‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 73 sur 156 · PHILOSOPHES QUI S'APPUIENT SUR LA FOI · texte numérisé non relu

PHILOSOPHES QUI S'APPUIENT SUR LA FOI

i.° Jean-Etienne-Marie Portalis, né au Beausset, en Provence, en 4746 , avocat distingué au parlement d'Aix , prit la fuite à l'époque de la révolution , se cacha à Lyon , se rendit à Paris , y fut mis en prison et y resta longtemps : il s'exila lui-même en Allemagne, sous le directoire , revint à Paris . sous le consulat , et occupa avec talent et loyauté différents emplois. Devenu ministre des cultes, il rendit des services à la religion et mourut en 4807.

Il a laissé , en manuscrit , un ouvrage intitulé : De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique, durant le 18.c siècle, lequel n'a été imprimé qu'en 1820, en 2 vol. in-8.°. Dans cet ouvrage il règne de la clarté , de la méthode , un ton sage, modéré , impartial et religieux. L'auteur , après avoir montré l'origine , les caractères , les causes de l'esprit philosophique et ses avantages, sous plusieurs rapports, en trace les abus , combat l'athéisme et le matérialisme , fait une apologie philosophique de la religion chrétienne et repousse les paradoxes du jour, les faux systèmes sur l'état social , sur la politique et sur la législation.

2.° Joseph de Maistre , issu d'une famille de Languedoc i établie en Piémont , naquit à Chambéry , en 1753. Il quitta cette ville en 1 795 , lorsque les Français s'en emparèrent , et suivit son souverain dans Pile de Sardaigne en 1799. Envoyé à Saint-Pétersbourg en qualité de ministre plénipotentiaire, en 4805, il y resta jusqu'en 1817. A celte époque , il revint à Turin et y mourut en 1821.

Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages , tous en français , écrits dans un style piquant , original , plein de force et d'énergie. Les principaux sont : Considérations sur la France , en 1796, 1 vol. in-8.°, livre de circonstance qui eut un prodigieux succès ; Essai sur le principe régénérateur des constitutions politiques, \ vol. in-8.° : on a trouvé que ce traité était un peu trop métaphysique; Bu Pape, en 1819, 2 vol. in-8.°; De l'église gallicane dans ses rapports avec le Souverain Pontife, 1 vol. in-8.°; Les soirées de Saint-Pétersbourg, écrit posthume, en 2 vol. in-8.°. C'est surtout dans ce dernier ouvrage que se trouve la philosophie de l'auteur, philosophie religieuse, morale, politique, sociale. M. de Maistre commence par admettre la révélation et le dogme du péché originel , puis il entreprend de justifier la providence des reproches que lui font les incrédules, touchant son intervention dans le gouvernement du monde. Son traité eu Pape contient aussi tic hautes considérations sur l'autorité souveraine et son exercice, sur la part qu'y a eue, dans un temps, le chef de l'Eglise , et quïl devrait y avoir pour le bien des peuples.

On désirerait, dans ces écii(s , plus de précision et de

méthode : néanmoins on les lit , tels quïls sont , avec un vif intérêt.

5.° Louis-Gabriel-Àmbroise , vicomte de Bonald , d'une des plus anciennes familles du Rouergue, né en 1754, commença par servir dans la maison du roi. Il se prononça contre la révolution , émigra en 1791 et perdit tout son bien. Il fit la guerre des princes , se retira en Allemagne avec ses enfants, rentra en France, quand Tordre fut rétabli, et travailla à la rédaction de recueils savants et indépendants : Nommé conseiller de l'université, en 1808, il conserva ce titre sous la restauration, fut député et pair de France. Depuis 1830, il n'a plus été que simple particulier jusqu'à sa mort , arrivée en 1840.

Nous n'avons pas à nous occuper de ses discours et de ses brochures politiques. Ses autres ouvrages sont principalement les suivants : Législation primitive, 5 vol. in-8.°; Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances humaines, 2 vol. in -8.°; Mèlang es littéraires, politiques et philosophiques , 2 vol. in-8.°.

Eminemment religieux, M. de Bonald renferme dans les limites de la foi catholique les théories auxquelles il se livre souvent avec plus de profondeur que de clarté. Dans ses écrits philosophiques , il s'est principalement occupé de faire prévaloir deux idées qui sont comme le fond de toutes ses pensées ; la première regarde l'origine du langage , et la seconde, les principes constitutifs de l'ordre en général.

