‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 27 sur 100 · METHODE DE PYTHAGORE · texte numérisé non relu

METHODE DE PYTHAGORE

Pythagore établit un double enseignement , comme il l'avait vu pratiquer en Grèce et en Egypte , l'un public et l'autre secret. Le premier se donnait dans les temples , les gymnases et autres lieux , où toutes sortes de personnes étaient admises. Dans cet enseignement , le maître louait hautement la vertu , déclamait contre le vice , surtout contre la corruption des mœurs , et s'efforçait d'en montrer les funestes effets.

Dans l'autre enseignement , destiné aux seuls adeptes qu'il jugeait dignes , après de longues épreuves , d'être admis à son entière confldence , il exigeait de ses disciples , sous la foi du serment , qu'ils promissent de ne parler à personne des secrets qu'il leur manifesterait. Ceux par conséquent qui demandaient à lui être associés devaient, avant tout, subir les épreuves d'un long noviciat , passer par des pratiques dures et humiliantes, garder le silence pendant deux , trois et jusqu'à cinq ans , selon que les circonstances paraissaient le demander. Si pendant ces épreuves ou à la fin de ces épreuves , le maître se persuadait qu'un sujet ne convenait pas à son institut, il le rejetait parmi les profanes.

Ceux , au contraire , qu'il avait initiés à sa doctrine mystérieuse vivaient avec lui dans une parfaite intimité et en communauté de biens. Chacun avait cependant la faculté de reprendre ce qu'il avait apporté , s'il voulait se retirer.

Jamblique prétend que Pythagore a eu jusqu'à 600 disciples , bien éprouvés, vivant ainsi en communauté. Ceux qui étaient mariés avaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Tous pratiquaient la pauvreté , obéissaient à la règle, ne mangeaient ni viande ni poisson , ne buvaient que de l'eau , étaient vêtus d'habits uniformes , c'est-à-dire de tuniques blanches extrêmement propres.

Cet institut semblait destiné à exercer une grande influence sur la morale publique : mais la haine de ceux qui n'avaient pu y être admis ou s'en étaient fait retrancher par leur mauvaise conduite , lui suscita souvent des embarras. Peutêtre le dépit de ceux qui ne voulant pas se réformer, ne pouvaient souffrir une régularité et un enseignement qui les condamnaient , contribua-t-il à exciter des préventions. Toujours est-il que cette philosophique association fut troublée par des émeutes populaires , par les persécutions d'hommes puissants , et succomba enfin sous le poids des contradictions. On croit même que son fondateur fut victime d'un acte de violence contre son école , vers Tan 500 avant J.-C.

Nous n'avons rien de bien certain ni sur son mariage , ni sur sa femme , ni sur ses enfants , ni sur l'époque et le genre précis de sa mort.

DOCTRINE DE PÏTHAGORE.

1 .° Ce maître célèbre voulant , comme tant d'autres , expliquer l'origine des choses , en rechercha les principes. 11 crut pouvoir assigner les nombres intellectuels , c'est-àdire perçus par l'esprit , comme les archétypes des objets réels. 11 bâtit donc une théorie subtile et très-peu intelligible, sur les nombres, prétendant que le monde avait dû être formé d'après ces règles mathématiques. Ainsi , prenant pour point de départ la notion générale , abstraite et invariable des nombres, il soutenait que dans ces formes intellectuelles se trouvait la nature de toutes les substances et les règles de leur production.

2.° Comme tous les nombres se résolvent dans l'unité, il admettait pour premier principe l'unité absolue et invariable, et appelait cette unité monade, parce que tout ce qui constitue le multiple étant retranché , elle reste seule et indivisible. On peut la nommer esprit , dieu , raison , chaos , Jupiter , hermaphrodite , parce qu'elle n'a point d'autre principe d'existence qu'elle même, et qu'elle est la source de toute production.

5.° La monade , prise d'une manière absolue , renferme dans son sein la matière , la produit , et alors existe la dyade , nombre pair , divisible , imparfait et le principe de toutes les imperfections. Dans la formation du monde , la monade tient lieu de père , et la dyade remplit les fonctions de mère ; c'est-à-dire que l'un et l'autre représentent le principe actif

et le principe passif , dont il est si souvent question dans les cosmogonies.

4.° Le premier effet de l'union de ces deux principes est la triade , nombre mystérieux dans les doctrines orientales le premier impair qui ait une puissance mathématique et qui , multiplié par lui-même , donne 9.

5.° La première de toutes les puissances mathématiques est 4 , résultat de 2 multiplié par 2 : c'est la tétrade ou le quaternaire , nombre réputé le plus parfait , parce qu'il représente la vertu génératrice , d'où dérivent toutes les combinaisons.

6.° Les nombres 4 , 2, 5 et 4, unis ensemble par l'addition , donnent \0 , première unité du multiple , et nouveau principe générateur des combinaisons numériques. Ainsi fut formée la table de Pythagore , si connue dans les éléments d'arithmétique.

7.° Les pythagoriciens , se perdant de plus en plus dans ces subtiles abstractions , appliquaient leur théorie des nombres à la musique, à la géométrie, h l'astronomie et même à la morale , considérant la vertu comme une harmonie , l'unité comme la perfection , et le multiple comme le principe du désordre.

8.° Us se représentaient Dieu comme un esprit immense , répandu dans les diverses parties du monde ; comme l'âme de l'univers ; comme ayant par lui-même le mouvement , la puissance , Faction ; comme étant la monade éternelle , absolue et parfaite. Cependant ils lui donnaient un corps, mais un corps de feu , un corps subtil , très-délié et qui

n'avait rien de commun avec la matière grossière. La matière grossière , séparée de Dieu , était pourtant , selon eux , animée par lui et constituait avec lui la dyade : elle portait dans son sein les principes de tous les désordres.

9.° De ce grand Dieu , âme universelle du monde , sont venus , par émanation , les dieux , les démons , les héros , les âmes humaines : ces substances sont de la même nature que le principe dont elles émanent , et immortelles comme lui.

\ 0,° Les démons remplissent l'air, gouvernent les diverses parties du monde visible, exercent un grand pouvoir sur les hommes et les bètes. Par la divination nous entrons en rapport avec eux , et nous acquérons la faculté de les appaiser ou de nous les rendre favorables.

De-là T usage fréquent, chez les pythagoriciens, comme plus tard chez les platoniciens , de la magie et des sortilèges.

11.0 Les âmes existent avant les corps , en nombre déterminé. Elles ont en elles-mêmes le principe de leurs mouvements. Lorsqu'un corps se forme, il absorbe une de ces âmes qui vient l'animer , et lorsqu'il se dissout , l'âme s'élève vers les régions supérieures , au séjour commun des âmes. De-là elle s'unit à Dieu , si elle est pure ; si elle n'est pas pure , elle retombe sur la terre et va animer de nouveau un corps humain ou un corps de bète.

12.° De ce principe il résulte que les hommes et les bêtes sont de la même nature et comme les membres d'une seule famille , puisque les âmes des uns passent réciproquement dans les corps des autres.

Telle est la doctrine de la métempsycose, si répandue dans rOrienl; telle est aussi la raison par laquelle les pythagoriciens , à l'exemple des Indiens , n'offraient point de sacrifices sanglants, et ne mangeaient jamais de ce qui avait eu vie.

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