‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 64 sur 156 · PHILOSOPHIE PE SCHELLING, OU SYSTÈME DE L'IDENTITÉ ABSOLUE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE PE SCHELLING, OU SYSTÈME DE L'IDENTITÉ ABSOLUE

Frédéric-Guillaume- Joseph de Schelling, né à Léomberg, dans le royaume de Wittemberg, en 1775, étudia la philosophie à Tubingue. Ayant essayé de bien comprendre les doctrines de Kant, de Reinhold, de Schulze, auteur (ÏjEnésidème , il n'en fut point satisfait. A Kant, il reprochait le défaut d'unité dans le principe de la science, et à Reinhold , le défaut de solidité dans le fait de la conscience , assigné par cet auteur comme base de son système. La doctrine de la science, enseignée par Fichte, lui plaisant davantage , il s'y attacha et la défendit avec ardeur ; mais insensiblement il se refroidit à son égard , s'en écarta , la jugea sévèrement et l'abandonna , comme obscure , incomplète et sans évidence.

Devenu professeur de philosophie à Erlang, il voulut avoir aussi son système, ou du moins il crut devoir chercher à en établir un plus clair , plus complet et plus solide que tous ceux qui avaient paru jusque-là.

i .° Voyant l'impossibilité d'arriver logiquement du moi à l'existence du Mon moi, de l'idéal au réel, il admit une double science philosophique , qu'il appela philosophie transcendantale et philosophie de la nature ; à chacune de ces

deux sciences répondent deux principes ; le moi , pour la philosophie iranscendantale , et le monde extérieur , pour la philosophie de la nature. Toutes deux tendent à se faire comprendre Tune par l'autre , à se réunir dans l'entendement et à ne faire qu'une notion. Leur principe commun est que les lois de la nature doivent se trouver au dedans de nous comme lois delà conscience, et réciproquement les lois de la conscience s'exprimer dans le monde extérieur comme lois de la nature.

2.° Nous ne concevons pas comment de l'unité peut sortir le multiple, ni comment du multiple peut venir l'unité , ni comment nous réunissons en nous tout à la fois le caractère de l'unité et le caractère de la multiplicité. L'un et l'autre se perdent dans l'infini qui leur est commun. Il y a donc un principe supérieur, servant de point de départ aux deux autres , une unité originelle , contenant ce qui sait et ce qui est su ; c'est-à-dire ? le subjectif et l'objectif; par conséquent , une identité absolue , ou simplement l'absolu, qui est Dieu.

5.° L'absolu n'est ni infini ni fini, ni sujet ni objet : c'est ce en quoi se confondent toute opposition , toute diversité, toute séparation , comme celle de sujet et d'objet, d'être et de savoir, d'esprit et de nature, d'idéal et de réel, etc. C'est l'être et le savoir absolus , indivisiblement unis , l'indifférence absolue du différent , de l'unité et de la pluralité : c'est l'unité qui est, en même temps, l'univers , la totalité, le tout , l'identité absolue, hors de laquelle il n'y a rien.

4.° Tout ce qui est fini n'existe donc que par développement de l'identique absolu : comment se fait ce développement? Schelling ne le dit point clairement et ne parait pas le savoir : il parle de division de l'absolu , de révélation spontanée de l'absolu , d'idées tombées de Dieu.

5.° De quelque manière que ce développement ou cette manifestation ait lieu, elle nous donne la possibilité de connaître , d'une manière absolue , l'identité de l'idéal et du réel. La forme essentielle de l'absolu est la connaissance absolue : dans cette connaissance , l'identité passe à l'état de dualité.

G.0 L'être absolu se révèle dans la génération éternelle des choses , et ces choses constituent les formes de l'être unique. Toute chose est donc une manifestation de l'être absolu sous une forme déterminée, et il ne peut rien exister qui ne participe à l'être divin. De-là il suit que la nature est vivante et divine aussi bien que l'idéal.

7.° Cette manifestation de l'absolu se produit par les oppositions qui paraissent à différents degrés du développement total : ces oppositions ne sont donc que l'expression de l'identité.

