CHAPITRE IL
PHYSIOLOGISTES SPIIUTUALISTES.
Il est si visible , pour quiconque réfléchit , que , dans l'homme ? il y a autre chose que le corps ; les systèmes de physiologie matérialistes sont si faibles sur leur base , si incohérents dans leurs parties , si pleins de contradictions et d'absurdités clans leur ensemble , si désastreux dans leurs conséquences , que le bon sens doit en faire promptement justice. C'est en effet ce qu'ont reconnu et professé hautement des physiologistes eux-mêmes.
l.° Jean-Joseph Gall , né au pays de Wittcmberg , en 1 758 , docteur médecin , a fait beaucoup de bruit à Vienne , à Paris , à Londres , et est connu dans le monde savant par un système physiologique dont il est l'inventeur. Une suite d'observations , commencées par lui , dès le temps qu'il étudiait la médecine à Vienne , et continuées lorsqu'il fut praticien , le conduisirent à juger que chaque faculté intellectuelle a son organe particulier dans le cerveau ; qu'à cet organe répond une protubérance extérieure ; que plus cette protubérance est sensible , plus la faculté qui y répond est active. Ce docteur prétendait qu'en examinant avec sagacité les dispositions extérieures du crâne , on pourrait
connaître les penchants naturels des individus. Pour cela , son système a reçu le nom de cranologie.
Gall expliqua publiquement ce système dans les universités d'Allemagne, à Vienne, à Paris , à Londres et dans plusieurs autres grandes villes de l'Europe. Malgré les railleries dont il a été l'objet , et les contradictions sans nombre qu'il a éprouvées , il a persévéré dans les mêmes idées jusqu'à sa mort, arrivée en 1828.
Accusé de matérialisme et même d'athéisme, il s'en est
toujours défendu et à répondu à ces attaques dans un
vol. in-8.°, publié en 1812 , intitulé : Des dispositions innées
de l'âme et de l 'esprit. La manière même dont il énonce son
système ne permet pas de le regarder au fond comme
matérialiste. Ses expressions sont cependant par fois assez
malsonnantes , car il admet dans le cerveau une multiplicité
d'organes , et dit qu'à ces organes répondent les facultés
distinctes de lame. Toutefois, il reconnaît un principe unique
qui exerce ces facultés, reçoit les impressions, compare, juge,
raisonne ; un moi complet et indivisible, ce qui manifestement
ne pourrait exister, s'il n'y avait rien de plus dans le cerveau
que des organes multipliés et séparés les uns des autres.