DE LA PHILOSOPHIE 1>ES PEHSES
Les Perses n'ont guère été connus avant Cyrus , qui vivait environ GOO ans avant Jésus-Christ. La magie, qu'ils avaient probablement empruntée aux Ghaldéens , était chez eux en grand honneur. Les mages , qui composaient une caste nombreuse , étaient seuls dépositaires des sciences tant profanes que sacrées , et ne les communiquaient qu'à ceux qui devaient leur succéder. Ils instruisaient les princes, exerçaient les fonctions sacerdotales , réglaient les affaires de l'état ; rien de grave n'était décidé sans qu'ils eussent auparavant été consultés.
Le principe fondamental de leur doctrine était l'existence de deux principes; l'un, auteur du bien, et représenté par la lumière ; l'autre , auteur du mal , et ayant les ténèbres pour symbole. Le premier s'appelait Yasdan ou Ormuzd , et le second Ahraman.
Les Perses adoraient le soleil comme source de la lumière , image du bon principe ; et le feu , comme étant de la même nature que le soleil.
Du temps de Darius , fils d'IIystaspe , à peu près 500 ans avant Jésus-Christ , parut, en Perse, un fameux philosophe , nommé Zoroastre. Ce Zoroastre , chef des mages , réforma
ou perfectionna la religion , qui était toute la philosophie tlu temps. Depuis , il a toujours été regardé comme un des plus grands philosophes de l'Orient. Quelques-uns ont cru qu'il avait été en Judée , et avait vu Elie ou Elisée : rien ne le démontre.
Un grand nombre d'ouvrages lui sont attribués : tous ne sont pas de lui , on en convient : plusieurs cependant sont regardés comme certainement authentiques. Le célèbre Anquetil Duperron , mort en 4805, un des plus savants orientalistes des derniers temps , ayant fait exprès le voyage de Perse , avec un zèle et un dévouement incroyables , apporta une partie de ces ouvrages , les traduisit en français etles publia , en 1774 , 5 vol. in-4.° , sous le titre de Zend- Avesla. On s'accorde généralement à dire que ces livres ont subi des altérations , des interpolations et ne sont plus tels qu'ils étaient sortis des mains de Zoroastre.
La doctrine de ce philosophe religieux et de ses sectateurs , d'après ce que nous en savons , se réduit aux points suivants :
\ .° 11 y a un Dieu suprême , éternel , existant par luimême , nommé Mithras, auteur et conservateur de tout ce qui n'est pas lui-même. Ce Dieu s'appelle aussi Zavane- Akerene, mots qui signiGent temps sans limites.
2.° 11 produisit d'abord le principe bon, Ormuzd, qui eut la vertu de faire le bien. Vint ensuite Ahriman , le principe du mal , dont nous ne voyons pas clairement l'origine : quelques-uns prétendent qu'il résulte essentiellement de la création du bon principe , comme l'ombre accompagne le
corps", et comme les ténèbres suivent la lumière. Selon d'autres , et plus vraisemblablement , le mauvais principe aurait été bon d'abord, et serait déchu de son premier état par sa faute.
3.° Ces deux principes , toujours en guerre l'un contre T autre , ont rempli le monde de ce mélange de bien et de mal que nous y voyons. L'un a produit de bons génies, distribués en différents ordres , les principes de la vie des hommes , des animaux et des plantes , tout ce qu'il y a de bon , d'honnête et d'utile dans la nature : l'autre y a opposé des esprits ténébreux et malfaisants , des animaux impurs , des plantes pernicieuses. Ce dernier cherche à répandre l'infection et le désordre partout.
4.° Cette lutte ne doit durer que douze mille ans , à partir du moment où elle a commencé à exister, et beaucoup moins, si l'on part de la création de l'homme ; car la création de l'homme n'a eu lieu , selon le Zend-Avesta , que plus de six mille ans après l'existence des deux principes. A la fin du monde , il y aura une résurrection générale et un jugement solennel : chacun recevra selon ses œuvres. Ahriman sera relégué , avec ses satellites et ses imitateurs , dans un lieu d'obscurité et de peines qui ne finiront point. Ormuzd , au contraire , et ceux qui auront pratiqué la vertu , seront introduits dans des délices , où ils goûteront une félicité éternelle.
J>.° Les Chaldéens représentaient le soleil , la lune et les planètes par des statues : les Perses ont toujours eu ces simulacres en horreur. Cependant Zoroastre fit bâtir des
temples pour y entretenir le feu sacré , emblème de Tesprit vivificateur : il disait avoir reçu lui-même du ciel ce feu qui ne devait jamais s'éteindre.
6.° Quant à la morale , il recommandait d'observer la chasteté, l'honnêteté et l'équité; de fuir la volupté , le faste, les vengeances et les injustices ; de choisir le bien et d'éviter le mal avec prudence ; de consacrer chaque jour ses premières pensées à Dieu ; de l'aimer et de le prier souvent , en se tournant vers le soleil , durant le jour , et vers la lune , pendant la nuit.
Malgré ces beaux préceptes , les mariages entre frères et sœurs étaient permis. On cite même des exemples d'unions monstrueuses , entre le père et la fille , entre la mère et le fils ; mais comme dans les faits allégués , il s'agit de rois , de princes ou de princesses , que souvent les personnes puissantes se mettent au-dessus de la loi , il ne serait peut-être pas juste d'imputer les faits de cette nature à la morale du philosophe persan.
Les Parses , peuple de l'Inde , descendants des anciens Perses , adorant , comme eux , le feu , ne permettent jamais de l'éteindre, pas même dans un incendie (1).
(i) Annales de philos, chrét. t. 5. , p. 33g.