‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 72 sur 156 · Massias, né en 1764, officier d'artillerie pendant · texte numérisé non relu

Massias, né en 1764, officier d'artillerie pendant

la révolution , a été employé dans diverses ambassades sous le consulat et sous l'empire. Nous avons de lui plusieurs ouvrages qu'on peut regarder comme philosophiques ; par exemple : Rapports de V homme à la nature et de la nature à V homme , en 5 vol. in-8°. Dans ces o vol , il se trouve plusieurs ouvrages à titre particulier , comme Théorie du beau et du sublime; Principes de littérature, de philosophie, de politique et de morale; Problème de V esprit humain. L'auteur a publié, en 1830, un autre ouvrage, ayant pour titre : Traité de philosophie , psycho-physiologique. Dans ces divers écrits ; il se montre spirilualiste prononcé : il a même fait deux opuscules contre le docteur Broussais. Toutefois ses œuvres n'ont pas joui d'une grande célébrité : on n'y trouve rien de remarquable, ni pour le fond ni pour la forme , et aucun système qu'on puisse dire être lié dans ses parties.

5.° François-Pierre Maine de Biran, fds d'un médecin , naquit près Bergerac , en 1766. Entré dans les gardes du corps j avant la révolution , il devint ensuite avocat, puis sous-préfet. Député plusieurs fois sous l'empire et sous la restauration, conseiller d'état, en 1817, il mourut en 1824. Nous avons de lui : Influence de l'habitude sur la faculté dépenser, 1 vol. in-8.°; Décomposition de la pensée; Examen des leçons de M. Laromiguière ; Nouvelles considérations êur les rapports du physique et du moral de l'homme. Ce

dernier ouvrage est posthume et n'a été publié qu'en 1834 par les soins et avec une préface de M. Cousin.

Maine de Biran avait commencé par être sensualiste, à peu près à la manière de Cabanis et des philosophes de cette école. En traitant de l'influence de l'habitude sur la faculté de penser , il fait dériver toutes nos idées des impressions actives ou passives dont les nerfs sont les organes et le siège. Dans son mémoire sur la Décomposition de la faculté de penser , il paraît disposé à admettre en nous un être intelligent, distinct de l'organisme. Dans YExamen des leçons de M. Laromiguière , il établit nettement que l'àme est un principe indépendant, actif, libre, doué de volonté, de force, d'énergie , trouvant en lui-même la cause de ses déterminations. Ne s'écartant plus désormais de cette doctrine , il en suit les principes dans son article sur Leibnitz , inséré dans la Biographie universelle , et dans ses Nouvelles considérations. Cependant la théorie par laquelle il explique les facultés de l'ame , ses rapports avec Dieu et avec le monde , souffre encore bien des difficultés. Il fait tout reposer sur l'activité : l'activité est dans la volonté; la volonté, c'est le moi lui-même; vouloir, c'est causer ; le moi est la première cause qui nous est donnée. Par là , Maine de Biran prétend expliquer le sommeil, le somnambulisme, la folie, la nature des animaux et rendre raison d'une foule d'autres questions jusqu'alors insolubles.

En supposant que les explications qu'il donne sur ces points obscurs fussent aussi satisfaisantes qu'il le croit , comment tirer logiquement de la volonté ce qui con-*

cerne l'entendement , l'idée de substance , l'idée de l'infini, etc.?

4.° Auguste Ililarion Kéralry , d'une famille noble , naquit à Rennes en 17G9. Admirateur, dès sa jeunesse, des systèmes religieux et politiques de Rousseau , il voulut tenir une espèce de milieu, à l'époque de la révolution, entre les nobles et les révolutionnaires, et ne fut ami ni des uns ni des autres. Durant les temps de troubles et les années suivantes , il s'occupa de poésie , de littérature et de philosophie; en 1815, il publia un traité De V existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, un vol. in-12., et en 4 817, ses Inductions morales et physiologiques , un vol. in-8.°.

Ses idées sur Dieu paraissent assez justes; mais il explique la création d'une manière peu nette. Dans son

opinion, l'âme, en perdant ses organes ici-bas, en reçoit d'autres ailleurs plus ou moins parfaits , selon la disposition où elle se trouve ; elle quittera ceux-ci pour en prendre d'autres , d'une qualité supérieure ou inférieure , selon son mérite, et ainsi de suite. Nous cherchons essentiellement notre bonheur ; ce qui doit nous rendre heureux est d'obligation pour nous. Par conséquent, la morale repose fondamentalement sur notre utilité propre.

On voit combien cette doctrine est incohérente , vicieuse dans ses principes et combien elle serait funeste , si on en pressait les conséquences à la rigueur.

