DÉFENSEURS ET RÉFORMATEURS DE LA PHILOSOPHIE DE KANT
Si la philosophie critique fut vivement attaquée , comme nous venons de le montrer, elle eut aussi de chauds partisans : el!e acquit de l'influence , et , en dépit de ses contradicteurs , elle s'étendit de plus en plus en Allemagne. Un grand nombre de professeurs , dans les universités , l'enseignèrent, la commentèrent, cherchèrent à l'éclaircir et à la faire comprendre. Dans ce but, ils publièrent, sous divers titres, des ouvrages plus ou moins étendus. Ne pouvant parler de tous ces auteurs , nous allons indiquer seulement quelques-uns des plus notables.
l.° On cite Jacques Schulz , né à Mulhausen , en Prusse, en 1759 , professeur à Kœnisberg , et mort en 1805. Nous avons de lui : Eclaircissement sur la critique de la raison pure de Kant, 1 vol. in-8.°, et Examen de la critique de la raison pure de Kant , 2 vol. in-8°. Christian Ehrhard Schmid, né à Heislberg, en 1761 , professeur à Iéna , mort en 1812 , a laissé : Esquisse de la critique de la raison pure, 1 vol. in-8° , et Vocabulaire pour rendre plus facile la lecture des ouvrages de Kant, 2 vol. in-8°. Charles-Henri Ib'vdcnreich , pé à Stolpen , en Saxe, en 1764, mort
en 1801 , autour à" Idées originales sur les objets les plus intéressants de la philosophie , 5 vol. in-8.°, et de plusieurs autres écrits où il prend la défense de Kant. Lazare Ben- David j qui , né à Berlin , de parenls juifs et pauvres , en i 762 , devenu docteur de Halle , s'éprit du système de Kant, l'enseigna avec enthousiasme à Halle , puis à Vienne, ensuite à Berlin, où il éprouva des contradictions. Il fut obligé de renoncer à renseignement , et mourut en \ 832 , laissant des Lectures publiques sur la critique de la raison pure; idem , Sur la critique de la raison pratique ; idem , Sur la critique du jugement ; Discours sur le but de la philosophie critique; Note sur la critique du goût, etc. , etc.
2.° Charles-Léonard Reinhold naquit à Vienne , en 1739. Après ses premières études , il se livra aux recherches et aux méditations philosophiques. Devenu professeur à Kiel , puis à Iéna , il publia des Lettres sur la philosophie de Kant. Peignant avec élégance les imperfections qui se trouvaient alors dans la philosophie, il essaya de prouver que la doctrine de Kant corrigeait ces défauts et comblait un grand nombre de lacunes, dont le vide s'était toujours fait sentir jusqu'à lui. Toutefois , voyant que cette doctrine avait donné lieu à de nombreux malentendus , il voulut remédier à cet inconvénient : pour cela , il chercha un principe commun qui servît de base tout à la fois à la logique , à la métaphysique et à la critique de la raison. Croyant l'avoir trouvé dans les phénomènes ou représentations de la conscience , il procéda comme il suit :
La représentation qui se fait dans la conscience ? se rap-
porte à deux termes , à sa cause extérieure (c'est la chose représentée), et à ce qui représente (c'est la conscience). La conscience est unique ; les choses extérieures sont variées à l'infini : il y a donc , en même temps , unité de principe et variété de phénomènes ou de représentations.
Cette théorie , appelée par l'auteur théorie de la faculté représentative , lui paraissait donner à la philosophie de Kant ce qui lui manquait, la rendre plus claire , plus solide , plus à la portée de tout le monde.
Reinhold se trompa : sa théorie fut attaquée fortement par de rudes adversaires , notamment par Ernest Schulze , dans un vol. in-8.°, intitulé : /Enèsidème, ou des fondements donnés à la philosophie élémentaire par le professeur Reinhold , avec une défense du scepticisme contre les prétentions de la critique de la raison. Reinhold , embarrassé par les objections qu'on lui adresssait , parut moins confiant dans la solidité de son système ; il tacha de l'améliorer en changeant des termes et en retranchant des points contestés : il finit par l'abandonner tout à fait et mourut, en d823, laissant plusieurs ouvrages philosophiques , outre ceux que nous avons cités, et des Mémoires sur les moyens de remédier aux malentendus en philosophie.
5.° Jacques-Sigismond Beck , contemporain de Reinhold , professeur à Halle , puis à Rostock , disciple zélé de Kant , entreprit, à son tour, d'éclaircir et de perfectionner le système du philosophe de Kœnisberg. Rejetant, comme vide de sens, la supposition de la chose en elle-même , il soutint que toute réalité dans nos connaissances repose sur nos idées subjec-
tives primitives et sur leurs lois ; qu'il n'existe réellement rien hors de nous ; que ce qui nous semble exister hors de nous , est fondé uniquement sur notre pensée et n'existe que par elle; que tel est l'esprit du système de Kant bien compris, et qu'il ne faut pas y chercher autre chose. Beck consigna ses observations et sa théorie dans plusieurs ouvrages , dont les principaux sont : Esquisse de la philosophie critique , 1 vol. in-8.° ; Seul point de vue possible pour envisager la philosophie critique , 1 vol iu-8.° ; Commentaire sur la métaphysique de la morale de Kant, 1 vol. in-8.°, etc.