‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 8 sur 156 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

Los écoles catholiques no changeront point leur mode d'enseignement tout à coup , comme le firent chez eux les protestants; nous pouvons assigner plusieurs causes qui ont dû produire naturellement cette différence.

1 .° Les réformateurs motivaient leur séparation violente de l'Eglise romaine sur les erreurs qu'ils lui attribuaient et sur les abus qu'ils lui reprochaient. Ces erreurs et ces abus constituaient , selon eux , un état de corruption générale , fruit de l'ignorance universelle et des méthodes vicieuses enfantées par elle. Voilà ce qu'ils prétendaient , ce qu'ils affirmaient hautement. Faisant profession de ne croire qu'à l'Ecriture sainte, ils invoquaient la raison de chaque individu comme juge suprême de toute controverse, soit religieuse , soit philosophique. L'autorité de l'Eglise était nulle ; les traditions ne méritaient aucune confiance. Pour être conséquents , ils devaient mépriser l'enseignement des écoles et repousser la méthode qu'on y suivait , puisque de-là étaient venus les maux dont ils se plaignaient. C'est en effet ce qu'ils firent, sans garder aucun ménagement.

Les catholiques , au contraire , reconnaissant l'autorité de la tradition, comme on l'avait fait de tout temps, procédaient avec mesure. Ils portaient l'esprit de critique dans les monuments historiques et cherchaient à démêler le vrai du faux. La crainte d'aller trop loin les retarda peut-être quelquefois ; mais aussi leurs progrès , sagement préparés , doucement amenés , furent plus solides et n'occasionnèrent ni troubles , ni commotions.

2.° Les dominicains et les franciscains , connus sous le nom de frères prêcheurs et de frères mineurs , occupaient une grande partie des chaires publiques : la vénération qu'ils avaient , les uns pour saint Thomas, et les autres pour Jean Scot, l'émulation qui régnait entre eux leur fit retenir longtemps les opinions propres à chacun de ces deux hommes célèbres , et les formes usitées dans les deux écoles.

5.° La méthode scolastique, bien entendue , était forkutile pour poser les questions , éclaircir les idées , classer les preuves, préciser les objections , ramener les adversaires au véritable point de la difficulté; pour les presser par des arguments serrés ; les mettre dans l'impossibilité de rien opposer de solide, et les convaincre. On s'en servait donc avec avantage pour soutenir la vérité et pour combattre l'erreur : par cette raison on y tenait»

4.° Les novateurs la décriaient avec emportement : à leurs déclamations furibondes ils mêlaient des maximes fausses , qui touchaient au fond même de la doctrine ; ils compromettaient ou renversaient la foi. Les catholiques , justement en garde contre des adversaires qui prêchaient Terreur avec

tant de violence , repoussaient tout ce qui venait d'eux , et le fond parce qu'il était mauvais , et la forme parce qu'ils s'en défiaient. Plus ils voyaient qu'on attachait de prix à leur faire changer de méthode , plus ils tenaient à ne rien changer d'essentiel , par la crainte de tomber dans des nouveautés condamnables.

Quoiqu'il en soit, il est certain que plusieurs abus de l'école ont subsisté longtemps après l'époque qu'on assigne au renouvellement des études : les auteurs élémentaires du dernier siècle contenaient encore des questions oiseuses , de subtiles abstractions , de longues controverses sur des points qui n'avaient ni but ni utilité possible. Ces restes de l'ancien ergotisme ont fini par disparaître totalement ; mais on a retenu , avec raison , l'art de procéder par définitions , divisions , propositions , démonstrations , réfutations ; en un mot , on a conservé le fond de la méthode scolastique , comme éminemment propre à dégager la vérité de tout alliage , à la présenter aux esprits d'une manière claire et à la faire plus aisément comprendre.

Néanmoins , tandis que dans les écoles , non seulement de philosophie et de théologie , mais aussi dans celles de droit et de médecine, on s'occupait encore trop de questions inutiles et en style repoussant , déjà il se formait , surtout dans plusieurs monastères et dans les universités catholiques, des docteurs très-distingués. Ces docteurs faisaient des recherches approfondies , remontaient aux sources , consultaient les originaux , et devenaient prodigieusement instruits , comme l'attestent leurs ouvrages immortels. Leur nombre

fut trop grand pour que nous puissions seulement les nommer tous : nous ferons connaître les plus remarquables , dans les chapitres suivants ,

Brucker , tome 4 , page \ 2A et suivantes , fait une longue énumération des scolastiques aristotéliciens modernes , pris presque tous chez les dominicains , les franciscains , les cisterciens et les jésuites : Fauteur semble accuser les jésuites d'avoir, plus que les autres , perpétué les abus de l'école. Ce reproche nous paraît mal fondé. Si les nombreux auteurs de cet ordre fameux ont traité des questions inutiles , ils ne Font pas fait proportionnellement plus que les autres : ils participaient à l'usage commun , mais ils ne furent pas les derniers à s'en affranchir . Tout le monde sait combien il y en avait parmi eux qui étaient solidement instruits.

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