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CHAPITRE VI

NOUVEAUX ÉCONOMISTES POLITIOUES.

Nous avons dit , p. 268 }, que la secte , dite des économistes , s'était évanouie au milieu des grands événements provoqués par elle. Les travaux relatifs à l'économie politique n'ont pas cessé pour cela. Depuis la fin du dernier siècle , beaucoup d'auteurs ont écrit sur cette partie des connaissances humaines , sans avoir entre eux aucun lien commun qui puisse les faire considérer comme formant une secte. Cependant ils ont les mêmes principes capitaux et leur doctrine est la même au fond. Nous allons faire connaître ceux qui paraissent les plus notables , et indiquer leurs principaux ouvrages.

1.° Jean - Baptiste Say, issu d'une famille de réfugiés protestants, né à Lyon, en 4767, vint s'établir à Paris, au commencement de la révolution. Pendant la terreur , il prit le nom d'Atticus , se montra chaud républicain et fut nommé membre du tribunat, en 4799. En i805, il publia un Traité d'économie politique, 2 vol. in-8°. Sous l'empire , il ne put obtenir la permission de le faire réimprimer. Mais en 1844, il en donna une nouvelle édition et

y mit une épitre dédicatoire , très-louangeuse à l'empereur Alexandre. Il parlait, avec une sorte d'enthousiasme , des grands événements de notre délivrance.

Cet ouvrage fit grand bruit en France , en Russie et en d'autres parties de l'Europe ; il a grandement contribué à propager la science dont il traite. L'auteur a analysé , modifié , simplifié et rangé dans un ordre plus méthodique les doctrines d'Adam Smith. Sous quelques rapports , il les a combattues ou changées ; sous d'autres , il les a suivies mal-à-propos.

Comme la plupart des économistes qui l'avaient précédé , il s'est renfermé dans une sphère toute matérialiste J a avancé des maximes fausses, absurdes, pernicieuses, en ce qui est de l'ordre moral et politique. Il est mort à Paris, en 1832.

2.° Jean-Charles-Léonard Sismonde de Sismondi , né à Genève , en 1775 , d'une famille originaire de Toscane , passa en Angleterre, en 1792, revint en 1794, fut mis en prison avec son père et spolié d'une partie de ses biens. Retourné en Toscane avec sa famille , en 1795 , il s'y trouva atteint par la révolution qu'il fuyait , et fut mis en prison alternativement par les deux partis. Revenu à Genève, en 1800, il y publia , en 1803 , De la richesse commerciale, ou Principes d'économie politique, etc., 2 vol. in-8.°. Dans cet ouvrage , il se propose de rechercher les moyens par lesquels le plus grand nombre d'hommes, dans un état donné , peut participer au plus haut degré de bien être physique qui dépende du gouvernement ; ses principes sont

donc intensité el diffusion du bonheur dans toutes les classes, mais toujours du bonheur matériel. Le plus important de ses écrits est une Histoire des républiques italiennes, au moyen âge, 16 vol. in-8.°. Dans cet ouvrage et dans plusieurs autres du même auteur, il se trouve beaucoup de choses peu conformes aux saines doctrines religieuses et sociales.

5.° T.-R. Malthus, membre de l'université de Cambridge, en Angleterre, et professeur d'économie politique au collège de la compagnie des Indes , publia , en 1802 , un Essai sur le principe de la population : cet ouvrage eut un grand succès, fut souvent réimprimé et a été traduit en français , sur la 4.c édition, par Prévost, professeur de physique à Genève, en 1810, 5 vol. in-8°. L'auteur s'y montre trèstouché des souffrances de la classe indigente , et cherche consciencieusement les moyens de les adoucir.

4.° Charles Ganilh, né en Auvergne, en 4760 , avocat a Paris, en 1789 , partisan des changements qui eurent lieu , membre du tribunat, en 1799, député plusieurs fois sous la restauration , est auteur de plusieurs ouvrages d'économie politique qui parurent de 4806 à 1816.

