‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 88 sur 156 · AUTORITÉ HISTORIQUE DES LIVRES DE MOÏSE · texte numérisé non relu

AUTORITÉ HISTORIQUE DES LIVRES DE MOÏSE

Appliquons les principes que nous venons d'exposer au plus ancien livre connu , à celui qui est attribué à Moïse, sous le nom de Pentateuque, et voyons s'il offre des garanties capables de donner une certitude parfaite.

Ce livre , traduit en une infinité de langues vivantes et mortes, est multiplié depuis longtemps , au-delà de ce qu'il est possible de le dire. Il fut solennellement traduit en grec et placé à la célèbre bibliothèque d'Alexandrie , sous Ptolémée-Philadelphe , environ deux siècles et demi avant Jésus-Christ. Sept cents ans auparavant , éclata entre les Juifs et les Samaritains un schisme profondément tranché , qui n'a jamais cessé et qui subsiste encore , puisqu'il existe des Samaritains , entièrement séparés des Juifs. Cependant les Samaritains ont conservé le Pentateuque exactement tel qu'il est chez les Juifs , et avec la même vénération pour son auteur.

Qui ne comprend l'absolue impossibilité que ce livre ait pu être changé , corrompu , falsifié ou supposé , au moins depuis la séparation des Samaritains d'avec les Juifs?

Aurait-il pu l'être auparavant? Pas davantage. Car il contient les faits constitutifs de la nation , son origine , ses développements , ses phases diverses , ses lois morales , civiles et religieuses , ses institutions , ses fêles et les événements circonstanciés qui y ont donné lieu . Placé entre les mains des chefs du peuple , des prêtres , des magistrats , il

était sans cesse invoqué et servait de guide aux uns comme aux autres. N'est-il pas aussi clair que le jour qu'un tel livre n'a pu , dans aucune hypothèse , être fabriqué par un ou plusieurs imposteurs.

Aussi les Juifs de tous les siècles, les chrétiens de toutes les communions , les mahométans et des payens eux-mêmes en reconnaissent l'authenticité } la vérité et l'intégrité.

Nul autre livre n'a une plus grande autorité historique , parce qu'aucun ne présente des caractères de vérité plus nombreux et plus frappants.

Ce que nous disons du Pentateuque peut se dire également, et pour les mêmes raisons , des autres livres historiques de l'ancien Testament, et plus encore , s'il est possible , des livres du nouveau Testament , qui , dès le commencement du christianisme , étaient lus et commentés publiquement dans les assemblées des fidèles, comme l'attestent de nombreux témoignages ; ils se trouvaient entre les mains des hérétiques comme des orthodoxes; ils n'ont pas cessé depuis ce temps-là de servir de texte sacré aux sectes les plus opposées , et cependant ils sont les mêmes partout , sauf quelques variantes inévitables , qui n'atteignent la substance ni des faits ni de la doctrine.

Ces livres sont divins : on le démontre ailleurs. En ne les considérant même que comme des monuments historiques , nous y trouvons un appui solide pour notre faible raison.

Toutefois , il faut noter encore que le témoignage des hommes , règle si manifeste de vérité dans une foule de circonstances , arrive aussi aux limites de la certitude et entre

dans le champ des probabilités. Tantôt les témoignages ne paraissent pas suffisants ; tantôt la bonne foi des témoins ou des auteurs n'est point assez garantie. D'autres fois , les faits ne sont point racontés ou décrits de la même manière : alors il peut y avoir certitude sur la substance , et doute quant aux circonstances. C'est ce qu'il ne faut pas oublier et ce qui exige de nous une sage réserve pour que nous ne confondions point le probable avec le certain.

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