‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 77 sur 156 · Le véritable bonheur consiste à avoir beaucoup de · texte numérisé non relu

Le véritable bonheur consiste à avoir beaucoup de

passions et beaucoup de moyens de les satisfaire.

Ces incroyables rêveries , que nous avons singulièrement abrégées, ont eu et ont encore de zélés partisans.

Just Muiron , premier disciple de Fourier , les a défendues par deux écrils , Sur nos procédés industriels , 1 vol. in-8.°, et Nouvelles transactions sociales, religieuses et politiques de Virtomnius , 1 vol. in-8.° , en 1852.

Victor Considérant a publié, en 1855, Considérations sur V architec tonique , 1 vol. in-8.° ; de 1856 à 1858 , Destinée sociale y 2 vol. in-8.° , ouvrage dans lequel il cherche à démontrer le système de Fourier. Le même travaille encore actuellement, avec plusieurs autres savants, à la rédaction de La phalange, journal fouriéristc , qui parait trois fois la semaine. Nous pourrions citer , en outre , Àbel ïranson , Charles Pellarin , A. Maurize, Jules Lechevallier, Lemoyne, Berbrugger, Baudet-Dulary , M. mc Clarisse Y igoureux , Schneider , Yillegardelle , Paget , Cantagrel , M.me Gatli de Gamond, etc. , etc. , qui tous ont publié, depuis 1852 jusqu'à présent, des ouvrages plus ou moins longs, en faveur de l'inconcevable système de Fourier. Combien de temps durera encore celle sorte de délire? Nous ne pouvons le dire , quoiqu'il soit bien permis de juger que la saine raison finira par recouvrer ses droits.

4.° Robert Ovven, né à Newton, en Angleterre, en 1771, élevé dès son enfance dans l'apprentissage du commerce ,

n'a dû qu'à lui-même ce qu'il a appris dans la littérature et les sciences. Il lisait avec ardeur, autant que ses occupations le lui permettaient , réfléchissait sur ses lectures et s'appropriait en quelque sorte les idées qui sympathisaient avec les siennes.

Mu aussi par des sentiments naturels d'humanité , il chercha les moyens de contribuer au bonheur des hommes , mais au bonheur de la vie présente seulement , sans élever ses regards plus haut.

Après avoir été commis en différentes maisons , il s'associa à des spéculateurs, fonda un grand établissement de filature à New-Lanard , eu Ecosse , y occupa jusqu'à deux mille personnes de l'un et l'autre sexe ; et , les conduisant par la seule raison , sans qu'il fût jamais question de culte , il sut les préserver ou les corriger de certains désordres grossiers, qui régnent trop souvent dans les fabriques , et leur procurer des jouissances matérielles qu'on ne trouvait point ailleurs. Cela ne l'empêcha pas de faire des profits considérables et d'acquérir une grande fortune.

Encouragé par ses succès et par les éloges que lui donnaient les philanthropes distingués de divers pays , il conçut le projet de généraliser sa méthode et de réformer la société entière. En 1812, il publia son premier ouvrage de système social , sous le titre suivant : Nouvelles vues de société , ou Essais sur la formation du caractère humain.

Dans le commencement , il se contentait de mettre les pratiques religieuses de coté et affectait de parler d'une

tolérance universelle. Vers \ 81 7, il se prononça ouvertement contre toutes les religions existantes , et les représenta comme des sources de malheur pour les sociétés dirigées par leurs principes. Abandonné par les uns , repoussé par les autres , attaqué et poursuivi comme impie par le clergé anglican , il passa en Amérique , en \ 824 , fonda un établissement aux Etats-Unis ; à l'instar de New-Lanard , revint en Angleterre , retourna en Amérique , visita le Mexique , demanda le gouvernement du Texas , repassa en Angleterre , voyagea sur le continent , fut en relation avec de hauts personnages , contribua à la formation des salles d'asile en divers pays , à la propagation de la méthode de Lancaster et à l'adoucissement de la condition des enfants dans les manufactures.

Au mois de janvier \ 840 , lord Melbourne lui obtint une audience de la reine Victoria : le clergé anglican en fut scandalisé et fit grand bruit. Owen rendit compte de sa vie et de ses doctrines, par un manifeste public du 2 février 4840. Il se qualifie , entête de cette pièce , d'inventeur et de fondateur d'un système de société et de religion rationnelles.

Les points capitaux de son système sont : \ ,° L'homme , en paraissant dans le monde , n'est ni bon ni

mauvais : les circonstances où il se trouve le font ce qu'il

devient par la suite.

2.° Comme il ne peut modifier son organisation ni changer les

circonstances qui l'entourent, les sentiments qu'il éprouve,

les idées et les convictions qui naissent en lui , les actes qui en résultent sont des faits nécessaires contre lesquels il reste désarmé : il ne peut donc en être responsable.

5.° Le vrai bonheur , produit de l'éducation et de la santé , consiste principalement dans l'association avec ses semblables , dans la bienveillance mutuelle et dans l'absence de toute superstition.

4.° La religion rationnelle est la religion de la charité : elle admet un Dieu créateur, éternel , infini , mais ne reconnaît d'autre culte que la loi naturelle , qui ordonne à l'homme de suivre les impulsions de la nature et de tendre au but de son existence.

Quel est ce but? L'auteur ne le dit point.

5.° Quant à la société, le gouvernement doit proclamer une liberté absolue de conscience, l'abolition complète de peines et de récompenses et Y irresponsabilité de l'individu , puisqu'il n'est pas libre dans ses actes.

6.° Un homme vicieux ou coupable n'est qu'un malade, puisqu'il ne peut être responsable de ses actes : en conséquence , on ne doit pas le punir , mais l'enfermer comme un fou, s'il est dangereux.

7° Toutes choses doivent être réglées de telle sorte que chaque membre de la communauté soit pourvu des meilleurs objets de consommation, en travaillant selon ses moyens et son industrie.

8.° L'éducation doit être la même pour tous et dirigée de telle sorte qu'elle ne fasse éclore en nous que des sentiments conformes aux lois évidentes de notre nature.

9.° L'égalité parfaite et la communauté absolue sont les seules

règles possibles de la société.

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