Sur l'origine du langage , il ne se borne pas à dire que Dieu, en créant l'homme , lui a donné une langue; c'est

un fait constant , clairement exprimé dans la Genèse , puisque nos premiers parents , sortant des mains du créateur , parlaient , et que leurs enfants parlaient aussi : il soutient que l'homme n'aurait pu inventer le langage; qu'il ne peut pas même avoir la moindre idée des choses intellectuelles , s'il n'a en même temps des noms pour les exprimer en luimême ; qu'il pense sa parole comme il doit parler sa pensée. Les idées dans notre âme , sans signes pour les distinguer , sont comme des objets matériels dans une chambre obscure : ces objets existent ; néanmoins il est impossible de les désigner , tant que la lumière ne vient pas éclairer les yeux du corps. De même les idées des choses intellectuelles, cachées au fond de notre entendement , y demeurent inconnues : mais dès que la parole humaine, passant par les organes de l'ouïe , y descend comme un flambeau , ces idées se présentent et disent : Nous voici,

L'auteur s'efforce d'établir cette proposition par une suite d'arguments dont plusieurs paraissent bons, et d'autres sont moins concluants. De ce principe il fait dériver des conséquences qui ruinent par les fondements tous les systèmes matérialistes. Mais ce principe est-il solidement établi? Nous sommes forcés de dire qu'il ne parait pas à tout le monde également incontestable , et qu'en réalité c'est seulement un système qu'on n'est point obligé d'admettre.

Quant aux principes constitutifs de l'ordre en général , M. de Donald adopte trois idées qu'il croit essentielles, qu'il voit partout et fait entrer dans toutes ses explications , eause, moyen, effet. Ces trois idées générales embrassent

tous les rapports des êtres entre eux , dans quelque classe qu'ils se trouvent. Dieu , le médiateur , les créatures , voilà Tordre général du monde : le souverain, les ministres, les sujets , ordre politique ou social ; le mari , la femme , les enfants, ordre domestique ou la famille. La cause est au moyen , comme le moyen est à l'effet; ou l'effet est au moyen , comme le moyen est à la cause.

Pour peu qu'on y réfléchisse sérieusement, il est aisé de comprendre que ces catégories, spacieuses d'abord, sont loin de satisfaire au fond : car peut-on dire qu'il y a une véritable proportion du divin médiateur entre Dieu et les hommes , aux ministres dans l'état et à la femme dans la famille? N'est-il pas évident, au contraire, que la femme est beaucoup plus , dans la famille , par rapport au mari , que les ministres ne sont dans l'état? Quelle ressemblance peut-on établir entre le Verbe éternel , devenu homme dans le temps, sans cesser d'être Dieu, et les créatures qu'on lui associe dans ces comparaisons? Quelles inductions satisfaisantes est-il possible de faire venir de semblables prémisses?

M. de Bonald a été, sans contredit, un des premiers penseurs de notre siècle, un écrivain fort distingué, souvent éloquent, qui a bien mérité de la religion, sous plusieurs rapports : mais nous ne pouvons disconvenir qu'il n'y ait un ton guindé dans son style , un néologisme qui embarrasse, et trop souvent une obscurité qui fatigue. Nous avons une édition de ses œuvres , en 14 vol. in-8.°.

4.° Félicité de la Mennais, né à Saint-Malo, en 1780, fut d'abord jeune homme du monde, puis fervent chrétien ,

ecclésiastique et prêtre. En 4 817, il publia son premier volume de Y Essai sur l'indifférence , qui eut un grand succès et lui créa tout-à-coup la réputation de talent supérieur. En 4820 parut son second vol., dans lequel se trouve exposé et soutenu d'un ton tranchant, s'il en fut jamais , un système philosophique qui souleva les plus violentes oppositions. L'auteur rejette avec mépris les motifs ordinaires de nos jugements comme insuffisants et induisant souvent en erreur; il dénonce la méthode cartésienne comme subversive delà religion, menant à l'athéisme et au doute universel. Ne reconnaissant qu'une règle de certitude, l'autorité du genre humain , il la proclame à grands cris , et traite audacieusement de cartésiens tous ceux qui refusent de l'admettre, faisant de celte qualification une injure offensante.