5.° Joseph-Marie de Gérando, fils d'un architecte de Lyon, naquit en \ 772. Ami de Camille Jordan , il vint avec

lui à Paris, en 1797, partagea ses opinions et ses travaux, le suivit en Allemagne, dans sa proscription , et y fit, sur Fart de penser, un mémoire qui fut couronné par l'Institut de France, comme nous l'avons dit plus haut. Revenu à Paris, il fut secrétaire général du ministère de l'Intérieur, membre d'une commission du gouvernement envoyée à Rome , et conseiller d'état en 18 H . Depuis ce temps il n'a pas cessé de l'être.

Ses principaux ouvrages sont : Des signes de l'art de penser, considérés dans leurs rapports mutuels, 4 vol. in-8.°, publiés en 1800; De la génération des connaissances humaines y en 4 802, 1 vol. in-8.°; Histoire comparée des systèmes de philosophie , relativement aux principes des connaissances humaines, en 1803, 3 vol. in-8.°, et seconde édition, en 1823, 4 vol. in-8.°; Du perfectionnement moral, en 1824, 2 vol. in-8.°; De la bienfaisance publique, ouvrage d'économie publique, 4 vol. in-8.°, publié en 1840.

Disciple et admirateur de Condillac, de Gérando fut d'abord, comme lui, logicien et pur idéologue, sans pourtant rien avancer qui pût le faire regarder comme matérialiste : plus tard il s'est montré spiritualiste sans équivoque. On lui reproche d'avoir paru trop idéologue dans son histoire des systèmes philosophiques, et de ne les avoir guère comparés que sous le rapport de l'origine des connaissances humaines ; d'avoir eu en cela des vues trop étroites, de n'être pas toujours exact dans l'exposé des doctrines, de manquer de précision et d'être par fois trop diffus.

Il y a de bonnes choses dans son Perfectionnement moral et deux chapitres où il parle convenablement de la religion ; mais son code de morale n'a ni base solide , ni sanction suffisante , ni assez de précision et de netteté , ni cet ensemble qui , satisfaisant tout à la fois l'esprit et le cœur , ne laisse rien à désirer.

6.° Joseph Droz , fils d'un conseiller au parlement de Besançon , né dans cette ville , en \ 773 , est , depuis longtemps, homme de lettres à Paris. Dès 1806 il publia un Essai sur l'art d'être heureux, 1 vol. in-12, nouv. édition en 1826 in-8.°. Cet ouvrage est imprégné de sensualisme. L'auteur assigne le bonheur pour base de la morale. Devenu spiritualiste avec le temps, il a donné en 1825 un autre ouvrage , sous le titre De la philosophie morale , ou des différents systèmes sur la science de la vie, 1 vol. in-8.°. Droz établit son nouveau système sur le bien et le bonheur dans le rapport qui les unit : il fait dériver la vertu et la joie de la conscience et de la conformité à l'ordre. La conformité à Tordre est le bien ; il ne peut y avoir de bonheur véritable que par cette voie.

On comprend aisément combien une morale aussi vague est insuffisante pour former les cœurs à la vertu.

7.° Benjamin-Constant de Rebecque, issu d'une famille protestante , émigrée de France en Suisse , naquit à Lausanne en 1767. Venu en France en 1795, il se lia avec les hommes les plus influents de l'époque par leurs idées républicaines , mais sans approuver les excès de la terreur. Dès 1796, il publia une brochure politique en faveur du

directoire : depuis cette époque il a été sous les divers gouvernements qui se sont succédé, mais plus spécialement sous la restauration , un publiciste fécond , et ce qu'on appelle un libéral prononcé, tant à la tribune, où il parla souvent comme député , que dans les nombreux écrits qu'il mit au jour sous différents titres. En 1850 et 4831 , il publia un ouvrage en 5 vol. in-8.°, intitulé : De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements , C'est un long traité philosopbico-religieux , dans lequel l'auteur veut prouver qu'il y a une grande différence entre les sentiments religieux et les formes religieuses : il admet le sentiment religieux comme nécessaire et l'oppose à l'incrédulité qu'il condamne. Mais il regarde les diverses religions comme des formes variables qui changent et se réforment à mesure que l'esprit humain se perfectionne.

Après sa mort , arrivée en 1 852 , on a publié un autre ouvrage, en 2 vol. in-8.°, Du polythéisme romain, considéré dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion chrétienne.

Ces deux ouvrages , pénibles à lire , malgré une certaine facilité de style , sont pleins de vague , d'assertions fausses ou hasardées, et ne présentent rien de solide qui puisse satisfaire un esprit instruit et judicieux.

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