‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 17 sur 100 · PRECIS HISTORIQUE DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

PRECIS HISTORIQUE DE BOUDDHA

La religion des Indous est , de temps immémorial , divisée en un très-grand nombre de sectes , dont chacune a son auteur ou son réformateur. Il y a surtout deux grandes divisions qui se subdivisent elles-mêmes à l'infini : ce sont le brahmanisme et le bouddhisme. Le brahmanisme est réputé le pur culte de Brahma : il continue de régner dans l'Indostan. Le bouddhisme est une réforme du brahmanisme. Pendant longtemps il a eu un grand succès dans Tlndostan : depuis plusieurs siècles , il y est abandonné et méprisé.

Bouddha, auteur de cette réforme, remonte, assure-t-on , jusqu'à mille ans avant J.-C. Il passe pour être Vichnou , dans sa 9.e incarnation , né d'une vierge très-pure, mariée au roi de Magadha , dans l'Indostan. Dès son enfance, il montra de grandes vertus , un désir extrême de s'instruire et une capacité comme jamais on n'en avait vu.

Sans cesse occupé des misères humaines , dont il était profondément affligé , il cherchait les moyens de les détruire ou de les alléger. Dans cette pensée , il conçut de l'aversion pour la royauté , quitta la cour et alla dans un désert. Là , entouré de cinq disciples , il se livra durant plusieurs années à de rudes pénitences avec eux , et les forma à la sagesse. Après différentes épreuves , d'où il sortit triomphant, ses pénitences étant terminées, il déclara à ses disciples que le temps était venu de porter au monde le flambeau

de la vraie croyance. Il prêcha hardiment sa réforme et Télablit presque partout, malgré les efforts de ses adversaires, qui l'accusaient d'enseigner de graves erreurs.

Voici le fonds de sa doctrine , quant aux vérités dogmatiques : 1.° Il existe une différence entre le bien et le mal. 2.° Les âmes des hommes et des brutes sont de la même nature et également immortelles : elles ne diffèrent que par les corps qu'elles habitent. 3.° Si les âmes humaines ont pratiqué la vertu durant la vie , elles sont admises , à la mort , dans un séjour délicieux ; si elles sont souillées , elles vont dans un lieu ténébreux recevoir les châtiments qui leur sont dus , selon le nombre et la qualité de leurs fautes. De-là elles sont envoyées dans des corps de bêtes ignobles , puis de bêtes moins viles , et ensuite dans des corps humains , d'où elles passeront enfin à la béatitude éternelle , lorsquelles seront trouvées pures.

Son enseignement moral consiste à dire 1 .° que tous les hommes sont égaux et qu'il ne doit y avoir aucune distinction de castes ; 2.° qu'il n'est pas permis de tuer un être vivant quelconque , ni de voler , ni de commettre un inceste, ni de mentir ? ni de boire des liqueurs fortes, comme le vin , etc.

Bouddha ayant formé un nouvel ordre de sages, opposés aux brachmanes, les recueillait de toutes les castes, sans distinction , et les appelait samanéens , c'est-à-dire qui ont vaincu leurs passions.

Quoique les bouddhistes rejettent les Védas, ils ont cependant , du moins en apparence , la même doctrine , quant au

fond , que les brachmanes : nous avons donc peine à comprendre ce qui les rend hétérodoxes. Mais il faut avouer ((lie nous sommes loin encore de connaître parfaitement leurs dogmes , leur culte et leur hiérarchie sacerdotale.

Étant près de mourir, Bouddha réunit ses disciples et leur dit , à ce qu'on prétend , qu'il ne leur avait encore enseigné que les symboles de sa doctrine , qu'il allait leur ouvrir son cœur et leur faire connaître la vérité. Alors il leur déclara que le premier principe de tout est le vide ; qu'après la vie présente , il n'y a rien à espérer; que les âmes, les corps et les éléments ne diffèrent qu'en apparence ; que pour devenir parfait , il faut s'approcher du premier principe , autant qu'on le peut ; que, dans ce but, on doit renoncer à ses facultés , demeurer dans un repos absolu , contempler le vide , ne s'inquiéter et ne se soucier de rien.

Il leur recommanda d'enseigner au peuple la doctrine symbolique , qu'il avait lui-même constamment enseignée , de garder pour eux et pour les seuls sages ce qu'il leur apprenait dans ce moment.

Ses disciples , pleins d'enthousiasme , répandirent sa doctrine de toutes parts : on lui éleva des temples ; on lui rendit et on lui rend encore un culte divin dans presque toute l'Asie. Les Mogols l'appellent Chakia-Mouni ; les Siamois , Sommonacodiim ; les Chinois et les Japonais, Xaka, Fo ou Foë; les Tartares et les Tibétains , Lama. Ainsi dans tous ces pays , le vulgaire est livré à une grossière idolâtrie , et les philosophes sont athées, suivant les uns, ou panthéistes , selon d'autres ; tout dépend du sens dans lequel ils cnten-

dent le vide , principe de toutes choses. Cependant on croit que par le vide ils désignent le néant de la matière , l'existence primitive de l'Être spirituel , infini et éternel , d'où sont émanés tous les êtres actuellement existants.

L'ame de Bouddha passe , après sa mort , dans un autre corps; le même personnage reparaît donc d'une manière sensible Au 5.c siècle de notre ère , Bouddha existait en la personne du fils d'un roi de Madabar, dans l'Inde méridionale. Ennuyé des persécutions qu'il éprouvait et affligé de voir le système des casles l'emporter sur sa doctrine d'égalité, il quitta l'Indostan, alla en Chine et y exerça les fonctions de patriarche de sa religion , sous le nom de Tamo. Pendant huit siècles, il s'y renouvela et y continua sa résidence.

Au 13.e siècle, du temps de Djenguyz-Kan , il s'établit au Tibet et y devint fameux sous le nom de Lama. Lama veut dire prêtre , et Grand Lama , chef des prêtres. Quand Lama ou le Grand Lama meurt, on cherche vite celui qui a dû hériter de son âme. On le reconnaît à une certaine marque , et aussitôt on lui rend les honneurs dus à son rang. Rien n'égale la vénération dont il est l'objet.

Le Grand Lama s'est ainsi perpétué jusqu'ici au Tibet, et on prétend que sa religion a beaucoup contribué à civiliser les nombreuses peuplades de ces immenses régions; mais ce n'a été qu'en les plongeant dans des pratiques absurdes de superstition et dans une honteuse idolâtrie (I).

(î) Journal asiatique, n." de mai , i8a$, p. i65.

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