Peu de temps après, il publia sa défense, un vol. in-8.°, d'un style aussi véhément que le volume qui avait excité tant de plaintes. En 1825 , il donna le 5.e et le 4.e vol. de YEssai sur V indifférence. Dans ces volumes il se trouve des propositions répréhensibles aux yeux des théologiens exacts. Le même auteur fit des brochures de circonstances , pleines d'acrimonie, dans lesquelles il traitait durement Louis XIV , Bossuet , les évèques , les ministres , les gouvernements. On aurait dit , à son ton , qu'il se croyait suscité par Dieu pour soutenir la religion , selon les exigences du siècle , et qu'en invoquant le témoignage du genre humain , il avait le droit de faire plier le monde entier sous son aulorité individuelle.

La révolution de 1850 étant accomplie, il sembla y applaudir et créa un journal, sous le titre de V Avenir, pour soutenir les libertés religieuses. Lui-même dirigea ce journal avec talent , mais aussi avec sa véhémence ordinaire ; il le remplit d'articles violents , passionnés , inexacts , qui lui firent de nombreux ennemis , décréditèrent et ruinèrent son entreprise. Au bout d'un an , il suspendit la publication de cette feuille et annonça qu'il allait partir pour Rome, avec quelques-uns de ses associés , afin de consulter le successeur de Pierre sur les reproches qu'on leur faisait : il paraissait résolu de se soumettre avec la docilité d'un enfant à la décision qui interviendrait. Son intention était de revenir ensuite continuer les combats qu'il avait commencés.

Effectivement il partit pour Rome à la fin de 1831 ; mais les choses n'allèrent pas comme il l'avait présumé. S'il avait eu le talent d'en imposer à beaucoup de jeunes prêtres par le brillant de son style, et de leur communiquer ce ton hautain qui caractérisait son école , il n'avait pu séduire les anciens. Treize archevêques ou évêques ayant extrait de ses écrits 56 propositions , les avaient censurées et adressées au Souverain Pontife, par une lettre commune, du 25 avril 1852. Parmi ces propositions il s'en trouvait plusieurs qui renfermaient l'essence du système philosophique sur la certitude.

Le 15 août de la même année, Grégoire XVI fit paraître une encyclique par laquelle il commandait la soumission aux évêques , signalait et condamnait les doctrines dominantes dans le journal l'Avenir, et répondait par là à rappel

cle ses rédacteurs , à la tète desquels était M. de la Mennais. Le journal ne parut plus , mais les disputes philosophiques furent soutenues avec la même assurance : quelques-uns même prétendaient trouver dans l'encyclique de quoi appuyer le système, sujet de tant de contestations.

M. de la Mennais , irrité par la résistance qu'il avait rencontrée à Rome , au lieu de l'appui qu'il s'était promis d'y trouver, publia ses Paroles d'un croyant, œuvre d'une haute éloquence, mais d'une incroyable démagogie. Grégoire XVI adressa , le 25 juin 1854 , une seconde encyclique à tous les évêques catholiques de l'univers , portant condamnation solemnelle de ce trop fameux écrit. En la terminant il improuve de la manière la plus expresse et qualifie durement le système philosophique , cause de tant de vaines disputes. A partir de ce moment, l'école de M. de la Mennais a été dissoute : ses partisans si exaltés , prenant à la lettre la promesse qu'il avait faite, au nom de tous, en partant pour Rome , se sont soumis comme des enfants à la voix de Pierre , et ont abandonné un maître opiniâtre , qui a mieux aimé se contredire, aux yeux du monde entier, que d'abaisser son orgueil devant une autorité qu'il avait tant de fois proclamée infaillible pour écraser ses adversaires. Terrible exemple des aberrations auxquelles sont exposés les plus grands génies, quand ils se fient trop à eux-mêmes.

M. de la Mennais a composé , sous le titre d' Affaires de Rome, une relation pleine de fiel , de paradoxes et d'injustice. À la lin de 1857 , il a publié son Livre du peuple , petite brochure où le système du contrat social est délayé , les

passions populaires \ivcmcnt excitées , et où l'auteur se montre à peu près déiste. Deux autres brochures , pour le moins aussi démocratiques , sont encore sorties de sa plume , une en 1839, et l'autre en 1810; la première, intitulée l'Esclavage , et l'autre, le Pays et son gouvernement. Vers la lin de 1840 , il mit au jour, sous le titre d'Esquisse d'une philosophie, 5 vol. in-8.°, un ouvrage philosophique , auquel il travaillait depuis longtemps , et qui avait été souvent annoncé.

