DIFFÉRENTES ESPECES D'ÊTRES
L'être se divise en substance et en mode , en fini et en infini.
\ ,° La substance est un être subsistant par lui-même , et le
mode ne peut subsister sans la substance dans laquelle il
réside. Ainsi ce mur , cet arbre , cet homme , sont des substances ; la couleur , la hauteur , la figure , sont des modes.
La substance qui a des parties divisibles est corporelle ; celle qui n'a aucunes parties est simple ou spirituelle. Si elle est unie à une autre substance qui la perfectionne , comme le corps humain , elle est incomplète ; dans le cas contraire , elle est complète.
Une substance complète et dénuée de raison , comme une pierre , un cheval , s'appelle suppôt : celle qui participe à la raison se nomme personne. Suppôt peut se dire de l'une et de F autre ; mais personne ne se dit jamais que d'une substance complète et raisonnable.
Substance et personne ne sont pas la même chose : ainsi dans l'homme , le corps est une substance , l'âme est une substance : aucune des deux , prise séparément , ne constitue la personne, mais les deux unies étroitement ensemble.
Les actes de l'individu appartiennent à la personne , et non à une substance incomplète.
2.° Le fini est ce qui a des bornes ; l'infini est ce qui ne reconnaît aucunes limites. Le fini peut être considéré ou avec une détermination précise , comme un pied , un mètre; ou d'une manière générale, comme ayant des bornes quelconques. L'infini peut aussi être envisagé ou comme actuel t c'est-à-dire si complètement parfait qu'il soit impossible d'y rien ajouter , ou comme potentiel , c'est-à-dire pouvant augmenter à l'infini ; comme la
progression des nombres croissants ou décroissants , la divisibilité de la matière , la vélocité du mouvement.
Il ne peut y avoir qu'un infini actuel et proprement dit, puisqu'il ne peut être infini qu'autant qu'il renferme toutes les perfections possibles , sans nulle exception.
Quoique les philosophes ne s'accordent pas sur la manière dont l'idée de l'infini se forme en nous, il est pourtant certain que nous en avons une idée véritable : car nous y pensons, nous en parlons, nous en raisonnons, kojs lui attribuons des qualités qui ne conviennent à aucun autre être ; par exemple , la nécessité de l'existence , l'indépendance, la toute-puissance; nous le distinguons de tout ce qui n'est pas lui.