‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 65 sur 156 · SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES DE BOUTERWECK, BARDILI ET JACOBI · texte numérisé non relu

SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES DE BOUTERWECK, BARDILI ET JACOBI

1.° Frédéric Bouterweck , né en 1766, ayant fait ses études à Brunswick et à Gottingue, devint professeur de philosophie à l'université de cette ville en 1796. D'abord partisan déclaré du système de Kant , il en donna une exposition nouvelle. Convaincu plus tard de l'insuffisance de ce système, il chercha un autre moyen d'asseoir solidement nos connaissances philosophiques.

Selon lui , nos sensations et nos pensées doivent avoir pour base une existence vraie et absolue qui n'ait pas d'autre fondement qu'elle-même : il faut que cette existence , suprême et intelligente , ne soit ni sensation ni pensée ; que sur elle repose l'authenticité de la raison , que par elle nous arrivions apodictiquement à toute existence.

Plus tard il abandonna cette apodictique et lui en substitua une autre, qu'il appela théorie universelle de la vérité et de la science , fondée sur le principe que la raison a foi en elle-même. D'après lui la philosophie a pour objet principal de résoudre , par la distinction apodictique du réel et de l'apparent , le problème des choses et de la destination de l'homme , autant qu'il est possible à la raison de pénétrer,

par elle-même , dans celle question. C'est donc sur une apodictique ainsi comprise que la science philosophique doit être fondée.

Nos connaissances immédiates , sans lesquelles il ne peut y avoir de notion discursive , reposent sur le lien primitif de la faculté pensante et du sentiment intérieur dans l'énergie de la vie spirituelle. La raison, en tant que raison pure , a foi en elle-même ; elle croit à la vérité , en tant qu'elle y reconnaît son énergie propre , et trouve le germe des idées , à l'aide desquelles elle peut s'élever jusqu'à ridée de l'absolu, principe de toute existence et de toute pensée. La vérité, qui , considérée meta physiquement , est l'accord de nos pensées avec l'essence des choses , et leur relation avec le principe de tout être et de toute pensée , est donc immédiatement connue par la raison.

Bouterweck fonde sur des raisonnements de cette force la religion, la morale, le droit naturel, l'œsthétique. lia publié une quinzaine de volumes in-8.° , pour expliquer ces belles conceptions!

2.° Christophe Godefroi Bardili, professeur à Stuttgard , mort en 1808, cherchant, par d'autres moyens , à donner l'absolu comme base à la philosophie , assigna la pensée pour point de départ , et s'appliqua à faire de la logique la source des connaissances réelles. La pensée, dans son essence , disait-il , consiste en ce que , étant une et identique à soi, est susceptible de se répéter un nombre infini de fois, sans être jamais ni sujet ni objet, ni relation de l'un à l'autre; $!e est l'élément commun , le principe des notions et çles

jugments de l'esprit , Y infini déterminant et le déterminé. Le principe de la pensée ne conçoit rien de déterminé avant son application à quelque chose : ce quelque chose est l'objet sur lequel porte la pensée , condition essentielle pour que la pensée existe.

Le caractère de la pensée est l'unité dans le multiple, ou l'identité , la diversité et la multiplicité sont les caractères de l'objet, c'est-à-dire de la matière. Comme élément primitif et absolu, la pensée n'est point déterminée par la matière, mais plutôt la matière est déterminée parla pensée. La matière n'a d'existence que par l'application de la pensée en elle-même et sur elle-même.

L'accord de la pensée avec la matière constitue la réalité : la réalité n'est en soi qu'une détermination plus expresse du possible. Ainsi , dans la conception de tout objet, la possibilité pure et la réalité font le rôle de facteurs arithmétiques.

L'auteur se perd ensuite dans un détail d'expressions géométriques , algébriques , métaphysiques , auxquelles il nous est impossible d'attacher quelques idées raisonnables. Il a néanmoins écrit plusieurs volumes sur ces matières.

Un professeur de Suède , nommé Thomas Thorild , imagina un autre système. Dans un volume in-8.° , écrit en latin , publié en 1799 , sous le titre d' ' Archimetria , il soutenait que la base de nos connaissances était la nécessité où nous sommes de penser de telle manière, et non de telle autre. Selon lui , il n'y a que des objets vrais : l'erreur , quand il y en a , ne tombe jamais que sur le quantum.

Les professeurs François Bcrg, Joseph Buckert, Christian

Weils, Jean-Henri Abicht, ayant voulu aussi établir des systèmes à eux par les changements et les modifications qu'ils introduisaient dans les autres systèmes, n'ont pas mieux réussi.

5.° Frédéric-Henri Jacobi, né à Dusscldorf , en 4745 , président de l'académie des sciences à Munich, mort en 4819, homme éclairé , religieux , sincère , ennemi de toute manie syslématique et de ces terminologies embrouillées , dont tant de philosophes , ses contemporains , affectaient d'envelopper leurs idées , repoussa en môme temps la voie démonstrative et la voie critique.

Voulant montrer que toute connaissance philosophique reposait sur une croyance naturelle , il disait que nous apercevons directement et admettons , sans autre preuve que notre sentiment intérieur , la vérité des choses élevées audessus des sens; que nous croyons de même, sur le sentiment qui est en nous , l'existence du monde extérieur ; que ce monde nous révèle Dieu , la providence , la liberté , la moralité , l'immortalité et tout Tordre suprasensible ; que cette double révélation . du monde matériel et du monde immatériel , éveille en nous la conscience de notre personnalité et de notre liberté.

Pareillement il donne pour fondement à la morale notre sens interne qui nous montre ce qui est bien et ce qui est mal; par conséquent ce que nous devons faire et ce que nous sommes obligés d'éviter.

Le vague , l'obscurité et le peu d'ordre qu'il mit dans l'exposé de son système , causèrent de nombreux malentendus et lui attirèrent de vifs reproches.

Néanmoins , il eut des amis qui le défendirent avec zèle , en modifiant toutefois ce qu'il avait dit ou ce qu'on croyait qu'il avait voulu dire : de ce nombre étaient Frédéric Kœppen et Jacques Salât, tous les deux professeurs à Landshut ; Gaétan Weiller , directeur des écoles publiques à Munich , et Christian Weifs , conseiller des écoles publiques en Prusse, tous auteurs de nombreux ouvrages.

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