A l'époque où Fauteur était proclamé par ses admirateurs le plus éloquent défenseur du catholicisme, on attendait cette nouvelle philosophie avec impatience. Plusieurs disaient en avoir vu des fragments et assuraient que jamais rien d'aussi satisfaisant n'avait paru sur cette matière. Lorsque l'ouvrage a été publié , on s'est empressé de le lire , et parmi tous les catholiques , il y a eu une voix unanime de réprobation. Les protestants eux-mêmes ne peuvent l'admettre, parce qu'ils y trouvent , comme nous , le renversement de plusieurs articles de leur croyance , tels que la chute de l'homme , Tordre surnaturel , la nécessité de la grâce, etc. (1). On voit avec un étonnement mêlé à une profonde douleur jusqu'où est tombé cet auteur autrefois si exagéré dans sa profession de foi catholique. Il ne veut pas même actuellement être regardé comme chrétien , mais uniquement comme philosophe , ne connaissant pour guide que sa raison individuelle, devant laquelle tout doit fléchir.

(i) Voyez il. e partie, liv. i.cr, chap. vu et vin, t. 2.

Dans ce livre lamentable , il y a sans doute de belles paçes et un style généralement nerveux , quoique assez souvent peu soigné : mais les doctrines philosophiques sont loin de satisfaire un esprit méthodique et judicieux. Un lecteur qui veut se rendre compte de ce qu'il lit y rencontre, à chaque instant, des assertions hasardées, des principes non prouvéspresque partout, ou un vague fatigant, ou une obscurité rebutante.

Fidèle à son ancien système , dit du sens commun , Fauteur part de la foi, sans définir ce qu'il entend par cette foi primitive. Du premier bond il arrive à Dieu et à la trinité ; puis il disserte longuement sur le Père, le Fils et l'Esprit, uniquement d'après la raison. Il parle du moi divin , de l'unité et de la multiplicité en Dieu , des modes d'être de Dieu , et soutient que la philosophie de Dieu est la base nécessaire de toute philosophie ultérieure.

Passant à la création', qu'il représente comme la réalisation des idées éternelles de Dieu , il dit des choses fort subtiles , peu intelligibles et pas toujours exactes; par exemple il veut qu'il n'y ait qu'une substance après la création, comme auparavant : La nature de Dieu est essentiellement différente de celle de la créature , bien que la substance de la créature ne soit radicalement que fa substance de Dieu (1).

Il traite de l'univers, de sa formation primitive, de la force , de l'intelligence et de l'amour dans l'univers , ce qui

(i) Tom. i.cr pag. 112.

correspond au Père , au Fils et à l'Esprit en Dieu ; des êtres inorganiques , organiques et intelligents ; des lois générales de la création dans leurs rapports avec les propriétés essentielles de Fêtre et les qualités des différents ordres d'êtres ; de riiomme en général et du mal de l'homme comme être organique , et ensuite comme être intelligent , et de ses rapports avec le Verbe ou l'intelligence divine ; des rapports de l'homme avec l'Esprit ou l'amour divin ; de ses rapports avec le Père ou la puissance divine ; de l'homme considéré à l'état de santé et à l'état de maladie ; de l'homme en tant qu'actif et des objets de son activité.

Viennent après cela l'industrie avec ses différentes branches , l'art en général , les arts en particulier , spécialement l'architecture , la sculpture , la peinture , la danse , la musique , la poésie , l'art oratoire , etc.

Souvent on trouve des chapitres et quelquefois même des livres , dont l'unique titre est : Continuation du même sujet. Aussi l'analyse d'un pareil ouvrage n'est-elle pas aisée à faire. Le but de notre travail , d'ailleurs , ne nous permettant pas d'entrer dans de plus grands détails , nous bornerons ici notre aperçu.

En 1841 , il a publié deux nouveaux ouvrages peu étendus, intitulés, l'un De la religion, et l'autre, Du passé et de V avenir du peuple. Dans le premier, il réduit la révélation à la manifestation des premières vérités, faite intérieurement à notre intelligence , et la foi n'est que l'adhésion donnée par nous à ces vérités ainsi connues. C'est de cette manière qu'il fait naître la foi du genre humain , ou le sens con>

mun ce fameux système philosophique qui a fait tant de bruit pendant quelques années. Il nie de nouveau, comme dans Y Esquisse d'une philosophie , la possibilité même d'un ordre surnaturel.