8.° La science est la recherche du développement et limage de l'univers , en tant qu'elle déduit les idées des choses de la pensée fondamentale de l'absolu, et en tant que , dans cette construction , elle reproduit la marche de la nature , c'est-à-dire la succession des formes que la nature revêt tour à tour. Cette construction idéale, ou science des idées , est la philosophie proprement dite : or ,

le point do vue philosophique le plus élevé est eelui où la pluralité et la diversité sont envisagées comme forme relative, et où Ton ne voit, dans cette forme, que l'identité ahsolue.

9.° De cette haute contemplation intellectuelle où Schelling veut trouver le premier principe de la science philosophique , il descend aux deux parties qu'il a distinguées des le commencement, la philosophie idéale ou transcendantaie et la philosophie de la nature. Touchant la première , il ne traite que quelques questions isolées , comme la liberté de Thomme , l'origine du mal , la nature de Dieu , etc. En ce qui est de la seconde , il s'y attache davantage , et explore avec soin le principe vivant qui , en se développant, produit par lui-même , selon lui , tout ce que nous voyons.

4 0.° Qant à la morale, il enseigne : 1.° que la croyance en Dieu est la base de toute moralité; 2.° que la vertu est un état dans lequel l'àme se conforme , non à une loi placée hors d'elle-même , mais à la nécessité intérieure de sa nature ; 5 .° que la vertu est , en même temps , le bonheur pur, et que le bonheur n'est autre chose que la vertu même ; 4.° que la tendance de l'àme vers son centre , qui est Dieu, constitue la moralité; 5.° que la vie commune, réglée conformément au type divin , en ce qui tient à la morale , à la religion , à la science et à l'art , est l'ordre social; 6.° que l'histoire, prise dans sa totalité, est une révélation divine, qui continue de se développer progressivement;

i\ .° Schelling distingue le Dieu absolu du Dieu qui se

révèle : le Dieu qui se révèle sort du sein du Dieu absolu , et passe dans le monde à l'état de personnalité. De Dieu implicite il devient Dieu explicite.

Ce système , exposé et défendu dans un grand nombre d'ouvrages philosophiques , tous plus obscurs les uns que les autres , est évidemment sans base , sans preuves , plein de contradictions ; il mène au panthéisme de Spinosa et à la fatalité.

L'auteur eut cependant, en Allemagne, des partisans enthousiastes qui s'efforcèrent d'expliquer toutes les parties de la science, d'après le point de vue de l'identité absolue.

Cette exaltation , qui tenait du vertige , conduisit à des idées bizarres , à des paradoxes absurdes , à des aberrations pleines de folie : l'imagination s'étant calmée , on revient de ces extravagances comme de rêveries qui ont occupé pendant la nuit : on tombe dans le découragement, effet naturel de l'impuissance qu'on est obligé de reconnaître dans les efforts de la raison , abandonnée à elle-même.

Parmi les amis et défenseurs de Schelling on compte Schad , né en 1758, ancien bénédictin apostat, professeur à Iéna; Klein , professeur à Wurtzbourg, mort en 1820; ïhanner , professeur à Salzbourg; Rixner, professeur u Àmberg, en Bavière; Bachman, professeur à Iéna; Goerres, ci-devant professeur à Coblenlz ; Windischmann , professeur à Bonn; Schubert, professeur à Erlang; Schelver, professeur à Heidelberg; Walther, professeur à Landshut; Solger , professeur à Berlin , etc. etc.

Entre ses adversaires on distingue spécialement Guillaume

Krug, professeur à Koenisberg; Jacques Fiïes , professeur à Heidelberg; Frédéric Koeppen, professeur à Landshut; Théophile-Guillaume Gerlach , professeur à Halle; etc.

Tous ces professeurs , dont beaucoup vivent encore , et un grand nombre d'autres savants , que nous ne nommons pas , ont publié ou continuent de publier des ouvrages , sous différents titres , pour expliquer et soutenir leurs opinions.

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