pour lui faire suivre les cours de médecine. Le jeune Herder passant par Kœnisberg, y fut connu, apprécié et retenu. Ayant embrassé l'état ecclésiastique protestant, il se livra à l'étude de la philosophie et de la théologie. Devenu disciple de Kant, il mérita sa confiance , reçut de lui des leçons particulières , montra une grande pénétration et se distingua par ses succès. Non moins distingué plus tard par les divers emplois qu'il occupa , il a été regardé , en Allemagne , comme le Fénéloi) <Je la réforme, à cause de sa douceur et de sa piété.
Peu satisfait de la philosophie de son ancien maître , il en attaqua vivement les conséquences , clans un ouvrage en 2 vol. in-8.°, intitule : Raison et expérience. Il fil également la critique de son .Esthétique, dans un autre ouvrage, Calligone , en 1 vol. in-8°. Beaucoup d'autres ouvrages, en différents genres . sont sortis de sa plume féconde. Sa mort arriva en 1805.
5° Thierri Tiedemann , né à Bémer-Wœrde , en 17 Yô , alla , après ses premières études , suivre les cours à l'université de Gottingue , et s'y livra spécialement à l'étude de la philosophie , de l'histoire et de la littérature. Nommé professeur de langues anciennes à Cassel, en 1776, de philosophie à Marboug, en 1786, il enseigna la logique, la métaphysique, la psychologie, la morale, le droit naturel , l'histoire de la philosophie, etc.
Parmi les nombreux ouvrages , dont il est l'auteur , on remarque Y Esprit de la philosophie spéculative depuis Thaïes jusque Berkeley, 6 vol. in-8.°, et des Lettres idéalistes, 1 vol. in-8.° , contre les spéculations de Kant. Il mourut en 1805.
6.° Christophe Meiners , naquit à Warstade , au pays d'Hanovre , en 1747 , d'un père fermier et maître de poste. Ayant suivi les écoles d'Otterndorff et de Brème, il s'en dégoûta , se mit à étudier seul, perdit son père et ne put lui succéder dans son petit emploi de maître de poste. S étant rendu à Gottingue pour y continuer son instruction , il laissa encore les habiles professeurs de cette université célèbre, passa son temps dans l'immense bibliothèque académique ,
et y acquit une érudition prodigieuse. Formé par lui-même , il n'eut que ses propres idées et ne fut sous l'influence d'aucun système. De chacun il prit ce qui lui paraissait bon, et repoussa le reste comme mauvais. Il combattit directement la philosophie de Kant , dans la préface d'un ouvrage de psychologie , publié en 1780 , et plus tard , en 1804 , dans un ouvrage en 2 vol. in-8.° , intitulé : Histoire universelle des doctrines morales ou de la science de la vie. Epuisé de fatigues par l'immensité de ses travaux , il mourut en 1810 , et laissa un très-grand nombre d'écrits, les uns en allemand , les autres en latin. Cet auteur passe pour un des principaux ornements des lettres germaniques.
7.° Salomon Maimon, né en Lithuanie , de parents juifs, en 1755 , étudia d'abord , avec une ardeur incroyable , les lois traditionnelles des Juifs. Dès onze ans il savait ce que doit savoir un rabbin. Initié aux mystères cabalistiques , et ïiv voyant qu'obscurité impénétrable, il conçut la pensée de venir en Allemagne pour y étendre le cercle de ses connaissances. Parvenu jusqu'à Berlin, malgré sa pauvreté, il ne put y rester, faute de moyens d'existence. Pour s'en retourner , il lui fallut mendier. Une place de rabbin qu'il obtint le mit dans l'aisance. Revenu à Berlin, il vit Mendelshn, son co-religionnaire , lui la métaphysique de Wolf et conçut , sur sa religion , des doutes qu'il ne cacha pas assez. Repoussé parles autres Juifs, à cause de son incrédulité et de sa mauvaise conduite , il alla à Hambourg, à Amsterdam, à Breslau, revint encore à Berlin et y subsista d'aumônes. Logé dans un galetas , et vivant de la manière la plus pauvre , il entreprit
d'étudier la Critique de la raison pure , do Kant. Conduit
par cette étude à un nouveau système de philosophie transccndantale , il le développa avec distinction , se montra métaphysicien subtil , plein d'originalité, mais obscur , peu judicieux et vrai sceptique. Il s'attacha spécialement à faire ressortir les vices du système de Kant, les suppositions gratuites , les contradictions , les inductions mal tirées et le cercle vicieux dans lequel cet auteur tourne , sans pouvoir en sortir logiquement.
Il mourut en 1800 , avec la réputation d'un philosophe profond , mais singulier , bizarre , souvent extravagant , choquant , par des assertions téméraires , le bon sens , les mœurs , la conscience , la religion et la raison. Ses principaux ouvrages sont : Recherches critiques sur l'esprit humain , \ vol. in-8.°, et Essai de philosophie Iranscendantale , aussi 1 vol. in-8°.
Plusieurs autres philosophes allemands , tels que Platner, dont nous avons parlé , Weishaupt,. Fiait , Tittel , Schwal , Baadcr , Breyer , etc. , ont aussi écrit contre la philosophie de Kant et l'ont traitée rudement.
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