Dans l'autre ouvrage , mettant pareillement de coté ce que nous enseignent si clairement les livres saints , il ne fait que tâtonner, comme tous les philosophes incrédules , sur l'origine des hommes , sur le développement de leur intelligence , sur le commencement de la civilisation , sur la formation des premières sociétés. Traitant du christianisme par la seule raison , il le dénature , poursuit toujours Tordre surnaturel comme une erreur , vante sans cesse le progrès , première loi des êtres, identique avec celle de leur existence, et fait des vœux ardents pour ce qu'il appelle l'émancipation des peuples , mais en respectant le droit de propriété , en recommandant la liberté , l'égalité et la fraternité , le droit et le devoir.

o.° M. Ballanchc, né à Lyon, en 4776, commença à écrire de bonne heure. Il se lit imprimer pour la première fois en 4801 , publia, en 1814 , un poème en prose, sous le nom à'Antigone , puis l'Homme sans nom; Essai sur les institutions sociales, en 1818; Essais de palingênésie sociale, en 1827 : ce dernier ouvrage , qui n'est pas encore terminé , doit avoir S vol. in-8°. L'auteur se montre religieux, admirateur du christianisme, en parle avec éloge, mais pas toujours avec exactitude , surtout en ce qui regarde la vie future. La condition des réprouvés lui paraît trop dure et inadmissible, 11 soutient la révélation primi»

tivc , la transmission du langage par tradition , la marche progressive de l'esprit humain, et prévoit de grandes réformes sociales. Son dessein est d'y contribuer par ses ouvrages. Les communions dissidentes doivent revenir à l'Eglise romaine, et toutes les nations se feront chrétiennes. On voit qu'il a des inclinations douces , une âme bonne , un véritable désir du bien ; mais ses doctrines , enveloppées sous des formes poétiques , ne sont ni assez nettes , ni assez précises pour qu'on puisse facilement les saisir. La lecture de ses théories sociales est plus fatigante que profitable.

6.° Jean-Baptiste-Claude Riambourg , né à Dijon, en 1776, élève distingué de l'école polytechnique , successivement avocat , juge , avocat-général , président de chambre à Dijon même , démissionnaire en 1 850 , toujours éminemment religieux, mourut en 1856. Nous avons de lui plusieurs ouvrages ou fragments d'ouvrages philosophiques , écrits dans un esprit tout chrétien , tels que Ecole d'Athènes , Ecole de Paris ou de l'Eclectisme, de l'Ecole écossaise , Du Saint- Simonisme , le Rationalisme , etc. Ses œuvres philosophiques, réunies en 5 vol. in-8.°, ont été publiées en 1857, par M. Th. Foisset. Quoiqu'elles ne présentent point un corps de doctrine proprement dit, on les lit néanmoins avec intérêt et utilité tout à la fois.

7.° M. le baron d'Eckslein , né en Danemarck , en 1 785 , converti à la foi catholique et fixé à Paris , depuis 1815, est auteur d'un recueil connu sous le nom de Le catholique , commencé en 1826, et continué jusqu'en 1850. Sans y suivre aucun plan déterminé , il y traite avec des talents non

communs , les plus hautes questions littéraires , philosophiques, religieuses et sociales. Plusieurs fois il a annoncé qu'il s'occupait d'un ouvrage étendu , dans lequel il cherchait à faire l'histoire générale de l'humanité , d'après ses langues , ses littératures , ses religions et ses mouvements politiques, Dans cet ouvrage il doit développer un système catholique complet. Nous verrons ce système , et nous l'éludierons lorsqu'il aura paru.

8.° Les annales de philosophie chrétienne, commencées le l.er juillet 1830 , et continuées jusqu'ici avec succès ; la Raison du christianisme, publiée par M. de Genoude, en 8 vol. in- 8.° ; les Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée , en 2 vol. in-8.° , traduits de l'anglais du docteur Wiseman , et publiés par M. de Genoude , pour faire suite à la Raison du christianisme , peuvent être regardés comme des écrits de philosophie religieuse , ainsi que Y Essai sur le panthéisme dans les sociétés modernes » par 31. Maret , 1 vol. in-8.°, publié en 1840.

Page 1