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CHAPITRE III

DE LA PHILOSOPHIE DE SALOMON ET DE CEUX QUI SONT VENUS APRÈS LUI, JUSQU'A LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE.

La sagesse dont fut doué Salomon ne peut être comparée à aucune autre : elle surpassait de beaucoup celle des Orientaux , des Egyptiens et des hommes les plus renommés. Ce prince extraordinaire composa jusqu'à trois mille paraboles (1) ou sentences de morale , dont il ne reste plus qu'une partie , dans le livre des Proverbes. 11 fit cinq mille cantiques ou pièces de vers , dont nous n'avons plus que le Cantique des Cantiques. 11 traita des arbres , des arbustes , des plantes , des diverses espèces d'animaux , quadrupèdes , oiseaux , reptiles , poissons. Il savait la nature de chaque chose , sa fin , son utilité , ses usages ; la disposition de l'univers, la vertu des éléments, l'ordre et la vicissitude des temps , le cours des astres , la force des vents , tout ce qu'il y a de plus caché et de plus imprévu (2) ; de sorte qu'il a mérité de porter à jamais le nom de sage , par excellence. De toutes parts on venait pour le voir et pour l'entendre.

(t) III. Rois , 4- 3o et suiv.

(2) Sagesse, 7. 17.

Les rois lui envoyaient des ambassadeurs , afin de s'assurer si tout ce qu'on disait était vrai. La reine de Saba (\) ne voulut s'en rapporter qu'à elle-même : elle entreprit le voyage de Jérusalem avec de magnifiques présents et un immense cortège. Arrivée auprès de lui, elle chercha, par les difficultés qu'elle lui proposait , à l'embarraser , et ne put y réussir : elle vit dans ses réponses tant de lumières, de pénétration, d'à-propos et de justesse que, hors d'ellemême, elle s'écria , dans son admiration , qu'on ne lui avait pas dit la moitié de la vérité. En retournant dans ses états, elle publiait partout les prodiges de sagesse dont elle venait d'être témoin.

Ces qualités inouies ne préservèrent point Salomon des dangers auxquels exposent la grandeur, la puissance, les richesses , les plaisirs et plus encore les louanges et les flatteries. Ce sage si renommé laissa amollir son cœur, corrompre ses mœurs et tomba dans les plus funestes écarts ; exemple terrible de la fragilité humaine et leçon salutaire pour nous. On doute même qu'il ait reconnu ses égarements avant de mourir. Cependant il nous a laissé les plus belles maximes sur les vanités de la terre , sur les illusions du vice, sur l'unique fin de l'homme, qui est de craindre Dieu et d'observer ses commandements (2).

Par la magnificence du temple qu'il consacra à la gloire du vrai Dieu , par la beauté et l'éclat du palais qu'il voulut

(1) III. Rois, 10.

[i) Eccle. 12. i3.

avoir pour lui-même , par la perfection de tant d'ouvrages différents qu'il fit exécuter, on peut juger qu'alors les bons ouvriers et les artistes ne manquaient pas. Déjà on connaissait les constructions navales et les règles des navigations lointaines : de nombreuses flottes partaient d'Asion gaber , port de la mer Rouge, allaient à Ophir , à Tharse et ailleurs. On faisait un riche commerce qui rendit Salomon le plus opulent de tous les rois (\).

Ce prince mourut à 58 ans, 975 avant J.-G. Sous son successeur, le peuple se divisa : dix tribus se détachèrent de Roboam et firent un royaume à part , sous le nom d'Israël. Elles tombèrent dans le schisme, dans l'idolâtrie et dans les plus humiliants désordres. La vraie sagesse cessant d'être cultivée, au milieu de ces erreurs grossières, ne tarda pas à s'effacer presque tout-à-fait. Ce misérable peuple , après deux cents ans , environ , d'agitations et de déchirements , périt, sans retour, dans la captivité de Ninive.

Les trois autres tribus , restées fidèles , formèrent le royaume de Juda , ainsi appelé de la tribu de ce nom , à laquelle appartenaient David , Salomon , Roboam et leurs descendants. Ces tribus respectèrent les traditions et conservèrent l'enseignement religieux , sans le laisser altérer. Dieu ne les abandonna pas : de temps en temps il suscita des prophètes , tels que Isaïe , Jérémie , Ezéchiel , dont la doctrine sage et divine les rappelait à l'observation de la loi. Ensuite, 588 ans avant J.-C. , vint la ruine de Jérusalem

(i) III. Des Rois, 9. 28 et 10 — 22.

par Nabuehodonosor , la destruction du temple , l'abolition du culte, la dispersion du peuple, sa désolation , sa captivité à Babylone, pendant 70 ans. Dans cette terre étrangère, au milieu de la douleur et des larmes , quelques-uns étudient encore et empêchent que la loi ne tombe dans un entier oubli. Quelques jeunes captifs, des plus distingués, sont choisis par le roi oppresseur pour être introduits dans son palais , et y apprendre les lettres des Chaldéens (1). Daniel était de ce nombre : nous voyons , par son livre , que la sagesse , autrefois si brillante en Judée , n'était pas encore éteinte ; qu'on la cultivait dans la captivité ; que les règles sacrées de la religion et de la morale continuaient d'être connues et respectées.

Yers le même temps , selon quelques auteurs, longtemps auparavant, selon le plus grand nombre des savants, parut Job , si célèbre par l'héroïque patience qu'il montra dans les plus rudes épreuves. Dans le livre qui porte son nom, il nous a laissé des maximes d'une incroyable profondeur , sur les perfections de Dieu, sur le néant de l'homme, sur l'existence du mal. Il parle avec magnificence des œuvres de la création , de la puissance de Dieu , de sa grandeur, de la justice de ses jugements ; aux interlocuteurs qui l'accablent d'invectives, dans son malheur, il répond avec une éloquence et une énergie dont rien n'approche.

(i) Daniel, 1. 4.

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