5.° François-Louis- Auguste Ferrier , nommé directeur des douanes à Dunkerque , en 1815, après avoir exercé plusieurs emplois inférieurs dans cette partie , publia , en 4805, un ouvrage intitulé : Du gouvernement dans ses rapports avec le commerce, \ vol. in-8°.

6.° Joseph Droz , dont nous avons parlé , p. 398 , a aussi publié un traité de YEoonomie politique.

Ces auteurs et plusieurs autres , qui ont écrit sur la même matière, ne sont pas toujours d'accord touchant les moyens à prendre pour enrichir les Dations et rendre les hommes plus heureux : mais tous ne voient que la vie présente ; tous , à quelques nuances près , ne considèrent que le bonheur matériel ; ils ne s'élèvent jamais aux principes éternels , à ces vérités immuables qui seules peuvent former l'homme bien réglé , sage , vertueux ; assurer l'ordre moral , donner le calme d'une bonne conscience , cette paix du cœur , ces espérances certaines de l'avenir , hors desquelles il n'y a point de vrai bonheur pour nous, dans quelque situation que nous nous trouvions.

7.° Néanmoins il a paru , dans ces derniers temps , quelques ouvrages du même genre qui sont plus chrétiens : nous pourrions citer, entre autres, la Théorie du bonheur, par M. Garrigues, en 4 819, petit traité bien superficiel; De V action dit clergé sur les sociétés modernes , par M. Rubichon , petit vol. in-8.°, dans lequel il y a quelques exagérations , mêlées à des documents intéressants : Economie politique chrétienne , ou Recherche sur la nature et les causes du paupérisme, 5 vol. in-8.°, publiés en 4854 , par M. Alban-de-Villeneuve-Bargemont.

M. de Villeneuve ayant été préfet, en différents pays, sous l'empire et sous la restauration, a mis à profit les connaissances pratiques qu'il avait acquises par l'exercice même de ses fonctions , et a composé , dans des principes vraiment chrétiens , un ouvrage important , dans lequel il traite spécialement de la pauvreté, de ses causes, des

moyens de la diminuer et de soulager ceux qui souffrent. En décrivant ce qu'a fait pour eux le christianisme , il montre que , hors les doctrines vivifiantes de cette religion divine, il n'y a point de remèdes à de si grands maux. Les tableaux qu'il fait de l'accroissement du paupérisme dans les sociétés modernes . sont effrayants pour l'avenir. Dans un ouvrage plus récent , intitulé : Histoire de l'économie politique , ou Etudes historiques , philosophiques et religieuses sur l'économie politique des peuples anciens et modernes , 2 vol. in-8.°, il traite la matière savamment et en chrétien.

8.° En 4840, a paru un ouvrage en 2 vol. in-8.°, intitulé : Progrès social, ou Profit des classes populaires non indigentes. L'auteur , que nous ne connaissons point , dit de bonnes choses, et se montre tout dévoué au bien-être de l'humanité ; mais il manque de cet esprit vivifiant , que donnent les vérités catholiques clairement professées : il semble ne faire consister la fin essentielle de l'homme que dans les jouissances d'ici-bas. Progrès et bien être, dit-il, perfectionnement d'un côté et jouissance de l'autre, voilà deux termes inséparables et corrélatifs de tout exercice de nos facultés; voilà le double but de la sociabilité, la fin de l'économie politique. Si on ne s'élève pas plus haut, l'homme sera toujours un être matériel , qui n'aura point le sentiment de sa dignité : jamais avec de tels principes on ne réformera la société.

9.° M. de Gérando, dans son dernier ouvrage, De la bienfaisance publique, 4 vol. in-8.°, n'est pas plus fran-

chement catholique . c'est toujours le même vague, la même abstraction des vérités religieuses , et dès lors la même impuissance à ramener le règne des vertus chrétiennes, véritable réforme à laquelle devraient tendre tous nos efforts.

dp

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