‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 21 sur 100 · DE LA PHILOSOPHIE DES ANCIENS GREES · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE DES ANCIENS GREES

L'Asie mineure , appelée Grèce , fut peuplée peu de temps après le déluge (I). On donne aux peuples qui les premiers l'ont habitée, le nom de Pélasges , dérivé , à ce qu'on croit , de Pélasgus , premier roi d'Argos. Des colonies étrangères vinrent s'y établir plusieurs siècles après. Cécrops, égyptien , civilisa l'Attique et bâtit Athènes , vers 1600 ans avant J.-G. Danaiis , aussi égyptien , s'établit , un siècle après , à Argos, et y régna. Cadmus, venant par mer de Phénieie, s'empara de la Béotie et fonda le royaume de Thèbes.

Ces étrangers apportèrent avec eux leurs doctrines , leurs

(î)Rollin, t. 2., p. 334.

usages , leur culte , leurs superstitions. Los Egyptiens enseignaient le peuple par des allégories et avaient des mystères pour les savants. Les Grecs tirent de même et ce fut l'origine des récits mythologiques qui se répandirent dans le pays. Les poètes et les amateurs du merveilleux s'emparèrent de ces récits , y ajoutèrent de nouvelles iictions et enveloppèrent de telles manières les faits véritables de ces temps reculés , qu'on ne sait où les prendre , ni comment les reconnaître.

Celui qui se présente , dans l'histoire , comme le premier auteur de la philosophie religieuse et de la civilisation chez les Grecs, est Orphée, originaire de la Thrace. Cet homme, ayant voyagé en Egypte , avait été initié aux mystères d'Osiris et d'Isis. Quoique ce qui le concerne soit plein d'obscurité et de circonstances fabuleuses , il ne parait pas possible de le regarder uniquement comme un personnage allégorique, ainsi que l'ont voulu Aristote , Cicéron , et un assez grand nombre d'hommes instruits. On fait remonter son existence à un siècle, environ , au-delà de la guerre de Troie , c'est-àdire, à un peu plus de 1200 ans avant J.-C. Poète, musicien, philosophe , Orphée charma les Grecs par sa lyre et par ses hymnes ; il leur enseigna la religion , la morale et les arts ; enfin il a été , par rapport à eux , ce que furent Zoroastre chez les Perses , et Hermès chez les Egyptiens.

Les ouvrages qui lui ont été attribués ne sont point de lui ; on en convient. Cependant les anciens Grecs s'accordant sur les points essentiels de la doctrine qu'on dit venir de lui , nous devons les recueillir comme des renseignements propres à nous faire juger de ce qu'étaient les connaissances philoso-

phiqucs dans les petils états de la Créée ù cette époque. Voici ces points fondamentaux :

1 .° Avant l'existence du monde , Dieu était identifié avec le chaos et contenait en lui-même tout ce qui est , ce qui a été et ce qui sera.

2.° De son sein, il fit sortir la matière , les dieux , les déesses , le soleil , la lune , les étoiles, et tout ce qui existe. Ces êtres , venant de lui par émanation , participent à sa nature , lui sont unis comme les membres le sont au corps.

3.° Chaque partie de l'univers , tenant ainsi à la divinité , est Dieu ; par conséquent , il y a une infinité de dieux de qualités différentes et sensibles. Les honneurs divins doivent se rapporter à ces dieux , parce que le Dieu suprême , étant caché , invisible , incompréhensible , est hors de la portée de l'esprit humain.

4.° Tout ce qui existe , procédant de Dieu , retournera à Dieu comme à la source de son émanation. C'est dans ce centre divin que les hommes religieux trouveront la béatitude après leur mort.

5.° 11 y a un grand nombre de purgations par lesquelles les unies souillées doivent passer , avant de retourner à la source divine, d'où elles sont sorties.

Ainsi le dogme de la vie future , avec les conditions diverses pour le vice et la vertu , n'était point douteux chez les anciens Grecs.

6.° Outre les âmes humaines, Orphée admettait encore une multitude d'esprits ou de démons dont le monde était rempli.

7.° Les étoiles étaient animées et chacune éclairait un monde : la lune avait ses habitants comme la terre.

8.° Rien de plus obscur que la manière dont le Dieu suprême, appelé Démiurge, a procédé à la formation de l'univers : il portait la matière dans son sein, de toute éternité : il enfanta d'abord l'éther et le chaos, couvert d'une nuit profonde. De l'union de l'éther et du chaos ténébreux vint un œuf, que la nuit fut chargée de faire éclorc : lorsque cet œuf fut éclos , il se partagea en deux parties , une supérieure qui forma le ciel , et une plus grossière qui fit la terre. De l'union du ciel et de la terre provinrent d'abord des femmes , puis des hommes , et enfin les choses telles qu'elles sont.

9.° Le monde doit finir par un embrasement universel , dans lequel chaque partie sera purifiée et retournera à sou auteur. Ensuite le principe éternel , ayant ainsi reçu dans son sein les êtres à qui il avait donné l'existence , produira un nouveau monde.

-10.° Orphée, qui avait été initié aux mystères de l'Egypte et connaissait sans doute les doctrines secrètes des peuples hyperboréens , auxquels il appartenait par son origine, institua aussi , chez les Grecs , les mystères de Bacchus et de Cérès Eleusine : il voulut qu'il y eût un double enseignement , l'un vulgaire et l'autre destiné aux seuls initiés.

Les succès qu'il obtint sur des hommes grossiers et barbares , par son habileté , par ses chants et sa musique , l'ont rendu célèbre dans l'antiquité , et ont fait attribuer des merveilles à sa lyre.

Ses principaux disciples furent Musée, poète d'Athènes, qui avait fait , pour développer les doctrines de son maître , plusieurs ouvrages dont il ne nous reste plus rien d'authentique ; Eumolpe , fils de Musée ; Amphion , célèbre musicien et philosophe , qui enchanta les Thébains ; Mélampe, d'Argos, qui s'illustra par son zèle pour instruire et civiliser ses concitoyens; etc.

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