‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 66 sur 156 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

DE LA PHILOSOPHIE AU COMMENCEMENT DU XIX. e SIECLE.

Vers la fin du 48.e siècle, le matérialisme et le scepticisme furent vigoureusement attaqués , en Angleterre , par l'école écossaise , dont Reid a été le chef , et en Allemagne , par Técole kantienne. Si la certitude philosophique n'a pas été solidement établie par ces deux écoles, surtout par Técole kantienne , il est du moins hors de doute que , leur philosophie fut hautement spiritualité : elle ne le fut même que trop en Allemagne, puisque les doctrines kantiennes rendaient l'existence du monde sensible problématique.

L'école écossaise s'est maintenue dans sa vigueur et avec assez d'unité jusqu'à nos jours : l'école de Kant a subi des variations et des modifications de différente nature , en conservant toujours cependant son caractère de haut spiritualisme.

En France , la philosophie qui n'était , depuis un demisiècle , qu'un matérialisme grossier , qu'une impiété furibonde , dont les efforts tendaient constamment à renverser les institutions religieuses et monarchiques, fut, au commencement de la révolution , comme étourdie de son

triomphe; elle se tut devant les sanglants événements qu'elle avait amenés. Aucun ouvrage, qu'on puisse appeler philosophique , ne parut dans ces années d'affreuse mémoire. L'irréligion, comme un torrent sorti de son lit, ne connaissait plus de limites : elle s'exhalait audacieusement de toutes parts, dans les clubs , à la tribune , sur les places publiques , dans une nuée de brochures politiques et jusque dans nos basiliques devenues des temples de la déesse raison. Quant aux écoles, elles étaient muettes : personne n'avait le loisir ou le courage , au milieu de ce bouleversement universel , de se livrer à une composition longue et sérieuse.

Lorsque la tempête révolutionnaire commença à se calmer, quelques esprits , plus méditatifs que d'autres , revinrent peu a peu à des théories philosophiques. S'occupant spécialement de psychologie ; c'est-à-dire de l'étude de l'homme sous le rapport de ses facultés intellectuelles , ils prirent Condillac pour leur modèle.

Comme lui , partant de la sensation , ils ramenaient tout aux sens , s'efforçaient d'expliquer notre intelligence avec ses diverses opérations , par les impressions organiques , par les mouvements nerveux et ne craignaient pas de conclure , comme il était naturel de le faire d'après les prémisses , qu'il n'y avait dans l'homme que de la matière. On comprend aisément , par là même , quelles devaient être leurs doctrines sur la religion , sur les mœurs et sur nos destinées futures.

Les défenseurs de ces doctrines , connus sous le nom d'idéologues , eurent des contradicteurs et cela devait être,

Napoléon les avait en aversion , et plus d'une fois , les jugeant avec son énergique bon sens , il les flétrit des plus rudes expressions.

La liberté de discussion, qui nous vint avec la restauration, livra ce système d'idéologie à des examens qu'il ne put soutenir , à une dissécation qui le tua. Le spiritualisme Ta emporté chez nous , comme en Angleterre et en Allemagne; le matérialisme est tellement décrédité que nous ne voyons presque plus d'hommes instruits et sérieux qui osent en faire profession. Toutefois , les spiritualistes se partagent en différentes classes et sont loin d'être d'accord. Les uns, ne prenant pour guide que leur propre esprit , se lancent au milieu de tous les systèmes et de toutes les doctrines , les citent à leur tribunal individuel , les examinent , les jugent, les critiquent, choisissent, à leur gré, ce qui leur paraît bon, juste, vrai , et rejetent avec dédain ce qui ne leur plaît pas : c'est ce que nous appelons et ce qu'ils nomment eux-mêmes éclectisme.

Les autres , appuyés sur la foi catholique , renferment leurs spéculations philosophiques dans les limites des dogmes sacrés : ils conservent un fond de doctrine clairement dessiné et invariable sur lequel ils établissent l'édifice qu'ils veulent élever.

Nous allons , selon notre marche accoutumée , exposer brièvement , dans une suite de chapitres , les doctrines des uns et des autres , et analyser de bonne foi leurs ouvrages. Noire intention formelle est de ne blesser aucun des auteurs dont nous serons obligé de citer les noms. S'il nous échap-

pait des inexactitudes , nous serions prêt à les rectifier aussitôt que nous en serions averti. Nous n'avons en vue que la vérité , et nous ne sommes mu que par le désir de contribuer à faire le bien.

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